Insigne du mérite 1995

Evelyn Adam

 Evelyn Adam
Evelyn Adam 

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Gil Jacque

L'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec décerne chaque année l'Insigne du mérite, une distinction qui souligne l'apport d'un de ses membres à la profession. Pour son 75e anniversaire, l'OIIQ a honoré une infirmière de réputation internationale.

La feuille de route d'Evelyn Adam est impressionnante : 14 ans infirmière soignante, 23 ans professeure à l'université, membre d'un nombre imposant de comités et de jurys, auteure d'un livre publié dans sept langues. Son nom est connu des infirmières du monde entier.

En 1987, le nom d'Evelyn Adam figure dans le Who's Who in the World, un répertoire international des sommités de différents milieux professionnels; en 1989, on le trouve dans l'International Directory of Distinguished Leadership, une prestigieuse publication de l'American Biographical Institute.

L'Université de Montréal a reconnu la contribution exceptionnelle et le rayonnement international de Mme Adam en lui conférant le titre de professeur émérite. L'Université Laval à Québec lui a décerné un doctorat honorifique pour sa contribution à l'avancement des sciences infirmières. Modeste malgré tous ces honneurs, elle avoue avoir été étonnée de recevoir l'Insigne du mérite 1995 de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.

DES SOINS À L'ENSEIGNEMENT

En 1950, Evelyn Adam obtient son diplôme d'infirmière de l'Hôtel-Dieu de Kingston, en Ontario. Elle est infirmière soignante dans divers établissements de cette province pendant quatre ans avant de venir au Québec effectuer un stage de perfectionnement de six mois à l'Institut neurologique de Montréal, qui se soldera par une offre d'emploi. Afin de pouvoir s'adresser aux grands malades traités par l'Institut dans leur langue maternelle, elle s'inscrit à des cours de français, une décision qui changera le cours de sa carrière.

Après avoir été infirmière soignante pendant six ans à l'Institut neurologique de Montréal, puis infirmière-chef, elle devient infirmière soignante à Lausanne, en Suisse. À son retour, elle accepte un poste similaire à l'Hôpital Sainte-Justine avant de devenir institutrice clinique à l'Institut de réadaptation de Montréal. Evelyn Adam est alors si bien intégrée à la communauté francophone qu'elle choisit d'entreprendre son baccalauréat en sciences infirmières à l'Université de Montréal.

Sa carrière prend ensuite un nouveau tournant : elle sera dorénavant professeure à la faculté des sciences infirmières de l'université qui l'a formée. Après quelques années d'enseignement, elle obtient un congé pour faire sa maîtrise en sciences infirmières à l'université de Californie, à Los Angeles. Sa carrière est à jamais marquée par l'influence d'une de ses professeures, Dorothy E. Johnson, qui lui transmet son souci constant de préciser le sens d'« être infirmière ».

CHOISIR UN SCHÈME DE RÉFÉRENCE

Sa volonté de clarifier l'identité professionnelle l'amène à écrire Être infirmière, publié pour la première fois en 1979. Un an plus tard, elle écrit To Be a Nurse. « Il ne s'agissait pas d'une simple traduction, mais bien d'une mise à jour, insiste Mme Adam, et il en a été ainsi pour chaque édition subséquente, tant en français qu'en anglais. » Au fil des ans, son livre est traduit en hollandais, en espagnol, en italien, en portugais et en japonais. Des infirmières soignantes, enseignantes, gestionnaires et chercheures de nombreux pays connaissent ce qu'Evelyn Adam se défend bien d'appeler une théorie: « Un jour, on a même parlé de ma petal theory, parce qu'une des illustrations dont je me sers pour expliquer les chevauchements professionnels au sein de l'équipe interdisciplinaire ressemble à une fleur. Ce n'est pas du tout une théorie, loin de là. »

Elle cherche plutôt à faire comprendre aux infirmières qu'au-delà de ces chevauchements la profession d'infirmière comporte ses propres caractéristiques. « On associe mon nom aux modèles conceptuels, mais aujourd'hui, je préfère parler de schèmes de référence ou de conceptions de la discipline, parce que le mot "modèle" déclenche parfois des réactions négatives », constate la récipiendaire de l'Insigne du mérite.

Un schème de référence est une conception des sciences infirmières. « Les infirmières sont souvent perçues comme des assistantes médicales par le public, par les médecins et, parfois, par les infirmières elles-mêmes, déplore Mme Adam. Par ailleurs, elles se disent membres d'une profession autonome, qui apporte une contribution particulière. Ces deux éléments sont pourtant incompatibles: ou bien nous sommes des assistantes médicales, ou bien nous sommes autre chose; le schème de référence contribue à préciser cette "autre chose".

POUR UNE CONCEPTION COMPLÈTE DE LA DISCIPLINE

Une conception complète de la discipline devrait englober tous les champs d'activité de la profession: la formation, la recherche et la pratique. Dans le contexte actuel de transformation du système de santé, les infirmières doivent plus que jamais être conscientes de leur contribution, «sans toutefois exclure l'interdisciplinarité, précise Evelyn Adam. Bien au contraire, il faut collaborer avec les autres professionnels, mais toute forme de collaboration est impossible tant et aussi longtemps qu'on n'est pas conscient de sa propre contribution, et tant qu'on ne sait pas l'expliquer à ses collègues des autres disciplines. »

Evelyn Adam incite les infirmières à choisir un schème de référence, quel qu'il soit. «Même si j'ai raffiné le modèle conceptuel de Virginia Henderson, je n'ai jamais prétendu que c'était le meilleur. Je souhaite simplement que toutes les infirmières en adoptent un. « En fait, si Evelyn Adam avait eu 200 ans devant elle, elle aurait passé tous les modèles en revue les uns après les autres. « Je voulais faire de même avec le modèle de Callista Roy, puis avec celui de Dorothy E. Johnson, et tous les autres, mais je n'ai jamais trouvé le temps de le faire. »

Sollicitée de toutes parts, Mme Adam a effectivement eu un emploi du temps très chargé tout au long de sa carrière. Elle a été experte en sciences infirmières pour un comité de sélection et consultante pour la mise sur pied d'un programme universitaire; elle a dirigé un grand nombre d'étudiantes de deuxième cycle; elle a coordonné un projet visant l'amélioration de la qualité des soins en Algérie; elle a rédigé la préface de la version française de la biographie de Virginia Henderson; elle a publié une liste impressionnante d'articles sur les soins infirmiers; et elle a défini le rôle de l'infirmière dans le cadre de divers projets de recherche en sciences infirmières.

AUJOURD'HUI CONSULTANTE

Evelyn Adam est officiellement à la retraite depuis 1989. Elle continue cependant de donner régulièrement des conférences au Canada, en Suisse et en Italie, toujours au sujet de l'identité professionnelle des infirmières.

Depuis quelques années, elle collabore à la rédaction d'un livre avec Sylvie Lauzon, une jeune collègue de l'Université de Montréal. Cet ouvrage, qui paraîtra en 1996, traite des interventions des infirmières auprès des personnes âgées, un autre de ses champs d'intérêt. « En 1982, j'ai conçu le premier cours sur les soins aux personnes âgées offert au baccalauréat en sciences infirmières de l'Université de Montréal. »

En somme, la boucle est bouclée. Et Evelyn Adam de conclure, sur le ton de la confidence : « J'ai beaucoup aimé soigner et j'ai beaucoup aimé enseigner. Les conférences que je donne encore constituent le prolongement de ma carrière. »