Insigne du mérite 1993

Gisèle Besner

Gisèle Besner
Gisèle Besner

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Jacques Lavoie

 

Le cœur un brin ému, parfois même un peu plus, 1 000 personnes se lèvent pour mieux applaudir. La grande salle du Palais des Congrès de Montréal transpire comme jamais. Les infirmières réunies pour leur 73e Assemblée générale annuelle rendent hommage à Gisèle Besner, conseillère en soins infirmiers à l'hôpital Saint-Luc et récipiendaire de l'insigne du mérite. Durant la même occasion, le prix du conseil interprofessionnel du Québec lui est décerné, témoignage de son travail exceptionnel.

« Parle plus fort, Gisèle », lançait sa mère lorsque celle-ci, encore enfant, se montrait timide. « De ma mère, raconte Gisèle Besner, j'ai hérité de la curiosité; mais surtout, elle a été pour moi un modèle de femme qui s'affirme. »

Imitant le modèle et endossant le manteau de la ténacité, Mme Besner a à son actif de nombreuses réalisations : elle a été conseillère pour la vice-présidente du conseil d'administration de l'Association nord-américaine pour le diagnostic infirmier-section Montréal, association pour laquelle elle a également assumé la responsabilité des activités éducatives; elle a été membre du comité de traduction des diagnostics infirmiers; elle a été responsable d'un comité sur la spécialisation pour le conseil d'administration de l'Association des infirmières et infirmiers du Canada et coresponsable d'un comité interhospitalier de soins infirmiers en pharmacologie.

Elle a également été membre du comité de lecture de la revue Nursing Québec, pour laquelle elle a écrit de nombreux articles cliniques traitant, entre autres, de la distraction et de la relaxation pour soulager la douleur, des résultats de réflectomètres, des accès vasculaires sous-cutanés, de l'administration de certains antibiotiques ou de l'administration d'analgésiques narcotiques.

« Elle ne doit pas être souvent à la maison », chuchotait un voisin de rangée durant l'Assemblée. Une affirmation qui fait bien sourire l'infirmière. « Mon mari, ma famille, mes amis tiennent une place importante dans ma vie. Oui, j'apporte mon sac à la maison, mais je suis contente de ne pas l'ouvrir durant la fin de semaine », avoue la conseillère.

LA GUERRE CONTRE LA DOULEUR

Gisèle Besner a également enseigné, si bien qu'elle a aujourd'hui à son actif diverses expériences de recherche. Ses deux défis actuels demeurent cependant la poursuite d'une campagne de sensibilisation sur le soulagement de la douleur à l'Hôpital Saint-Luc et sa participation à titre de présidente du Conseil des infirmières et infirmiers (CIl) de ce même hôpital

« Saint-Luc : un hôpital sans douleur », tel est le slogan d'une campagne qu'elle a orchestrée et qui est maintenant bien connue (voir l'atelier animé par Mme Besner au cours du Congrès de l'Ordre). Cette guerre contre la douleur, « qui prendra probablement quelques années avant que l'on en constate les effets », mentionne-t-elle, gruge aujourd'hui encore une bonne part de son temps d'infirmière clinicienne. Colloques, conférences, formation et stands d'information, cette campagne doit être comme une épidémie, pour que l'on signale sa présence partout.

Sincèrement à l'écoute des besoins des membres du personnel infirmier et de leurs observations à l'égard de leur milieu de travail, Mme Besner raconte : « Il y a quelques années, les infirmières ont soulevé la difficulté d'accompagner leurs malades mourants. Nous savions que nous donnions alors un service insuffisant par rapport au soulagement de la douleur; comme c'était la base des soins aux mourants, les conseilIères se sont dit qu'il fallait d'abord donner de la formation aux infirmières sur ce sujet. » Après deux ans de formation sur la douleur, les infirmières nous ont dit : « Ça ne sert à rien si vous ne formez que les infirmières; les médecins ont eux aussi autant de crainte. » Elles avaient raison.

