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Valeurs personnelles et professionnelles - Regard déontologique

Les valeurs sont des références pour l'action humaine. On leur accorde un prix, on les estime et on y aspire. Sur le plan individuel, chaque personne privilégie des valeurs qui influencent ses actions et guident ses comportements et ses attitudes dans ses rapports avec autrui. Aussi, lorsque cette personne choisit une profession, elle y arrive avec ses valeurs et convictions.

Les valeurs professionnelles, quant à elles, se traduisent tant dans la prestation des soins que dans la relation entre l'infirmière et le client. Parmi les valeurs généralement reconnues au sein de la profession infirmière, il y a notamment :

  • l'autonomie et la dignité de la personne;
  • l'intégrité;
  • le bien-être et la sécurité du client;
  • la justice et l'équité dans les soins.

Lorsqu'une personne adhère à une profession, elle s'engage à en respecter et à honorer les valeurs et les règles de conduite établies. Tout en tenant compte de ses propres valeurs et convictions, l'infirmière doit aussi répondre aux exigences de sa profession. Habituellement, ces deux dimensions sont non seulement compatibles, mais complémentaires.

Dans la société pluraliste du Québec contemporain, de nombreuses valeurs se côtoient. Il peut donc se produire des situations où s'opposent les valeurs personnelles et professionnelles au moment de dispenser les soins. Avant d'agir, l'infirmière doit reconnaître ceci et s'assurer de ne pas imposer ses valeurs personnelles aux clients.

S'inspirant de valeurs propres à la profession, le Code de déontologie des infirmières et infirmiers sert de guide à la réflexion. En effet, si un dilemme survient, l'infirmière doit considérer les obligations déontologiques dans l'analyse de la situation.

Entre autres, l'article 2 du Code de déontologie des infirmières et infirmiers énonce clairement l'obligation de l'infirmière de fournir des services professionnels, et ce, sans discrimination. Ainsi, elle ne pourrait refuser de fournir des services professionnels à une personne en raison de la race, la couleur, le sexe, la grossesse, l'orientation sexuelle, l'état civil, l'âge, la religion, les convictions politiques, la langue, l'ascendance ethnique ou nationale, l'origine ou la condition sociale, le handicap ou l'utilisation d'un moyen pour pallier ce handicap.

De plus, l'infirmière a l'obligation de respecter les valeurs et convictions personnelles du client, tout en tenant compte de ce qui est généralement admis dans l'exercice de la profession. Par exemple, une infirmière ne pourrait pas répondre aux attentes d'un client qui lui demanderait de l'aider dans un contexte d'euthanasie. Cependant, elle devrait respecter le refus d'un client de prendre un médicament, s'il a reçu toute l'information nécessaire à la prise d'une décision éclairée et qu'il est apte à consentir.

Toutefois, il y a des situations où les valeurs de l'infirmière peuvent se heurter à ses obligations professionnelles comme, par exemple, lorsque l'infirmière est appelée à intervenir lors d'une interruption volontaire de grossesse, d'administration de la contraception orale d'urgence ou encore de distribution de seringues à des toxicomanes. Bien que ces situations soient toujours difficiles à vivre, en tant que professionnelle de la santé, l'infirmière doit subordonner ses convictions personnelles aux intérêts des clients et ceux-ci ne doivent en subir aucun préjudice. Elle doit aussi s'assurer qu'en tout temps, le client recevra les soins requis par son état de santé.

Sylvie Truchon, syndic


BLONDEAU, D., Éthique et soins infirmiers, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 1999.
Code de déontologie des infirmières et infirmiers , (2003) 135 G.O. II, 98; (2005) 137 G.O. II 2961.
CONSEIL DE LA SANTÉ ET DU BIEN-ÊTRE, Qu'est-ce que l'éthique? Proposition d'un cadre de référence, septembre 2004.
Infirmières et infirmiers (Ordre professionnel des) c. Diane Dupont , 20-95-00105.

Cette chronique a été publiée dans Le Journal, mai/juin 2007, vol. 4, no 5.