Pratique infirmière

Appliquer des techniques invasives

Dans cette section

Définition

Cette activité réservée signifie que l'infirmière peut utiliser toute technique invasive qui s'inscrit dans la finalité de son champ d'exercice, que ce soit à des fins diagnostiques ou thérapeutiques ou en soins d'entretien. Étant intrinsèquement à la réalisation de ces mesures ou de ces soins, l'application d'une technique n'exige donc pas d'ordonnance. En effet, cette activité réservée est indissociable d'autres activités liées aux soins infirmiers.

Une technique est dite invasive si elle comprend l'introduction d'un doigt, d'une main ou d'un instrument au-delà des barrières physiologiques, telles la peau ou une veine périphérique, dans divers orifices du corps humain (le nez, le pharynx, le méat urinaire, le vagin, etc.), y compris les ouvertures artificielles, par exemple les stomies. Elle comprend également une mesure qui cause une lésion autre que superficielle à l'organisme, telle l'installation d'un cathéter artériel. À l'instar des médecins, les infirmières se sont vues réserver l'ensemble des barrières physiologiques, à l'exception du tympan (OPQ, 2003).

Bien que le libellé de cette activité réservée n'impose aucune limitation juridique, les techniques inhérentes aux mesures diagnostiques, aux soins et aux traitements invasifs qu'une infirmière est autorisée à appliquer sont déterminées en fonction du risque de préjudices qu'elles comportent. C'est pourquoi certaines techniques sont encore réservées exclusivement aux médecins et aux IPS, notamment en ce qui concerne les biopsies et certaines ponctions, telle l'introduction d'une aiguille pour une ponction lombaire, vésicale, pleurale ou une ponction d'ascite. Les IPS peuvent, selon leur spécialité, utiliser certaines techniques invasives qui présentent un risque élevé de préjudices (OIIQ et CMQ, 2006a, 2006b, 2006c, 2006d, 2013).

Toutefois, le libellé de l'activité permet l'évolution de sa portée au fur et à mesure de l'avancement des soins de santé (nouveaux besoins des clientèles, traitements médicaux, y compris les thérapies médicamenteuses, et progrès technologiques). Les infirmières devront alors continuellement adapter leur pratique pour tenir compte de ces changements. À titre d'exemple, l'évolution des connaissances et de la technologie permet aux infirmières, depuis plusieurs années, d'installer des cathéters périphériques longs de type « MIDline » ainsi que des cathéters veineux centraux introduits par voie périphérique après l'évaluation des besoins du client, de la durée du traitement et de la médication prescrite (OIIQ, 2004). Cette évolution leur permet également d'effectuer des prélèvements par ponction artérielle et d'installer une canule artérielle (OIIQ, 2005).

À titre d'exemple, cette réserve d'activité signifie que l'infirmière peut décider de mettre en place un autre accès veineux lorsque plusieurs médicaments intraveineux prescrits nécessitent d'être administrés par des accès veineux différents en raison de leur incompatibilité. Elle peut décider également de faire un cathétérisme vésical pour effectuer une culture et une analyse d'urine prescrites pour un client dont il serait autrement impossible d'avoir un échantillon adéquat. Le toucher du col utérin est un autre exemple de technique invasive inhérente à l'évaluation de la condition physique d'une parturiente. L'activité réservée inclut aussi l'utilisation de techniques invasives dans le cadre des soins, tels les soins d'entretien du matériel thérapeutique.

Finalité

Cette activité réservée permet à l'infirmière d'utiliser toute technique invasive qui s'inscrit dans la finalité de son champ d'exercice, que ce soit à des fins diagnostiques ou thérapeutiques ou en soins d'entretien, et qui est intrinsèque à la réalisation de ces mesures ou de ces soins, et ce, sans ordonnance.

Le libellé de cette activité réservée permet que sa portée évolue au fur et à mesure de l'avancement des connaissances et des soins de santé. Aussi, les infirmières devront continuellement adapter leur pratique pour tenir compte de ces progrès.

Actes d’assistance opératoire

Durant l’intervention chirurgicale, l’infirmière en service interne peut effectuer des actes d’assistance opératoire à l’intérieur du site opératoire. Ces actes s’inscrivent dans le traitement médical qu’est la chirurgie et demeurent sous le contrôle direct du chirurgien. L’assistance opératoire n’est pas considérée comme de la première assistance en chirurgie.

