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Accueil > OIIQ > Petite histoire La petite histoire de 1917 à 1991De l'âge des pionnières à celui de l'affirmationEn 1917, une poignée de femmes déterminées jetaient les bases de ce qui allait devenir le plus grand ordre professionnel du Québec. Trois quarts de siècle plus tard, l'OIIQ compte 67 000 membres et jouit d'une solide notoriété. Elles en ont fait du chemin, les infirmières ! La période de l'entre-deux-guerres : les pionnièresLe Québec est en pleine transformation sociale et économique lorsqu'un petit groupe de pionnières créent l'Association des infirmières diplômées de la province de Québec, en 1917. L'essor industriel engendré par la guerre a accéléré le mouvement d'urbanisation et il s'est accompagné d'une demande accrue pour des services de santé à la fine pointe du progrès. Les membres de la nouvelle association jugent que les infirmières sont fort inégalement préparées à répondre à cette demande. En effet, le contenu du cours donné par les écoles d'infirmières des hôpitaux peut varier considérablement d'un établissement à l'autre. Il est surtout modulé par les besoins de l'hôpital, sans toujours un souci d'harmonisation du programme de base, ni un contrôle rigoureux de la qualité de la pratique. Conscientes que seule une organisation légalement reconnue dispose des moyens nécessaires à la valorisation de la profession, les membres de l'association entament les démarches pour l'obtention d'une charte provinciale. Elle leur est accordée le 14 février 1920. Un nouveau regroupement vient de naître : l'Association des gardes-malades enregistrées de la Province de Québec (AGMEPQ). Le titre de garde-malade enregistrée est désormais réservé aux membres de l'association. Les infirmières désirant y adhérer devront avoir terminé un cours de trois ans dans un hôpital d'au moins 50 lits et être âgées d'au moins 23 ans. Le respect des normes d'admission, la mise sur pied d'un programme d'études et la nomination d'une visiteuse pour les écoles d'infirmières figurent parmi les priorités des fondatrices. Celles-ci ont gagné une bataille, mais ne sont pas encore au bout de leurs peines ! En effet, la loi de 1920 n'a pas rendu l'adhésion à l'AGMEPQ obligatoire pour l'exercice de la profession. Une double résistance
Dans un Québec où les institutions religieuses sont à la fois toutes-puissantes et omniprésentes, le défi est considérable. L'AGMEPQ se butte à une double résistance : celle de l'Église catholique, qui considère d'un oeil méfiant cette association sans caractère confessionnel, et celle de certains médecins, qui appréhendent une érosion de leur autorité. Fort heureusement, cette résistance n'est pas monolithique. Des écoles d'hôpitaux vont rapidement souscrire aux exigences de l'association, pendant que des médecins vont s'associer à la création de programmes de formation destinés aux futures infirmières. Les derniers bastions de scepticisme tombent un à un, à mesure que l'AGMEPQ affirme son leadership en matière de formation et fait reconnaître la compétence de ses membres. Entre 1920 et 1930, l'Association triplera le nombre de ses adhérentes. En 1926, elle se joint à l'Association nationale des infirmières (la future Association des infirmières et infirmiers du Canada), dont elle restera membre jusqu'au vote de désaffiliation de 1986. La crise économique et le rapport WeirLa grande crise économique vient vite menacer des acquis encore fragiles. Elle n'épargne pas plus les infirmières que le reste de la population. Devant une situation financière catastrophique, certains hôpitaux congédient une partie de leur personnel infirmier. Les infirmières ayant la chance de conserver leur emploi doivent accepter une baisse de salaire. L'enquête menée (1929-1931) d'un bout à l'autre du pays par le professeur Weir, chef du Département d'éducation à l'Université de Colombie-Britannique, jette un éclairage révélateur sur la morosité de la situation sociale et économique des infirmières canadiennes. Le rapport publié en 1932 fera ressortir la difficulté, pour celles-ci, de se débarrasser de leur image «d'anges de charité» pour endosser celle de professionnelles à part entière, dont les services doivent être reconnus et rémunérés au même titre que ceux des autres travailleurs. Ce rapport donnera le coup d'envoi à une série de réformes, visant notamment à l'amélioration des conditions de travail et de vie des étudiantes infirmières. Il posera de grandes questions fondamentales : la formation des infirmières devrait-elle relever de l'État plutôt que des hôpitaux ? Ne serait-il pas préférable que l'État contrôle également les services de santé pour protéger le public et promouvoir la santé ? L'exercice exclusif de la profession d'infirmière ne devrait-il pas être réservé aux seuls membres d'un Ordre professionnel ? Les années 1940 et 1950 : l'enracinement
