Ordre des infirmières et infirmiers du Québec
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Le travail supplémentaire obligatoire a trop duré

Par Gyslaine Desrosiers, inf. MBA
Présidente de l'OIIQ

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Gyslaine Desrosiers

Cette mesure administrative pour maintenir les services dans un contexte de pénurie contraint des milliers d'infirmières à sacrifier leur vie familiale et leur santé.  De toute évidence, c'est une mesure inacceptable qui nourrit l'insatisfaction et qui, à long terme, entraînera une augmentation de la pénurie.

Je suis sidérée par les menaces dont les infirmières sont victimes. Elles sont menacées de dénonciation au syndic de l'OIIQ en cas de refus de faire des heures supplémentaires. Le 10 mars 1999, j'adressais une lettre personnelle à tous les membres de l'Ordre au sujet du travail supplémentaire et j'écrivais :  « […] on ne saurait faire porter plus longtemps le poids de la situation actuelle sur la seule responsabilité professionnelle des infirmières alors que les solutions sont du domaine de la responsabilité collective et gouvernementale […]  L'infirmière ne peut se dégager de sa responsabilité professionnelle d'assurer le suivi des soins requis par ses clients. Cependant, cette obligation ne peut être interprétée comme obligeant l'infirmière à assurer sa propre relève en temps supplémentaire de même qu'elle ne peut être invoquée pour gérer une situation prévisible de manque de ressources professionnelles. »  

Dix ans plus tard, je  pense toujours  que le Code de déontologie de notre profession ne doit pas être utilisé pour menacer indûment les infirmières.  Le Code précise leurs devoirs et obligations face aux patients dans une perspective de responsabilité individuelle.  L'employeur ne doit pas s'en servir comme prétexte pour gérer une situation prévisible de manque de ressources. Autrement dit, l'employeur ne peut utiliser le Code de déontologie pour forcer une infirmière à faire des heures supplémentaires planifiées à l'avance, parfois plusieurs semaines auparavant. Oui, mais qu'arrivera-t-il au patient qui ne pourra être opéré ou hospitalisé à cause du manque d'infirmières? Ce problème grave n'est pas du ressort de la responsabilité individuelle des infirmières, il s'agit d'une responsabilité collective qui relève des autorités administratives locales et gouvernementale. Plus les conséquences du manque d'infirmières seront connues, plus la recherche de solutions de rechange deviendra urgente et nécessaire plutôt que de laisser aller et de temporiser.

Malgré leur bonne volonté, les infirmières qui acceptent de collaborer en effectuant des heures supplémentaires vivent souvent dans la hantise de faire des erreurs en succombant à la fatigue. Il faut se rappeler qu'au plan déontologique, elles doivent s'abstenir d'exercer leurs activités lorsqu'elles sont dans un état de santé susceptible de compromettre la qualité des soins et des services ou la sécurité des soins. La profession exige un haut niveau de concentration, notamment pour l'évaluation, la surveillance clinique et l'administration des médicaments.

Dans un contexte où le départ des baby-boomers à la retraite est prévisible, toute l'approche de planification et de gestion des effectifs infirmiers est à revoir et on ne peut plus permettre le maintien du statu quo, et encore moins la multiplication des erreurs!

Des mesures immédiates et concrètes devront être mises en avant comme, par exemple, l'établissement d'un nombre maximum de quarts supplémentaires par mois et par semaine; un nombre maximum d'heures de travail par semaine devrait également être défini. De même, la règle du droit de refus de faire du travail supplémentaire pour des motifs personnels et familiaux devrait être établie. À mon avis, le sens des responsabilités des infirmières a suffisamment été démontré et le refus de faire des heures supplémentaires ne devrait jamais remettre en doute leur sens de l'engagement.

Le travail supplémentaire obligatoire a trop duré et il est temps de respecter les infirmières et les infirmiers au Québec.

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