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Commission de la santé et des services sociaux

Lucie Tremblay, présidente de l'Ordre des infirmières et infirmiers, plaide pour une présence continue et adéquate d'infirmières en CHSLD

Westmount, le 18 février 2014 – 

L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) a présenté à la Commission de la santé et des services sociaux un mémoire intitulé Les conditions de vie des adultes hébergés en centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). La présidente-directrice générale de l’OIIQ, Lucie Tremblay, a déclaré : « Le gouvernement doit garantir aux résidents des CHSLD la présence continue d'infirmières et en augmenter le nombre dans les équipes de soins pour répondre aux besoins grandissants des résidents. Les personnes qui arrivent en CHSLD sont très malades et ont besoin des soins infirmiers. Il est impossible de donner des soins qui répondent à la condition physique et mentale des résidents sans un nombre adéquat d'infirmières. En plus de cette présence continue, l'OIIQ demande l’arrivée d'infirmières praticiennes spécialisées (IPS) dans les CHSLD et le développement des soins palliatifs et des soins de fin de vie. Les résidents des CHSLD sont des personnes très vulnérables qui nécessitent des soins infirmiers complets dans leur milieu de vie ».

La clientèle des CHSLD est lourde et le sera de plus en plus puisque l'objectif gouvernemental est le maintien à domicile, le plus longtemps possible. Dans ce contexte, assurer la présence d’infirmières en nombre suffisant au sein des équipes de soins à tous les quarts de travail dans les CHSLD constitue une priorité. En plus de prodiguer des soins, l’infirmière évalue la condition physique et mentale, établit le plan de traitement, donne les directives de soins aux autres membres de l'équipe comme les infirmières auxiliaires et les préposés qui s’occupent des besoins de base et des activités de la vie quotidienne. Une telle présence d’infirmières en CHSLD permettra de pallier les lacunes signalées par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), au cours de l’année 2013, notamment l'absence de plan de traitement dans les quatre à six semaines suivant l’admission, un processus d’accueil incomplet, l'utilisation inappropriée de moyens de contention, l'absence de programme de soins de fin de vie et la rotation élevée du personnel.

De 45 % à 67 % des hospitalisations peuvent être évitées

L’affectation d’IPS dans ce milieu serait d’un grand soutien, car la présence médicale se fait rare dans ces établissements. Les infirmières pourraient permettre de diminuer de 45 % à 67 % le nombre d’hospitalisations inutiles.

Cela signifie moins de souffrance pour les personnes à qui l'on épargnera un déplacement vers un centre hospitalier. Lucie Tremblay est d’avis que : « Grâce à la contribution des infirmières, les CHSLD auront moins recours au transfert des résidents vers les urgences des hôpitaux et à leur hospitalisation. La contribution infirmière se traduira directement par une diminution des coûts et une meilleure utilisation des ressources du réseau de la santé ».

Bien qu’il n’existe pas de norme ni de règle formelle actuellement, des balises orientent les décisions en matière de dotation du personnel. En ce qui concerne les CHSLD, il est bien connu que le ratio 40/60 (40 % d’infirmières et d’infirmières auxiliaires pour 60 % de préposés aux bénéficiaires) associé à la réorganisation du travail a servi de référence à plusieurs centres pour assurer les soins infirmiers requis. La difficulté que pose cette approche réside dans le fait que le nombre d'infirmières n’est pas précisé. L’OIIQ constate une tendance à réduire le nombre d’infirmières et à les retirer la nuit, parfois le soir et la fin de semaine, alors que les besoins en soins infirmiers de cette clientèle augmentent, risquant ainsi de compromettre la protection du public. L'OIIQ avait d'ailleurs déploré cette situation dans une prise de position en octobre 2013.

Le devoir de soigner

L’OIIQ recommande que tous les CHSLD offrent à leurs résidents, dans leur milieu de vie, les soins infirmiers requis par leur condition physique et mentale :

  • en se basant sur les besoins réels des personnes hébergées en CHSLD, en fonction de leur profil actuel et évolutif;
  • en fixant comme offre de services minimale en CHSLD :
    • le suivi infirmier des résidents, basé sur l’évaluation de la condition physique et mentale, et les directives infirmières permettant d’assurer ce suivi;
    • les divers soins requis par cette clientèle, notamment la gestion des médicaments, la prévention des chutes et des plaies, la gestion des symptômes comportementaux et psychologiques de la démence, l’instauration de programmes de soins spécialisés, de programmes d’accompagnement et de soins pour les personnes en fin de vie et leurs proches;
  • en assurant l’expertise d’infirmières en nombre suffisant :
    • pour répondre aux besoins individuels des résidents en matière de soins;
    • pour coordonner les soins de manière à optimiser la contribution de tous les membres de l’équipe de soins, ainsi que la collaboration interprofessionnelle;
  • en facilitant ou en organisant le recours à des infirmières praticiennes spécialisées, ainsi qu’à des infirmières conseillères spécialisées, pour soutenir les équipes dans les milieux cliniques.

Une clientèle en lourde perte d'autonomie

Les personnes hébergées sont atteintes de plusieurs maladies, et notamment de maladies chroniques. Ces personnes doivent prendre beaucoup de médicaments (en moyenne, sept par jour) qui ont des interactions et requièrent une surveillance infirmière.

Voici le portait de la clientèle 2011-2012 :

  • 41 % des personnes étaient âgées de plus de 85 ans;
  • les deux tiers des personnes âgées hébergées souffrent de multipathologies et d'au moins trois problèmes de santé chroniques;
  • 80 % des personnes âgées hébergées présentent des pertes cognitives et 60 % des troubles cognitifs;
  • 20 % souffrent de troubles mentaux et présentent d’importants problèmes de comportement;
  • plus de 18 % de la clientèle hébergée requiert des soins de fin de vie;
  • 11 % de la clientèle des CHSLD est âgée de moins de 65 ans et présente des déficiences physiques, des déficiences intellectuelles, des maladies dégénératives ou des problèmes de santé mentale;
  • des personnes en transition et en répit s’ajoutent à la clientèle de certains centres.

Aperçu des soins infirmiers requis en CHSLD

L'état de la clientèle requiert quotidiennement des évaluations et des soins complexes. Les infirmières doivent composer avec une clientèle qui se renouvelle rapidement, ce qui implique qu'elles doivent disposer du temps nécessaire aux évaluations afin d'établir des plans de traitement. Pendant leur séjour, les résidents pourront présenter des états cliniques instables qui exigeront des soins aigus et spécialisés. Étant donné leur grand âge et les nombreuses maladies qui les affligent, près de deux personnes sur dix en CHSLD mourront au cours d'une année, une situation qui implique des soins palliatifs et des soins de fin de vie où l’infirmière joue un rôle de premier plan. Pour l'OIIQ, il est indéniable que la présence infirmière est plus que jamais requise dans les CHSLD pour offrir à cette clientèle les soins auxquels elle a droit.

À propos de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec

L'OIIQ est un ordre professionnel régi par la Loi sur les infirmières et les infirmiers et par le Code des professions. Il est présidé par Mme Lucie Tremblay, infirmière, depuis octobre 2012. Au 31 mars 2013, il comptait 72 365 membres et quelque 15 000 étudiants immatriculés. Sa principale mission est d'assurer la protection du public par la surveillance de l'exercice de la profession infirmière. L'OIIQ a également pour mandat de promouvoir une pratique infirmière de qualité et de contribuer au maintien des compétences des infirmières.