Il faudra encore quelques décennies avant que ces questions ne trouvent réponse. En attendant, l'action de l'AGMEPQ va contribuer à préparer le terrain. Après avoir consulté ses membres, l'association prépare un projet de loi prévoyant un renforcement de ses assises démocratiques. En 1943, elle obtient gain de cause. La formation de douze districts, représentés au Comité de régie, lui permet de mieux plonger ses racines dans la réalité de ses membres. Pendant la guerre, l'enrôlement de plusieurs infirmières dans le corps médical expéditionnaire force l'AGMEPQ à se mobiliser sur un autre front. En effet, pour répondre à la demande d'infirmières, on doit battre le rappel de celles qui ont quitté la profession en se mariant. On organise à leur intention, avec la collaboration de l'AGMEPQ, des cours de recyclage. L'association s'emploie à convaincre le gouvernement de débloquer des fonds pour que des jeunes filles peu fortunées puissent poursuivre leurs études et accéder à la profession d'infirmière. Plusieurs d'entre elles profiteront ainsi du service de «L'Aide à la jeunesse», créé par le gouvernement provincial pour aider les jeunes chômeurs. Parallèlement, l'association poursuit son action pour l'obtention d'un droit d'exercice exclusif et prépare un projet de loi que l'assemblée générale de 1944 approuve à l'unanimité. Sa présentation au Parlement de Québec va susciter la controverse et faire couler beaucoup d'encre. Nous sommes, rappelons-le, en pleine ère duplessiste. Les groupes religieux les plus conservateurs mènent un combat d'arrière-garde contre le projet de loi. Ils évoquent à nouveau les «dangers» de la cohabitation d'infirmières catholiques et protestantes au sein d'un organisme sans allégeance confessionnelle. Heureusement, grâce à une vigoureuse contre-offensive menée par l'association, l'opinion publique et les députés provinciaux accueillent favorablement le projet. Le 31 décembre 1946, on célèbre enfin une grande victoire : l'entrée en vigueur de la loi 10 autorisant l'exercice exclusif de la profession d'infirmière aux seules personnes accréditées par l'association. Celle-ci portera désormais le nom d'Association des infirmières de la Province de Québec (AIPQ). Le problème du recrutement continue de compter parmi les priorités au début des années cinquante. En 1954, devant les membres de la Commission Tremblay - chargée d'étudier la situation économique de la province -, l'AIPQ fait part de son inquiétude : le recrutement de candidates à la profession stagne. Il ne suffit plus à la demande des hôpitaux en plein développement. La baisse du taux de natalité du début des années 30 n'explique qu'en partie cette pénurie. Non seulement les carrières traditionnellement féminines, comme l'enseignement et le secrétariat, attirent-elles de plus en plus de candidates, mais des brèches sont en train de s'ouvrir dans les métiers et professions autrefois réservés aux hommes. Une révolution pas si tranquilleLa modernisation rapide de l'État québécois, enclenchée avec la prise du pouvoir par les Libéraux de Jean Lesage, en 1960, interpelle l'AIPQ. La création d'un ministère de l'Éducation (1964) et la réforme du système éducatif ramènent à l'avant-scène tout le dossier de la formation des infirmières. Pour sa part, l'entrée en vigueur de l'assurance hospitalisation gratuite (1961), puis, près d'une décennie plus tard, l'instauration du régime d'assurance maladie et la réforme majeure du système de santé québécois, soulèvent des discussions de fond sur les grandes orientations et l'organisation de ce système. Sur ces grandes questions, les infirmières sont en mesure de présenter un point de vue articulé : des années de travail sur le terrain et de réflexion leur ont permis de peaufiner leur argumentation ! Devant la Commission royale d'enquête sur l'enseignement au Québec, l'AIPQ plaide pour une meilleure formation théorique et pratique des infirmières. Une telle amélioration, argumente-t-elle, n'est possible que si cette formation est assurée par le réseau public d'enseignement. Elle recommande donc l'intégration progressive, sur une période de cinq ans, des écoles d'infirmières à ce réseau. Du même souffle, elle exige d'être étroitement associée à la préparation des programmes de formation des infirmières. Ces recommandations sont retenues par les commissaires et par le gouvernement. Dès 1967, trois des douze cégeps nouvellement créés offrent un programme expérimental d'études en soins infirmiers, approuvé par le comité d'experts en éducation de l'AIPQ. Une page est tournée. Deux ans plus tard, autre première notable : le gouvernement consent enfin à amender la loi pour permettre aux infirmiers de devenir membres de l'Association. L'AIPQ devient l'AIIPQ (Association des infirmières et infirmiers de la Province de Québec). Enfin !La publication du rapport de la Commission d'enquête sur la santé et les services sociaux (Castonguay-Nepveu) donne le signal de changements touchant à la fois les établissements de santé et les ordres