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Accueil > Salle de presse et publications > Salle de presse > Lettres ouvertes La pénurie d’infirmières, un éclairage nouveau*Par Marie Valois, M. Sc. Depuis la mise en place du réseau public, le nombre de professionnels de la santé a connu une progression importante. En 1972, environ 30 000 infirmières, 7 500 médecins et 1 800 pharmaciens offraient leurs services à une population de 6,5 millions. Trente ans plus tard, pour 7,3 millions d’habitants, le nombre d’infirmières et de médecins a doublé et on compte trois fois plus de pharmaciens. Cette croissance s’est faite par ajustements successifs. Dans le cas des infirmières, la firme Sobeco décrit, en 1984, un marché de l’emploi serré. Certaines régions sont touchées par une pénurie et des secteurs spécialisés, comme l’urgence, manquent d’infirmières qualifiées. En rétrospective, cette pénurie s'explique par une diminution du nombre de diplômées au début des années 1980, conjuguée à une demande qui s'est accrue avec, notamment, le parachèvement du réseau des CLSC. Dans les années 1990, la situation est plus complexe. En 1997, le nombre d’infirmières atteint un sommet de 67 500, mais le taux d’emploi est à son plus bas, soit 88 %. Le réseau est en période de compressions budgétaires et diverses mesures suscitent le départ de 4 000 infirmières. Ces départs ne rajeunissent pas la profession : 58 % des infirmières en pratique ont plus de 40 ans car, entre 1994 et 1998, le marché du travail a peu intégré de jeunes. À l’automne 1994, seulement 55 % des diplômées y ont trouvé un emploi, dont 68 % à temps partiel occasionnel. Ce portrait se détériore par la suite puisque 31 % des diplômées de 1996 occupent un emploi à leur sortie des études et 20 % d’entre elles délaissent la profession vu l’absence de débouchés. Par ailleurs, dès 1995, on enregistre une baisse de 18 % du nombre d’inscriptions aux études en soins infirmiers. L’année suivante, ce nombre reste en deçà du contingentement fixé par le ministère de l’Éducation. Mais à quelque chose malheur est bon : la fermeture du marché d’emploi favorise la poursuite des études et, en 1997, le nombre de diplômées au baccalauréat atteint un sommet de 850. Tel est donc le portrait de l’offre et de la demande au moment où le virage ambulatoire entre en jeu. Le scénario du virage ambulatoire Ayant pour objectif de déplacer les soins de l’hôpital vers la communauté, le virage devait normalement s’appuyer sur des changements importants, tels les compétences requises, les milieux de pratique, l’organisation et la responsabilité des périodes de traitements. Selon les hypothèses les plus audacieuses, le nombre de lits en soins de courte durée devait passer de 4,5 à 1,0 par mille de population ; le personnel de soins à l’hôpital, diminuer ; le nombre d’infirmières cliniciennes spécialisées, de praticiennes et de responsables du suivi des malades, augmenter ; et la prise en charge intégrée dans la communauté, devenir réalité. C’est d’ailleurs en se basant sur des hypothèses similaires que la firme Secor avait anticipé, en 1996, un surplus d’infirmières techniciennes et une pénurie d’infirmières de formation universitaire. Or, ce scénario ne s’est pas entièrement concrétisé. Aujourd’hui, le nombre de lits est de 2,1 par mille de population et tant le développement de soins dans la communauté que la coordination du suivi clinique affichent un retard. Les statistiques du ministère de la Santé illustrent ce qui s’est vraiment produit pour les infirmières auxiliaires, les préposés aux bénéficiaires et les infirmières. En 1993, l’ensemble de ce personnel occupait 101 700 postes, ce qui représente 68 100 équivalents temps complet (ÉTC). En 1997, on ne compte plus que 93 900 postes et 64 500 ÉTC. Une analyse plus fine indique que les catégories d’emploi n’ont pas été touchées de la même façon : les postes d’infirmières bachelières et d’auxiliaires familiales ont augmenté de 35 % et de 13 % respectivement et ceux d’infirmières techniciennes, d’infirmières auxiliaires et de préposés aux bénéficiaires ont diminué de 9 %, 19 % et 6 %. Assurer la relève Au début de 1999, l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec a analysé la démographie de la profession : environ 30 000 infirmières vont quitter le réseau au cours des 15 prochaines années. Devant ce constat inquiétant, l’Ordre a suggéré des mesures pour pallier la pénurie. Dès 1999, des régies régionales, des cégeps et l’Ordre ont bouclé l’opération Retour à la profession, qui a permis de réintégrer 600 infirmières. En février 2000, l’Ordre a publié des statistiques régionales pour soutenir les efforts de planification, notamment pour l’été 2000. On y trouve quelques bonnes nouvelles : le taux d’emploi des infirmières est remonté à 93 % ; des régions ont commencé à intégrer la relève ; le rajeunissement de la profession est tangible surtout dans les centres hospitaliers, qui comptent 47 % d’infirmières ayant moins de 40 ans comparativement à 43 % pour l’ensemble du réseau. Des établissements et des champs cliniques sont plus touchés par la pénurie. C'est aussi le cas de certaines régions alors que d’autres affichent un taux élevé d’infirmières sans emploi. La formation des infirmières nécessite aussi des ajustements. La plupart des recrues débutent leur carrière en médecine et en chirurgie. À court terme, des programmes d’études accélérés vont permettre l’acquisition des qualifications requises pour exercer dans des secteurs spécialisés. À moyen et long termes, une formation universitaire qui prépare à exercer dans des secteurs ciblés, tels les soins critiques, la santé mentale ou la santé publique et communautaire, s’impose. Les gestionnaires d’établissements et les médecins réclament une relève infirmière plus qualifiée, appelée à jouer de nouveaux rôles, par exemple des cliniciennes, praticiennes et responsables du suivi des malades. Au Forum sur les urgences, le besoin d’infirmières mieux qualifiées a d’ailleurs fait consensus. Juste pour remplacer les départs à la retraite, on estime avoir besoin de 650 infirmières de formation universitaire par an. Devant l’ampleur des efforts à faire pour assurer la relève, il est donc de bon augure qu'un leadership s'exerce, notamment grâce au Forum national sur la planification de la main-d’oeuvre infirmière, qui a commencé ses travaux l’automne dernier. * Article publié dans Le Devoir du 27 juin 2000 à la page A-7 |