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Accueil > Salle de presse et publications > Salle de presse > Lettres ouvertes Vision méprisante et anachronique du MEQ envers la formation professionnelle infirmièreLe soin des plantes exige-t-il plus de formation scientifique que le soin des malades ?Par Gyslaine Desrosiers, inf., M.B.A. La profession livre aujourd'hui un combat qu'elle avait pourtant gagné au début du siècle. La pratique infirmière exige-t-elle une formation scientifique ? Le stéréotype à l'effet que le soin des malades n'exige que compassion et douceur est alimenté par le ministère de l'Éducation (MEQ) et vient, ces jours-ci, d'atteindre un sommet inégalé par une annonce de Mme Marois visant à restreindre l'accès à l'université en sciences infirmières. Les acquis historiques Dès le début du siècle, la profession infirmière était encadrée par des écoles d'infirmières attachées aux grands hôpitaux. Devenir infirmière diplômée, c'était devenir une femme socialement respectée. Une valeur, un prestige étaient accordés à ce diplôme. À l'époque où les femmes n'avaient officiellement pas d'âme et encore moins le droit de vote, on reconnaissait au moins la contribution des infirmières au développement des connaissances en santé. Alors même que le droit à l'éducation pour les femmes était toujours discuté, les infirmières fondaient, en 1920, l'École de nursing de l'Université McGill puis, en 1925, l'École d'hygiène sociale de l'Université de Montréal. Déjà à cette époque, les infirmières recevaient une formation qui les préparait à travailler de façon autonome, souvent sans médecin à proximité, en dispensaire, en unité sanitaire, en santé industrielle. Aujourd'hui, il existe deux facultés de sciences infirmières -- à l'Université de Montréal et à l'Université Laval -- et des écoles de nursing -- à l'Université McGill, à l'Université de Sherbrooke et au sein du réseau de l'Université du Québec. Au Québec, comme partout en Amérique du Nord, les infirmières peuvent accéder à des programmes de baccalauréat, de maîtrise et même de doctorat en sciences infirmières. Environ 13 000 infirmières au Québec sont titulaires d'un baccalauréat, et 4 000 autres sont diplômées d'un deuxième ou troisième cycle. Près de 11 000 autres détiennent un ou plusieurs certificats universitaires. Enfin, la recherche en sciences infirmières est reconnue par les organismes subventionnaires tel le Fonds de recherche en santé du Québec. Une vision réductrice de la formation collégiale Lors de la fermeture des écoles d'infirmières rattachées aux hôpitaux, la profession était fière qu'un programme d'État puisse faire échapper les étudiantes au «cheap labor». Les dirigeantes de notre organisme qui ont naïvement concédé leur droit d'accréditation du programme de formation infirmière croyaient, hors de tout doute, que la profession serait toujours consultée et à même d'influencer les contenus de formation. Trente ans plus tard, le programme de formation collégiale (DEC en soins infirmiers) relève du MEQ. La profession n'a presque plus son mot à dire. Il n'y a eu aucun ajout d'heures au programme, malgré l'évolution des sciences de la santé en général. Nous avons dû intervenir il y a 2 ans pour empêcher le MEQ de considérer que des stages en garderie équivalaient à des stages en pédiatrie ! Notre organisme tente sans succès d'obtenir des prérequis dans certaines matières au Secondaire V, pour entrer dans le programme. Il nous apparaît nécessaire d'exiger un cours de chimie, de physique, et de biologie, pour devenir étudiante infirmière. Or, nous devrons faire la preuve que «c'est pédagogiquement nécessaire» ! Ainsi, au Québec, on exige plus de prérequis pour les techniques ornementales, les techniques légumières et fruitières, les techniques équines, que pour le programme de soins infirmiers. Le MEQ banalise sans cesse les soins infirmiers et laisse croire qu'il n'est pas nécessaire d'étudier pour soigner. Un document publié par le MEQ, intitulé Repères, décrivait encore en 1995 les principaux instruments de travail de l'infirmière comme étant le thermomètre et le stéthoscope ! Le MEQ n'est évidemment pas