Insigne du mérite 1991

Sr Jeanne Forest

Sr Jeanne Forest
Sr Jeanne Forest

 « Ce jour que fit le Seigneur, c'est un jour de joie-, chantent les religieuses lorsqu'elles sont en fête. C'est ce que Sr Jeanne Forest avait envie de chanter aux centaines d'infirmières qui s'étaient levées par deux fois pour l'ovationner. On la dit modeste, laissant les honneurs aux autres... ce qui n'a pas empêché la fille de Marguerite d' Youville d'être très fière de recevoir la distinction de l'Ordre, l'Insigne du mérite, ainsi que le Mérite du Conseil interprofessionnel du Québec : « Je suis vraiment comblée, même si ce que j'ai pu faire a été regardé à la loupe de l'amitié et de la reconnaissance. »

Même si bon nombre des infirmières doivent effectivement une partie de leur formation à Sœur Forest, le geste n'était pas gratuit. Sr Jeanne Forest répond à tous les critères établis par l'OIIQ pour mériter l'Insigne, comme l'a confirmé David Paulhus, président de la Corporation des infirmières et infirmiers de Montréal, invité à dresser un profil de la récipiendaire.

Pendant les années 50, elle fut professeure itinérante pour l'enseignement clinique dans plusieurs hôpitaux du Québec et même de l'Ontario. Rare femme titulaire d'un doctorat en 1965, Sr Jeanne Forest a mené une longue et brillante carrière d'éducatrice en sciences infirmières. Une riche expérience du milieu hospitalier lui a permis de bâtir des cours accrochés à une réalité, à un vécu quotidien du milieu clinique.

Femme active et dynamique, elle a été de tous les comités reliés à la formation de l'infirmière, ici comme secrétaire, là comme présidente, là encore comme interprète, puisque les comités du temps se déroulaient en anglais. Au moment de l'intégration de l'Institut Marguerite-d'Youville à l'Université de Montréal, en 1967, on lui a confié la coordination du programme de baccalauréat.

Le rayonnement de Sœur Forest s'étend au-delà de nos frontières. Le travail qu'elle a accompli auprès des étudiants étrangers venant du Vietnam, du Cambodge, du Laos, d'Afrique, d'Haïti, de Suisse, du Portugal et d'ailleurs a permis à ceux-ci d'occuper des postes importants dans leurs pays respectifs et d'y améliorer les services de santé, la qualité des soins et la formation des infirmières. Ce travail, a insisté M. Paulhus, elle l'a toujours fait dans l'amour. »

« C'est merveilleux, tous les souvenirs que cet événement a soulevés en moi, s'est exclamée Sœur Forest. Oui, j'ai beaucoup aimé mon travail. J'ai beaucoup aimé mes étudiantes. Vous voyez, je ne me corrige pas : j'utilise toujours l'adjectif possessif. Mes étudiantes, répète-t-elle tendrement; je me permets de le dire encore une fois. J'ai aussi beaucoup aimé l'Association, puis l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec dans lequel j'ai été active autant que faire se peut. Puisque c'est l'amour qui est monnaie courante pour entrer au paradis, j'espère que Saint-Pierre aura une copie du discours de M. Paulhus avant mon arrivée! »

Après cette pointe d'humour, professeure Forest a repris le contrôle de la situation, rappelant qu'il y a 50 ans, le baccalauréat était considéré comme un programme supérieur parce qu'il suivait le cours d'infirmière. « Graduellement, les choses ont évolué et maintenant, le baccalauréat est la base solide et indispensable pour les véritables études supérieures que sont la maîtrise et le doctorat. Bientôt, nous aurons le doctorat à Montréal. C'est vraiment un grand progrès! »