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Accueil > Salle de presse et publications > Salle de presse > Lettres ouvertes Infirmières en perte de vitesse dans les écoles : commandites recherchéesPar Gyslaine Desrosiers Notre gouvernement fait parfois de curieux choix ; celui de sortir les infirmières des écoles en est un. Pourtant, des compagnies de boissons gazeuses y entrent à pleine porte. En France, les adolescentes peuvent se procurer la pilule du lendemain dans toutes les pharmacies et elle sera bientôt disponible gratuitement dans les écoles. Pendant ce temps au Québec, on coupe sans remords dans les services de santé scolaire et plus souvent qu’autrement, nos jeunes se cognent le nez sur la porte close du bureau de l’infirmière. Y en a-t-il encore qui croient que l’infirmière en santé scolaire passe son temps à distribuer des diachylons sur les genoux éraflés d’un élève tombé par terre à la récréation ? Si oui, remettons les pendules à l’heure : les problèmes de santé en émergence chez les jeunes sont plus complexes que jamais et les cas lourds en consultation individuelle ne cessent d’augmenter. Le bureau de l’infirmière est une « zone franche » qui permet au jeune d’établir un premier contact non menaçant lorsqu’il se sent déprimé, qu’il balance son lunch à la poubelle, qu’il fume son « joint » avant et après les classes, qu’il éprouve de la difficulté à respirer ou qu’il a été harcelé sexuellement la veille. L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) a effectué une consultation* auprès de plus de 147 présidentes des Conseils d’infirmières et infirmiers des CLSC du Québec qui confirment ces tendances. Les infirmières ont fait des témoignages troublants, tel celui-ci : « Depuis septembre 1997, il s’ajoute aux consultations la pilule du lendemain, le test de grossesse des lundis et mardis, sept nouveaux cas d’anorexie/boulimie. Depuis le retour des fêtes, quatre nouvelles filles veulent me rencontrer pour fatigue et maigreur. Elles pèsent 95, 102, 106 livres et mesurent jusqu’à 5 pieds et 8 pouces... ». Des choix déchirants Malgré l’importance de ces problèmes, il y a eu une baisse de 24 % des postes d’infirmières en milieu scolaire, entre 1993-94 et 1997-98, alors que le nombre d’écoles primaires, secondaires et collégiales desservies par les CLSC a augmenté, de même que le nombre de jeunes qui les fréquentent. De plus, les infirmières doivent consacrer davantage de temps aux services courants, comme la vaccination des enfants de 5 ans et des nourrissons, sans compter les vaccins contre la grippe, l’hépatite B, la méningite et la rougeole. Ces programmes d’immunisation, quoique nécessaires, les occupent sur des périodes pouvant aller jusqu’à trois mois par année, réduisant d’autant leur présence à l’école. Elles doivent donc mettre de côté certaines activités de prévention, de promotion et de dépistage. Le comité d’experts de l’OMS sur l’école considère pourtant que les meilleures occasions d’exercer une influence positive sur la santé des jeunes se présentent à l’école ; les infirmières s’y trouvent de moins en moins. De son côté, le Conseil supérieur de l’éducation insistait l’an dernier, pour qu’elles aient des conditions de travail propres à favoriser leur intégration aux équipes-écoles, notamment en limitant leur activités à l’extérieur. La santé des jeunes, un service accessoire ? La crise budgétaire du système de santé a réduit les services de santé scolaire à des services accessoires. Il s’agit d’un réflexe bien étrange quand six des sept priorités nationales de santé publique 1997-2002 ciblées par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) touchent directement les jeunes : développement et adaptation sociale des jeunes ; maladies évitables par l’immunisation ; VIH-sida et MTS ; tabagisme ; traumatismes non intentionnels et intentionnels ; alcoolisme et toxicomanies. Plusieurs nouveaux mandats liés à ces priorités ont été confiés aux infirmières en santé scolaire. Comment arriveront-elles à « remplir la commande »? « Comme le mentionnait dernièrement le président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec, Me Claude Filion, « pourquoi se casser la tête pour aller chercher les jeunes à droite et à gauche pour leur prodiguer de l’aide, quand il est possible à l’école de leur fournir sur place le soutien utile ? Or, il est incroyable de constater à quel point nous nous sommes tirés dans le pied en réduisant le personnel non enseignant dans les écoles et en procédant aux compressions budgétaires qui ont eu lieu dans les services éducatifs ». À la veille du Sommet du Québec et de la jeunesse, dont l’objectif principal est de favoriser le développement d’un Québec qui intégrera mieux les jeunes, les défis à relever en matière de santé demeurent énormes. Devant le manque d’argent des CLSC, littéralement étouffés par l’avalanche des besoins, notamment des soins à domicile, qu’adviendra-t-il des services offerts en milieu scolaire ? Il ne faudrait pas attendre qu’un autre drame tel celui de l’école polyvalente de Coaticook, où cinq adolescents ont mis fin à leurs jours il y a trois ans, ne se reproduise. À la suite de cette tragédie, le coroner Roger C. Michaud recommandait pourtant au MSSS d’affecter une infirmière à temps plein à l’école. D’où viendra l’argent pour les maintenir en poste ? Qui sait, peut-être des commandites ! * Bilan de la pratique infirmière en milieu scolaire. Étude menée par Andrée Duplantie, infirmière et conseillère à l’OIIQ. |