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Le recours aux heures supplémentaires soulève beaucoup
d’interrogations de la part des infirmières en regard
de leurs obligations déontologiques et ce, quelle que soit la
fonction qu’elles occupent.
Cependant, et comme vous le savez sans doute, le recours aux heures
supplémentaires est une question complexe qui est intimement
liée aux questions d’insuffisance d’effectifs et
de fardeau de tâche et qui relève avant tout du domaine
de la gestion et des relations de travail.
Les heures supplémentaires posent rarement problème
si elles sont faites sur une base volontaire. Certaines infirmières
acceptent d’ailleurs d’en faire à l’occasion
ou même régulièrement. C’est surtout lorsqu’elles
sont imposées ou obligées que nous sommes sollicitées
pour nous prononcer sur ce sujet et nous devons le faire en tenant
compte de la mission de protection du public de l’Ordre et des
obligations déontologiques infirmières qui en découlent.
Ces dispositions ont trait à des notions telles que :
- l’obligation de prendre les moyens raisonnables pour
assurer la continuité des soins1 ;
- le devoir de toute infirmière
de s’abstenir d’exercer
sa profession lorsqu’elle est dans un état susceptible
de compromettre la qualité des soins et des services2.
Dans les paragraphes qui suivent, nous préciserons la portée
de ces dispositions du code qui réfèrent aux obligations
déontologiques de toute infirmière à qui l’on
demande de faire des heures supplémentaires, obligatoires ou
non.
Une infirmière à qui l’on demande de faire des
heures supplémentaires se heurte à un dilemme : l’obligation
de prendre des moyens raisonnables pour assurer la continuité des
soins aux patients dont elle a la responsabilité et celle de
s’abstenir d’exercer sa profession lorsqu’elle est
dans un état susceptible de compromettre la qualité des
soins et des services ou la sécurité des patients.
Assurer la continuité des soins
L’infirmière est responsable de fournir des
soins sécuritaires et de qualité aux patients qui lui
ont été assignés. Avant de quitter son quart de
travail, elle doit être certaine que le suivi des soins requis
par l’état de santé des patients sera assuré.
Évaluer sa capacité à exercer
- L’infirmière est la seule personne qui peut
juger si elle est apte à exercer sans causer de préjudice
ni aux patients, ni à ses collègues, ni à elle-même.
Son évaluation doit toutefois être honnête.
En cas de plainte, c’est l’infirmière qui devra
démontrer
qu’elle n’était pas en état d’exercer.
- Après avoir évalué le contexte dans
lequel on lui demande de faire des heures supplémentaires,
tels la complexité des soins, l’état des patients,
etc., l’infirmière peut décider de poursuivre
son travail. Si elle juge qu’elle n’est pas en état
d’exercer,
elle a alors le droit et le devoir de se retirer du travail ou
de refuser de faire des heures supplémentaires. Toutefois,
avant d’agir,
elle doit :
- avertir son supérieur de sa décision;
- indiquer combien de temps elle peut continuer d’exercer en
attendant une relève. Le délai doit être raisonnable
pour laisser au supérieur le temps de trouver une solution.
En fait, une infirmière qui décide de ne pas faire d’heures
supplémentaires parce qu’elle juge que son état
est susceptible de compromettre la qualité des soins ou la sécurité des
patients ne porte pas atteinte à ses obligations déontologiques
si elle a pris des mesures appropriées avant de quitter l’unité de
soins. Ces mesures peuvent varier selon le type d’unité de
soins, la complexité des soins requis par les patients et les
ressources humaines disponibles.
Aussi, le Code de déontologie précise les devoirs et
les obligations des infirmières envers le client, le public
et la profession et ce, dans une perspective de responsabilité professionnelle
individuelle. L’employeur ne doit pas s’en servir comme
prétexte pour gérer une situation prévisible de
manque de ressources. À l’inverse, les infirmières
ne doivent pas utiliser le code comme moyen de pression pour signifier
leur refus de principe de faire des heures supplémentaires ou
pour cautionner un geste collectif concerté à cet effet.
Le recours aux heures supplémentaires obligatoires est une
mesure qui devrait toujours être envisagée dans le but
de rendre à la population des soins et des services de qualité et
en toute sécurité. Dans cette optique, nous encourageons
l’employeur à communiquer aux infirmières l’ensemble
des démarches qu’il a effectuées avant que cette
mesure devienne incontournable. Nous encourageons aussi les infirmières à discuter
avec les gestionnaires afin de trouver des solutions satisfaisantes
au niveau de l’organisation du travail et des règles d’attribution
des heures supplémentaires.
La Syndic
1 Code de déontologie des infirmières
et infirmiers, (2003) 135 G.O. II, 98, art. 44.3
2 Code de déontologie des infirmières et
infirmiers, (2003) 135 G.O. II, 98, art. 16
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