au courant qu'aujourd'hui, les malades ont des accès vasculaires dans la jugulaire, ou même jusqu'à l'oreillette droite pour monitorer en continu leurs paramètres physiologiques, que l'infirmière doit administrer une gamme toujours plus large de médicaments qu'elle doit ajuster à l'état du malade, et en surveiller les effets physiologiques, qu'elle doit aider des familles entières aux prises avec un patient très souffrant en phase terminale. Le MEQ est-il au courant que des infirmières doivent assumer la responsabilité de conseiller la population sur des problèmes de santé avec la ligne téléphonique INFO-SANTÉ ? Le MEQ vient de relancer l'exercice de révision du programme collégial avec un budget ridicule précisant que le programme répondra à la «fonction de travail» de l'infirmière, dans le cadre du virage ambulatoire. Quand nous avons demandé des précisions, on nous a parlé de «fonctions traditionnelles» (sic) de l'infirmière. D'ailleurs, les fonctionnaires évitent toujours soigneusement de parler de l'évolution des connaissances scientifiques, technologiques et pharmacologiques qui modulent de nos jours la pratique médicale et infirmière. Discrimination pour l'accès aux études universitaires Alors que la politique gouvernementale est d'assurer aux femmes le plus large accès possible aux études universitaires, Mme Marois, dans un ultime geste féministe et pour être certaine que les étudiantes détentrices d'un DEC en Sciences de la nature ne puissent choisir une profession traditionnelle en s'inscrivant dans un programme de baccalauréat en Sciences infirmières, a annoncé à la CREPUQ son intention de fermer cette voie d'accès à la formation universitaire en obligeant toutes les candidates éventuelles à cette profession à compléter plutôt un DEC en soins infirmiers. Nous considérons que cette mesure, de par son caractère d'exception, est discriminatoire pour la profession d'infirmière et qu'elle va détourner environ 200 jeunes par année vers d'autres programmes universitaires. Comment la ministre en est-elle venue à mettre en doute la pertinence d'un programme qui existe depuis 40 ans, qui a fait ses preuves, et dont le taux de placement des étudiantes est près de 100% à la fin des études ? L'Association des hôpitaux du Québec dénonce d'ailleurs cette intention de la ministre. Pourquoi priver la profession de cette clientèle d'étudiantes qui fait un choix de carrière différent de celui du DEC en soins infirmiers? Le MEQ réalise-t-il que les étudiantes détentrices d'un DEC en sciences de la santé correspondent à 33%, et même à 40%, de la clientèle des facultés de sciences infirmières, à l'exception de l'Université McGill pour laquelle ces étudiantes constituent l'ensemble de sa clientèle? La ministre Marois veut-elle, sans l'avouer, remettre en cause le statut même des facultés de sciences infirmières en diminuant le nombre d'étudiants, ce qui les empêcherait notamment de maintenir leur masse critique d'étudiants, et fragiliserait les études de deuxième et de troisième cycles en sciences infirmières ? La discipline des sciences infirmières à l'université disparaîtra-t-elle au profit de programmes d'appoint en spécialité seulement ? Quel programme va assurer la formation scientifique nécessaire à la pratique d'infirmière clinicienne, à l'enseignement et à la recherche ? L'orientation de Mme Marois va à l'encontre des tendances nord-américaines. Le gouvernement québécois est-il informé que cinq provinces canadiennes (bientôt sept) exigent un baccalauréat pour obtenir un permis d'exercice ? Dans une lettre adressée à Mme Marois, le 5 mars, l'Association des infirmières et infirmiers du Canada mentionne «que le marché du travail canadien et nord-américain pourrait se trouver fermé aux infirmières et infirmiers du Québec si leur niveau de compétence est inférieur.» Le Québec est reconnu comme l'un des leaders mondiaux dans le domaine des sciences infirmières. Le Gouvernement du Québec, porteur d'un projet soi-disant ouvert sur le monde, prendra-t-il, dans le domaine des soins infirmiers, le virage du repliement sur soi, du retour en arrière plutôt que celui du présent et de l'avenir? |