Ordre des infirmières et infirmiers du Québec
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L’impact de la situation dans les établissements de santé sur la qualité des soins.

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Le 10 mars 1999

À toutes les infirmières et infirmiers du Québec

Chère consoeur,
Cher confrère,

L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, dont le mandat est d’assurer la protection du public, est actuellement préoccupé par l’impact de la situation dans les établissements de santé sur la qualité des soins.

De nombreux appels d’infirmières et des informations recueillies lors des vérifications ef-fectuées dans le cadre des activités d’inspection professionnelle indiquent un épuisement croissant, un recours de plus en plus fréquent et planifié au temps supplémentaire et une pénurie d’infir-mières expérimentées, en particulier dans les secteurs de soins critiques comme les soins intensifs et l’urgence.

Plusieurs d’entre vous m’ont fait part de leur dilemme quotidien fort difficile à trancher : d’une part, continuer à exercer auprès de la clientèle dans des conditions onéreuses ou d’autre part, éviter un surcroît d’heures de travail qui présente de trop grands risques pour vous et pour les malades.

Ainsi, j’ai décidé de m’adresser à chacun d’entre vous pour exprimer d’abord que l’Ordre est informé des conditions extrêmement exigeantes dans lesquelles vous avez à exercer. Le profes-sionnalisme dont vous faites preuve dans les circonstances est tout à l’honneur de la profession et à la hauteur de la confiance que la population vous témoigne.

Le Bureau de l’Ordre a mis au coeur de ses priorités d’intervenir sur les conditions actuelles d’exercice de la profession et plusieurs actions sont déployées en ce sens. Notamment en tant que présidente, j’ai mis les bouchées doubles ces derniers temps pour porter haut et fort votre message auprès des décideurs et particulièrement auprès de la ministre de la Santé et des Services sociaux, Mme Pauline Marois.

Entre autres, pas plus tard qu’il y a quelques semaines, je l’exhortais en conférence de presse à ne pas oublier les infirmières dans les solutions qu’elle s’apprête à annoncer pour résoudre de façon permanente la crise des urgences. Ainsi, je demandais de stabiliser les équipes de base en augmentant immédiatement le nombre de postes réguliers d’infirmières. Je lui rappelais également qu’on ne saurait faire porter plus longtemps le poids de la situation actuelle sur la seule responsa-bilité professionnelle des infirmières alors que les solutions sont du domaine de la responsabilité collective et gouvernementale.

Le 19 janvier dernier, l’Ordre rendait également publique une étude sur l’état des effectifs de notre profession et rappelait à la Ministre l’extrême fragilité d’un système de santé dont l’offre de soins repose sur des listes de rappel, alors qu’on doit pouvoir compter sur une grande expertise infirmière. Un réinvestissement dans les budgets de soins infirmiers de tous les établissements s’impose de toute évidence.

Nous travaillons présentement avec le ministère de la Santé et des Services sociaux et les régies régionales pour tenter d’éviter une pénurie d’infirmières encore pire que celle que nous connaissons présentement, notamment en créant un programme de mise à jour des compétences et d’intégration au travail pour les infirmières diplômées des cohortes 1994 à 1997 n’ayant pas ou peu travaillé, ceci afin d’augmenter le nombre d’infirmières dans le réseau. Évidemment, un plan plus global d’attraction et de rétention à la profession fera également l’objet d’échange avec le ministère de la Santé et des Services sociaux. Ce ne sont là que quelques-uns des éléments du plan d’action que l’Ordre s’est donné pour tenter d’améliorer à court terme vos conditions d’exercice.

L’Ordre tient à rappeler que le Code de déontologie des infirmières et infirmiers énonce les devoirs de l’infirmière envers le client, le public et la profession et ce, dans une perspective de responsabilité professionnelle individuelle. L’infirmière ne peut se dégager de sa responsabilité professionnelle d’assurer le suivi des soins requis par ses clients. Cependant, cette obligation ne peut être interprétée comme obligeant l’infirmière à assurer sa propre relève en temps supplémen-taire de même qu’elle ne peut être invoquée pour gérer une situation prévisible de manque de ressources professionnelles.

C’est pourquoi l’Ordre invite tous les acteurs concernés à se pencher sur l’ensemble de cette problématique afin d’assurer en tout temps des soins sécuritaires à la clientèle et prévenir l’occur-rence d’événements dont les conséquences pourraient affecter les clients et les infirmières impliqués.

En terminant, je vous invite, malgré les conditions difficiles, à continuer de faire preuve de tout le professionnalisme dont vous êtes capable dans les circonstances. En contrepartie, soyez assuré(e) que je ne cesserai de déployer toute mon énergie à convaincre les différentes instances concernées, en commençant par la Ministre de la Santé et des Services sociaux, de mettre tout en oeuvre pour garantir une pratique infirmière de qualité et suffisamment attirante pour convaincre les jeunes que notre profession en est une d’avenir.

Recevez, chère consoeur, cher confrère, l’expression de mes meilleurs sentiments.

La présidente,

Gyslaine Desrosiers