En 1992, une première évaluation de la douleur, effectuée auprès de 164 usagers de Saint-Luc, indique que la formation seule du personnel de soins infirmiers ne suffit pas à produire le changement souhaité.

« JE VEUX AIDER LES INFIRMIÈRES À PRENDRE LEUR PLACE AU SEIN DE L'ORGANISATION AU COURS DES ANNÉES FUTURES. » - Gisèle Besner

« En accord avec un concept prôné par l'Organisation mondiale de la santé, on choisit alors de faire de la sensibilisation au sujet du soulagement de la douleur et de donner simultanément la même formation aux infirmières et aux médecins. De là est née l'idée de la campagne. Pour réussir cela, il fallait s'associer aux médecins. Le Dr Charles Henri Rapin a été un de nos premiers partenaires. Il a su convaincre ses confrères de l'importance de soulager la douleur, et plusieurs autres ont joint nos rangs », rappelle la récipiendaire de l'Insigne du mérite.

PROCHE DES INFIRMIÈRES

À titre de conseillère à l'Hôpital Saint-Luc, Gisèle Besner participe à l'élaboration et à la mise à jour de nombreux programmes de soins. Au début, elle a amorcé un programme sur les lésions par pression, un cahier d'enseignement sur le diabète et un programme de contrôle de la qualité des glycémies capillaires obtenues par réflectomètre. Depuis, les infirmières proposent elles-mêmes des cahiers d'enseignement, des plans de soins types.

Mme Besner travaille également aux unités de soins pour résoudre ponctuellement des problèmes complexes vécus avec certains bénéficiaires. Imaginative, elle aimerait bien que l'hôpital se dote d'un laboratoire de techniques qui serait à la portée de l'infirmière qui désire vérifier ses habiletés et son exercice. Elle souhaite également que, dans l'avenir, les infirmières puissent vérifier régulièrement leurs compétences dans des domaines particuliers afin d'assurer aux bénéficiaires des soins de qualité.

À travers les préoccupations quotidiennes des infirmières, elle identifie, jour après jour, des priorités auxquelles elle consacre réflexion et recherche. Par la suite, elle entrera en action « sans bouleverser, sans bousculer », insistent ses pairs.

Loin d'estimer suffisantes ses réalisations d'infirmière clinicienne, elle devient, en 1992, présidente du Conseil des infirmières et infirmiers de Saint-Luc. « Par le CII, je veux tenter d'aider les infirmières à prendre leur place au sein de l'organisation au cours des années futures », explique-t-elle.

« Le CIl est un espace privilégié qui présente un changement important des mécanismes de communication des infirmières, explique Gisèle Besner. Nous avons maintenant la possibilité de parIer à la directrice de soins infirmiers, au directeur général et, par son entremise, au conseil d'administration. Auparavant, le processus était uniquement hiérarchique. Si une infirmière éprouvait une difficulté, elle la confiait à son chef d'unité, qui en référait à la directrice des soins infirmiers, qui, à son tour, en parlait au directeur général si elle le jugeait à-propos. Maintenant, nous créons des relations d'égaux grâce auxquelles nous pouvons faire valoir nos réalisations et nos besoins. »

La conseillère rappelle qu'au cours des dernières années les pertes d'emploi ont été nombreuses au Québec, et que moins d'argent s'est retrouvé dans les coffres de la Régie de l'assurance-maladie. « Il reste que les gens sont tout autant malades et qu'il va falloir les soigner, mais les soigner différemment. Je crois que l'infirmière est bien placée parce qu'elle connaît bien l'organisation C'est un atout majeur pour faire fonctionner le système plus efficacement. Au cours des prochaines années, il faudra s'attendre à travailler autant, et même plus, pour obtenir le salaire d'aujourd'hui Je crois que beaucoup d'énergie se gaspille à résister à ces changements; pendant que l'on résiste, on ne cherche pas les moyens de faire autrement », expose Gisèle Besner.

Pour sa part, elle cherche de nouvelles façons de faire face aux changements. Gisèle Besner envoie son message dans autant de directions que le vent souffle. Celle qui sait si bien écouter devient celle qui sait émettre.