Les actes d’assistance opératoire peuvent être regroupés en quatre catégories :

  1. L’exécution de techniques de suture et de ligature sur les plaies superficielles (p. ex. : fixer un drain à la peau à l’aide de suture).
  2. La manipulation d’instruments et d’appareils chirurgicaux usuels à l’intérieur du site opératoire (p. ex. : utiliser un instrument mécanique pour perforer un os).
  3. L’application de techniques d’hémostase directe à l’intérieur du site opératoire (p. ex. : appliquer des hémoclips).
  4. L’exécution de manoeuvres précises et directes sur des tissus identifiés en cours de chirurgie (p. ex. : couper des tissus avec des ciseaux ou le bistouri).

L’exécution des actes d’assistance opératoire nécessite l’acquisition de connaissances et de compétences particulières dans le cadre de cours théoriques et d’applications pratiques en laboratoire et en stage. Pour connaître les contenus de formation recommandée, consulter le document de l'OIIQ, Les soins infirmiers périopératoires : lignes directrices pour les activités des infirmières en salle d’opération. De plus, un carnet de formation est également disponible sur le site Web de l’OIIQ pour guider les infirmières lors de leur formation en assistance opératoire, Soins infirmiers périopératoires : carnet de formation de l’infirmière.

Exemples

Le tableau suivant donne un aperçu des activités réservées qui comportent l'utilisation de techniques invasives ainsi que des exemples de techniques.

Tableau
Exemples de techniques invasives
utilisées dans l'exécution d'activités réservées

ACTIVITÉS RÉSERVÉES TECHNIQUES INVASIVES
  • Évaluer la condition physique et mentale d'une personne symptomatique
  • Insertion d'un spéculum pour l'examen visuel du col de l'utérus
  • Examen gynécologique et examen bimanuel
  • Toucher rectal
  • Injection d'une solution saline à l'aide d'une sonde de type Swan-Ganz, afin de mesurer le débit cardiaque
  • Exercer une surveillance clinique de la condition des personnes dont l'état de santé présente des risques, incluant le monitorage et les ajustements du plan thérapeutique infirmier
  • Monitorage continu de la pression pulmonaire
  • Injection d'air dans un ballonnet dans l'artère pulmonaire à l'aide d'une sonde de type Swan-Ganz, afin de mesurer la pression capillaire pulmonaire bloquée.
  • Effectuer le suivi infirmier des personnes présentant des problèmes de santé complexes
  • Soins de trachéotomie
  • Soins de gastrotomie
  • Injection d'une solution ou d'air pour vérifier la perméabilité d'un tube nasogastrique
  • Irrigation d'un accès veineux intermittent
  • Irrigation vésicale continue
  • Contribuer au suivi de grossesse, à la pratique des accouchements et au suivi postnatal
  • Toucher vaginal
  • Déterminer le plan de traitement relié aux plaies et aux altérations de la peau et des téguments et prodiguer les soins et les traitements qui s'y rattachent
  • Utilisation du laser
  • Stimulation électrique d’une plaie
  • Effectuer et ajuster des traitements médicaux, selon une ordonnance
  • Retirer un drain abdominal
  • Infiltration de cortisone dans l’articulation du genou, la bourse sous-acromiale et les bourses supra et infra-trochantérienne de la hanche. Pour exécuter ce traitement, l’infirmière doit :
    • Posséder les connaissances et compétences nécessaires
    • Démontrer le maintien de ses compétences
    • Avoir reçu la formation théorique et pratique requise, donnée par un médecin ou un professionnel habilité à le faire
    • Avoir réussi trois infiltrations sous supervision
  • Actes d’assistance opératoire en service interne
  • Effectuer des examens et des tests invasifs, selon une ordonnance
  • Cathétérisme vésical pour effectuer un prélèvement d'urine
  • Prélèvement sanguin (veineux et artériel)
  • Prélèvement des cellules du col utérin pour une cytologie cervicale
  • Biopsie cutanée et ponction/aspiration/biopsie de moelle osseuse dans le cadre d'un traitement en hémato-oncologie
  • Retrait d'un cathéter veineux central pour l'aphérèse
  • Administrer et ajuster des médicaments ou d'autres substances, selon une ordonnance
  • Installation d'un accès veineux (p. ex. : cathéter court ou cathéter veineux central introduit par voie périphérique)
  • Injection (im, sc, iv, id, etc.)
  • Mesures invasives des accès vasculaires, tel le changement de cathéter périphérique, afin de prévenir les infections ou de remédier à une perméabilité du système d'accès
  • Procéder à la vaccination dans le cadre d'une activité découlant de l'application de la Loi sur la santé publique
  • Injection (im, sc, id)
  • Initier des mesures diagnostiques à des fins de dépistage dans le cadre d'une activité découlant de l'application de la Loi sur la santé publique
  • Prélèvement sanguin
  • Prélèvement à l'urètre chez l'homme

