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Respecter les limites de la relation professionnelle

(Troisième partie)

Dans les chroniques précédentes, il a été question des quatre principes de la relation professionnelle et de ce qui la différencie d'une relation amicale ou amoureuse, par exemple. Cette chronique traite des indices que l'infirmière doit savoir reconnaître afin d'éviter de transgresser les limites de la relation professionnelle.

Pour respecter ces limites, elle a le devoir de s'assurer que le lien thérapeutique établi avec un client demeure convenable. L'infirmière ne doit donc être est ni trop distante ni trop intéressée, et doit porter attention à certains indices. En voici des exemples :

  • échanger son affectation de poste avec une collègue afin de s'occuper d'un client en particulier;
  • planifier sa journée de façon à passer le plus de temps possible avec ce client, sans égard à ses besoins de santé, et lui accorder plus d'attention que nécessaire;
  • ne pas partager des renseignements au sujet du client avec les autres membres de l'équipe, entre autres les sentiments qu'éprouve ce dernier à son égard;
  • cacher à l'équipe ses propres sentiments à l'égard du client;
  • penser souvent à lui, même en dehors du travail;
  • se considérer comme le soignant le plus approprié pour favoriser son rétablissement;
  • soigner davantage sa tenue vestimentaire afin de lui plaire;
  • être sur la défensive lorsqu'une personne pose des questions à propos de ce client et agir de façon possessive envers lui;
  • partager des renseignements personnels avec le client.

Les zones « grises »

Bien entendu, tout n'est pas soit blanc, soit noir. Il existe des zones d'incertitude, des zones « grises », où il n'est pas toujours facile de trancher. Certaines situations, en effet, peuvent soulever un dilemme et exigent de tenir compte de plusieurs éléments avant d'intervenir auprès du client.

Ainsi, il peut arriver qu'une infirmière qui soigne une cliente présentant une situation clinique qu'elle-même a déjà vécue, par exemple un avortement, décide de lui parler de sa propre expérience pour aider cette cliente à surmonter son épreuve. L'infirmière doit pourtant s'en abstenir si l'objectif est de trouver une oreille attentive ou de faire des confidences dans son seul intérêt.

N'OUBLIEZ PAS :

Certains indices montrent qu'une infirmière risque de franchir les limites d'une relation professionnelle. Il faut savoir les reconnaître.

En cas de doute, la prudence s'impose. L'infirmière doit examiner l'ensemble de la situation et faire preuve de jugement professionnel.

Prenons maintenant le cas d'une infirmière qui revoit un client par hasard, après l'avoir soigné pendant une courte période à l'urgence : peut-elle engager une relation personnelle avec lui? Ou encore, une autre qui, elle aussi, rencontre un client par hasard, mais dont elle a pris soin durant une longue période alors qu'il souffrait d'un grave problème de santé mentale : peut-elle amorcer une relation intime avec le client? Les contextes sont très différents et, dans les deux cas, l'infirmière doit tenir compte de certains éléments, notamment la vulnérabilité du client, le problème de santé pour lequel il a été traité, la durée de l'épisode de soins et la probabilité d'avoir à lui redonner des soins.

Le dernier article de cette série abordera ce qu'il faut faire pour sauvegarder les limites de la relation professionnelle.

Sylvie Truchon, syndic

Cette chronique a été publiée dans Le Journal, septembre/octobre 2000, vol. 8, no 1.