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L'importance de l'image professionnelle - Point de vue déontologique

Quelle est l'importance de l'image que nous projetons? Comment sommes-nous perçues? Comment voulons-nous être perçues?
Ce sont, entre autres, à partir de nos propos et de la façon de les tenir, de nos activités et de notre apparence que nous sommes catégorisées et évaluées. Ces évaluations teintent l'image que chacun se fait d'une personne, d'une infirmière ou d'un groupe de professionnels. Il est de plus reconnu que l'identité collective repose sur chacun des membres d'un groupe. Chaque infirmière influence donc l'image professionnelle que la population a de la collectivité infirmière.

Depuis un certain temps, la Direction, Bureau du syndic reçoit des informations au sujet de photos suggestives d'infirmières qui se retrouvent dans des revues ou des calendriers à caractère sexuel. Parfois, l'infirmière se fait ainsi photographier vêtue de l'uniforme, à d'autres moments son statut professionnel est indiqué. Ces photos suggestives ont inévitablement un impact sur l'image de la profession. Par ailleurs, d'autres infirmières sont danseuses dans un bar ou encore s'adonnent à la prostitution. Ces infirmières projettent alors une image stéréotypée des infirmières en tant qu'objets sexuels.

Les infirmières qui se prêtent à de telles activités ne voient pas nécessairement le lien avec leur profession. À cet égard, le Comité de discipline, dans la décision Vasquez, reconnaissait que l'exercice d'une profession est un privilège, et non un droit, qui comporte des obligations corrélatives. Il référait également à un jugement du Tribunal des professions qui reconnaissait que certains faits de la vie privée, même s'ils sont étrangers à l'activité professionnelle proprement dite, peuvent faire l'objet d'une action disciplinaire lorsqu'ils sont de nature à compromettre la dignité et l'honneur d'une profession.

Dans cette optique, mentionnons que l'article 59.2 du Code des professions précise que « nul professionnel ne peut poser un acte dérogatoire à l'honneur ou à la dignité de sa profession ou à la discipline des membres de l'ordre, ni exercer une profession, un métier, une industrie, un commerce, une charge ou une fonction qui est incompatible avec l'honneur, la dignité ou l'exercice de sa profession ». De plus, le Code de déontologie précise à l'article 68 qu'une « infirmière doit éviter toute publicité susceptible de dévaloriser l'image de la profession ».

En plus de ternir l'image de la profession, ces situations peuvent aussi rendre difficile l'établissement d'un lien de confiance essentiel à la relation professionnelle entre le client et l'infirmière. Imaginez que vous accompagnez un médecin lors de l'annonce d'un pronostic sombre à une famille. Le fils du client vous reconnaît car il possède le calendrier dans lequel il y a une photo de vous dans une pose très évocatrice. Ou encore, vous êtes à effectuer une évaluation d'un client au triage à l'urgence et il vous dit : « Est-ce toi qui danse au bar Untel »?

Bien sûr, il peut être valorisant de voir la qualité de ses attributs physiques reconnue. Toutefois, à titre de professionnelle, une retenue s'impose.

Sylvie Truchon, syndic


Code de déontologie des infirmières et infirmiers, (2003) 135 G.O. II, 98; (2005) 137 G.O. II 2961.

Code des professions, L.R.Q., c.-26.

COURTOIS, Armelle-Colombe, COURTOIS, Robert, CUMINET, Lydie, GRANDSIRE, Alain. « Quelle est l'image de l'infirmière aujourd'hui », SOINS – no 700 – novembre 2005.

Infirmières et infirmiers (Ordre professionnel des) c. Sandra I. Vasquez, 20-2005-00320.

Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, La tenue vestimentaire des infirmières – prise de position, Montréal, OIIQ, 2006.

www.infirmière-canadienne.com, L'importance de l'image, avril 2005 | vol. 6 | no 3.

Cette chronique a été publiée dans Le Journal, novembre/décembre 2007, vol. 5, no 2.