professionnels. Les commissaires recommandent l'institution d'une loi régissant tous les ordres professionnels afin de mieux encadrer le double mandat de ceux-ci : la protection du public et le maintien de l'excellence dans l'exercice professionnel. Pour l'AIIPQ, il s'agit d'un tournant historique. Il lui faut s'assurer que le contenu des projets de loi 250 (instituant le Code des professions) et 273 (amendant la Loi des infirmières et infirmiers du Québec) répondent bien aux préoccupations d'autonomie professionnelle des infirmières, indispensable pour prodiguer des soins de qualité. L'association met donc sur pied un comité chargé d'étudier la situation des infirmières dans leur milieu de travail et de définir l'exercice de la profession. Et elle multiplie les représentations auprès du législateur. Le 1er février 1974, les deux lois entrent en vigueur. Les infirmières québécoises obtiennent - enfin ! - une définition légale de l'exercice de leur profession. Il leur est désormais possible d'agir, en toute autonomie, à l'intérieur d'un champ d'activité qui leur est propre. Nouveau et dernier changement de nom pour l'organisme, qui devient l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), régi par le Code des professions. Les infirmières et les infirmiers québécois peuvent se targuer de devenir les premiers au monde à obtenir du législateur la reconnaissance légale de leur profession ! Au cours des deux années suivantes, l'OIIQ met en place les structures et les mécanismes lui permettant de respecter ses obligations légales : organisation du Comité de l'inspection professionnelle, rédaction du code de déontologie et des autres règlements, etc. Une série de rencontres organisées à l'intention des membres leur permet de se familiariser avec les nouvelles lois et les règlements qui en découlent. Un épineux dossier : la réglementation sur les actes autorisésUn épineux dossier mobilise rapidement l'attention et l'énergie de l'Ordre. En effet, le législateur a confié à la Corporation des médecins du Québec (CPMQ) et à l'OIIQ la responsabilité de déterminer par règlement certains actes pouvant, dans leurs champs respectifs de pratique, être accomplis par d'autres catégories de travailleurs de la santé, selon certaines conditions. Pendant six ans, les versions originales des deux règlements sont modifiées à plusieurs reprises, au rythme de négociations souvent difficiles entre plusieurs corporations professionnelles, dont celle des infirmières, celle des médecins et celle des infirmières auxiliaires. En 1979, en l'absence d'entente, le gouvernement décide de trancher. Il confie cette tâche délicate à l'Office des professions et l'OIIQ reçoit la version dite finale des projets de règlements le 18 janvier 1979. Profondément insatisfait, l'Ordre mobilise ses membres pour tenter d'arracher d'ultimes modifications au législateur avant l'adoption des textes. La revue Nursing Québec titre «Je suis en colère» et le gouvernement reçoit des milliers de lettres de protestation. Une campagne de sensibilisation grand public met l'accent sur les répercussions possibles des règlements sur la qualité des soins dans les établissements de santé. On obtient ainsi, in extremis, la tenue d'une commission parlementaire. Remaniés à la satisfaction de l'Ordre, les deux règlements entreront finalement en vigueur l'année suivante. En mai 1979, le premier congrès d'orientation de l'OIIQ acquiert, dans ce contexte de mobilisation des membres, une signification particulière. Son thème « Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? » laisse augurer les profondes remises en question qui vont marquer la décennie suivante et qui sont encore brûlantes d'actualité. Pour une société plus juste et plus humaine
Depuis sa fondation, l'Ordre a appuyé de nombreuses causes à portée sociale. Il a consacré à la lutte contre la violence sous toutes ses formes une attention particulière, notamment en publiant le document « La violence conjugale. Intervention infirmière auprès des femmes », en s'associant à la mise sur pied d'un programme de formation sur le dépistage des femmes violentées. Il s'est associé à la Corporation des diététistes pour la préparation d'un dossier sur la pauvreté chez les 18-30 ans et il a élaboré pour le ministère de la Santé et des Services sociaux une foule d'avis portant, entre autres, sur l'égalité d'accès aux soins pour toutes les classes de la société. Le Bureau de l'Ordre s'est également penché sur la contribution de l'infirmière aux soins de santé dispensés aux personnes handicapées et aux personnes ayant des capacités physiques limitées. De 1980 à aujourd'hui : une profession en redéfinitionLes années 80 sont marquées par une crise profonde. Une nouvelle fois, l'effectif infirmier ne suffit plus à la demande. Mais cette fois, le sous-recrutement n'est pas seul en cause. Un nouveau et inquiétant phénomène commence à poindre : de plus en plus d'infirmières abandonnent la profession. Contraints