Activité partagée / Activité en collaboration

Bien que le libellé de cette activité réservée n'impose aucune limitation juridique, les techniques invasives inhérentes aux mesures diagnostiques, aux soins et aux traitements invasifs qu'une infirmière est autorisée à appliquer sont déterminées en fonction du risque de préjudices qu'elles comportent. C'est pourquoi certaines techniques sont encore réservées exclusivement aux médecins et aux IPS, notamment pour les biopsies et certaines ponctions, telle l'introduction d'une aiguille pour une ponction lombaire, vésicale, pleurale ou une ponction d'ascite. Les IPS peuvent, selon leur spécialité, utiliser certaines techniques invasives qui présentent un risque élevé de préjudices (OIIQ et CMQ, 2006a, 2006b, 2006c, 2006d, 2013).

À l'instar des médecins, les infirmières se sont vues réserver l'ensemble des barrières physiologiques, à l'exception du tympan (OPQ, 2003). Rappelons qu'une technique est dite invasive si elle comprend l'introduction d'un doigt, d'une main ou d'un instrument au-delà des barrières physiologiques, telles la peau ou une veine périphérique, dans divers orifices du corps humain, (le nez, le pharynx, le méat urinaire, le vagin, etc.), y compris les ouvertures artificielles, par exemple les stomies. Elle comprend également une mesure qui cause une lésion autre que superficielle à l'organisme, telle l'installation d'un cathéter artériel.

Références

Office des professions du Québec (2003). Loi 90 (2002, chapitre 33), Loi modifiant le Code des professions et d'autres dispositions législatives dans le domaine de la santé (sanctionnée le 14 juin 2002) : cahier explicatif, Québec, OPQ.

Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (2004). Application de techniques invasives par les infirmières et les infirmiers : insertion du cathéter veineux central introduit par voie périphérique, Westmount, OIIQ, coll. « Lignes directrices ».

Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (2005). Application de techniques invasives par les infirmières et les infirmiers : prélèvement par ponction artérielle et installation d’une canule artérielle, Westmount, OIIQ, coll. « Lignes directrices ».

Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (2014a). Soins infirmiers périopératoires : carnet de formation de l’infirmière, Montréal, OIIQ.

Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (2014b). Les soins infirmiers périopératoires : lignes directrices pour les activités des infirmières en salle d’opération, éd. mise à jour, Montréal, OIIQ.

Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, et Collège des médecins du Québec (2006a). Étendue des activités médicales exercées par l'infirmière praticienne spécialisée en cardiologie, Westmount, OIIQ ; Montréal, CMQ.

Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, et Collège des médecins du Québec (2006b). Étendue des activités médicales exercées par l'infirmière praticienne spécialisée en néonatalogie, Westmount, OIIQ ; Montréal, CMQ.

Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, et Collège des médecins du Québec (2006c). Étendue des activités médicales exercées par l'infirmière praticienne spécialisée en néphrologie, Westmount, OIIQ ; Montréal, CMQ.

Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, et Collège des médecins du Québec (2006d). Lignes directrices sur les modalités de la pratique de l'infirmière praticienne spécialisée, Westmount, OIIQ ; Montréal, CMQ.

Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, et Collège des médecins du Québec (2013). Pratique clinique de l'infirmière praticienne spécialisée en soins de première ligne : lignes directrices, 2e éd., Westmount, OIIQ ; Montréal, CMQ.