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Devant le phénomène de la pénurie d’infirmières, il vient un temps où l’on doit se poser les vraies questions. Certes, des questions qui permettront de comprendre les enjeux mais surtout des questions qui feront progresser les débats pour nous diriger vers d’autres solutions. À ce propos, j’en pose une aujourd’hui : pourquoi les agences privées attirent-elles de plus en plus la relève infirmière? Pourquoi ces jeunes infirmières ne demeurent-elles pas dans le réseau public?
Cette nouvelle réalité préoccupe beaucoup le Comité jeunesse. Selon des témoignages recueillis auprès de plusieurs jeunes, ces derniers remettent leur démission à l’établissement public, se font embaucher par les agences privées et reviennent travailler dans le même établissement et parfois sur la même unité de soins. Pourquoi donc ces infirmières ne sont-elles pas restées en poste dans le réseau public?
| Les jeunes sont aussi soucieux de leur employabilité. Ils désirent plus d'argent et aussi plus de latitude pour améliorer leur qualité de vie. |
La réalité du système public de santé rattrape rapidement plusieurs infirmières qui y découvrent et y vivent les horaires de travail exténuants, les heures supplémentaires en nombre excessif, la rémunération moindre qu’au privé ainsi que le manque de reconnaissance de leurs compétences. Les jeunes sont aussi soucieux de leur employabilité; ils désirent plus d’argent et aussi plus de latitude pour améliorer leur qualité de vie. Ils sont donc en mesure de comparer et d’apprécier les conditions alléchantes offertes par certaines agences privées.
Depuis des années, nous parlons des valeurs des jeunes et de ce qui les attire dans la profession infirmière. Nous parlons de leur besoin de liberté, de leur désir d’autonomie et de leur recherche d’équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle. Alors pourquoi les milieux de soins ne s’adaptent-ils pas à ces nouvelles réalités pour attirer davantage les jeunes et surtout les retenir dans leur organisation? Pourquoi ne réussit-on pas à reconnaître leurs compétences à leur juste valeur?
La rareté des ressources infirmières nuit de plus en plus à la qualité des soins infirmiers et met en péril l’accès aux soins dans plusieurs domaines. À notre avis, l’utilisation des infirmières provenant d’agences privées est une solution à court terme pour répondre à la demande de soins, mais cette façon de gérer le manque de ressources est loin de favoriser le développement professionnel des infirmières à son plein potentiel. On peut toutefois observer que certains établissements ont un meilleur taux de rétention de leurs infirmières. Les jeunes y restent. Pourquoi? Serait-ce parce qu’on y retrouve entre autres la possibilité de se développer professionnellement et personnellement : mesures de conciliation travail-famille et travail-études, formation continue intégrée à l’horaire régulier, inconvénients des horaires de travail partagés par toutes les générations, permettant aux novices d’être guidées et soutenues et ce, en tout temps? Serait-ce parce que les jeunes infirmières peuvent y jouer pleinement leur rôle de façon autonome et en concordance avec les connaissances acquises dans le cadre de leur formation?
Si de telles pratiques de gestion existent et portent fruit, pourquoi ne pas s’en inspirer partout au Québec et investir en ce sens? Qu’attendent nos décideurs pour garder la relève infirmière dans le réseau public?

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| Photo : Sylvain Légaré |
Julie Poirier
Présidente du Comité jeunesse de l’OIIQ
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