à des coupures budgétaires, les hôpitaux ont amorcé une réorganisation du travail qui précarise l'emploi du personnel infirmier (ex. conversion de postes à temps plein en postes à temps partiel) et alourdit sa charge de travail. Et ce, au moment même où l'on exige des infirmières qu'elles relèvent, avec compétence et professionnalisme, de nouveaux défis : vieillissement de la population qui draine vers le réseau de la santé une clientèle de plus en plus lourde, augmentation de problèmes sociaux et sanitaires tels que l'alcoolisme et les autres toxicomanies, la violence faite aux femmes, aux enfants et aux personnes âgées, le sida, etc. Ces bouleversements, conjugués à l'émergence de nouvelles professions susceptibles de gruger le champ de pratique des infirmières, inquiètent vivement celles-ci. Elles s'interrogent même, avec un très net sentiment d'urgence, sur l'avenir de leur profession. Loin d'être circonscrite au seul Québec, cette crise éclate aux quatre coins de la planète. Le ras-le-bol des infirmières culmine en grèves parfois très dures. À la fois pour faire le point sur la situation, soutenir l'action de ses membres, saisir l'opinion publique du problème et faire pression sur le gouvernement et les directions d'hôpitaux, l'Ordre publie son document-choc HYPER TENSION : L'urgence des choix. On y dresse un portrait accablant de la situation des infirmières et on y formule plusieurs recommandations s'adressant au gouvernement du Québec, aux établissements de santé, aux universités ainsi qu'à certains organismes subventionnaires de recherche en sciences infirmières. «La reconnaissance professionnelle des infirmières se traduit inévitablement par une transformation des structures du système de santé, par une redistribution des aires de pouvoir à l'intérieur du réseau, par l'obtention d'une formation à la mesure des responsabilités et par l'amélioration de la structure d'emploi et de rémunération.» (HYPER TENSION) . Depuis, l'OIIQ a constamment poussé à la roue, multipliant les activités et interventions pour la mise en oeuvre de ces recommandations. Rappelons les suivantes, parmi les plus marquantes :
La liste n'est surtout pas exhaustive ! Il faut encore mentionner la participation à la commission parlementaire sur le financement des services de santé, ainsi qu'à plusieurs grands débats susceptibles d'avoir un impact sur l'avenir de la profession, par exemple la réforme de l'enseignement collégial, ou le projet de réforme du Code des professions. Un mot clé : formationFil conducteur des activités de l'Ordre depuis sa fondation, le dossier de la formation revient comme un leitmotiv tout au long des années 80 et jusqu'à nos jours. Cela s'explique, d'une part, par le nombre croissant d'infirmières poursuivant des études universitaires après leur formation initiale au niveau collégial, ou encore entrant directement dans la profession par la filière universitaire. D'autre part, l'utilisation de technologies de pointe et la complexification des soins font appel à des connaissances de plus en plus poussées. Convaincu qu'un rehaussement du niveau de formation initiale aidera les infirmières à mieux relever les défis de l'organisation et de la promotion des soins de santé à prendre leur place dans les équipes multidisciplinaires et à s'y faire respecter, le Bureau de l'OIIQ adopte, en janvier 1981, le Projet 2000. Cette résolution prévoit qu'au tournant du siècle, l'infirmière demandant l'admission à l'exercice de la profession devra avoir acquis une formation de premier cycle universitaire en sciences infirmières. Approuvé en 1982 par les membres réunis en assemblée générale annuelle, le Projet 2000 a ensuite été approfondi en comité de travail, présenté à plusieurs partenaires du réseau de la santé et largement discuté par les membres, notamment lors d'une journée-conférence sur le thème L'excellence du service par l'excellence de la formation, en mai 1989. Une histoire qui s'écrit au quotidien
Pour l'OIIQ et ses membres, les célébrations du 75e anniversaire sont une occasion de marquer une pause fierté, le temps de bien apprécier le chemin parcouru. Mais l'histoire, elle, ne s'arrête pas là. Quelle sorte de bilan dressera-t-on dans 25 ans, lorsqu'on fêtera le 100e anniversaire ? Dans le quotidien de leur pratique et à travers leurs liens de solidarité, les 66 000 infirmières québécoises préparent déjà la réponse.
L'OIIQ citoyen du monde
L'OIIQ a tissé, au fil des ans, tout un réseau de liens d'amitié et de collaboration à l'échelle de la planète. Entre autres projets majeurs, il participe à un programme de coopération avec le Burkina Faso, avec l'aide de l'Agence canadienne de développement international. Il est également partenaire du programme national de lutte contre le sida en Afrique francophone, mis sur pied en 1991. Nos sources
Nous exprimons nos plus sincères remerciements à Danièle Saint-Hilaire et Gertrude Jacobs pour leur généreuse collaboration. |