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Lors du congrès de l’OIIQ, quatre « panelistes » ont participé à un débat sur la question « Y a-t-il opposition entre l’expérience et le savoir? » dans le cadre du Carrefour En action organisé par le Comité jeunesse. À titre de participante à cette table ronde, Julie Déziel, jeune infirmière dans un CHSLD, a accepté de venir partager sa jeune expérience et de livrer son opinion en lien avec la réalité de sa pratique infirmière en soins de longue durée. Pour étayer son point de vue, elle a couché sur papier sa réflexion, que je souhaite partager avec vous aujourd’hui. À travers quelques extraits de son texte, vous découvrirez une réflexion intéressante qui nous porte à remettre en question nos propres façons de faire dans l’application des pratiques exemplaires au quotidien.
«Pour toutes celles qui, comme moi, sont de jeunes infirmières sortant du cégep : il faut simplifier les termes, car parler de résultats probants c’était au début un peu comme un discours hermétique. […] Résultats probants, selon ma compréhension, c’est synonyme de résultats mesurables, quantifiables, scientifiques.[…] Grâce à l’utilisation de la meilleure technique ou d’un outil scientifique ayant fait ses preuves,[…] l’évolution de la condition de santé de notre résidant, on cherche l’efficacité optimale de notre travail dans un contexte économique de restrictions.[…] C’est par les outils scientifiques et la recherche que nous atteignons des résultats probants.
On sait aussi que notre contexte de travail tend à faire plus de place à la culture scientifique, mais […] en CHSLD , celle-ci peut entrer en conflit avec ce que j’appelle la culture de terrain […].On a toujours réussi à guérir nos plaies avec de l’iode ou du mercurochrome et on va continuer comme ça! L’opposition dans la question qui nous préoccupe est ici évidente, et c’est la dichotomie entre ces deux cultures. Donc, est-ce réaliste de tenter un rapprochement?
En CHSLD, ce travail me semble être de grande envergure, car la routine du travail depuis de nombreuses années a creusé ses racines. […] Des préposés, pourtant bien intentionnés, ne comprennent pas toujours l’importance des soins infirmiers qui tiennent sur leurs épaules le concept «milieu de vie» lequel devient la seule référence significative pour ces employés. Ils sont 60 % des emplois chez nous et ce concept me semble lourd à porter, parce qu’il prend trop d’ampleur. Selon moi, il creuse encore plus le fossé entre expérience et savoir scientifique, parce qu’il est mal interprété.
Dans mon milieu de travail, on peut voir le visage de cette opposition chez les infirmières dans le manque de temps et d’intérêt pour lire des articles de recherche. Selon moi, s’il subsiste une opposition, elle part davantage de la volonté humaine que de l’incapacité à intégrer des pratiques basées sur des résultats probants. C’est moins fréquent de voir les infirmières sur le terrain en CHSLD faire de la recherche, de consulter des résultats de recherche ou même parfois de s’y intéresser[…] C’est donc dire qu’il ne faut pas se le cacher : il existe réellement une opposition au quotidien […]. Je pense humblement que je dois moi-même comme mes collègues pousser mes connaissances encore plus loin sur les soins aux personnes âgées pour pouvoir commencer à rapprocher en moi «la culture de terrain» et la culture scientifique et les intégrer harmonieusement. Autrement dit, à mon avis, il y a place à une amélioration pour arriver à créer plutôt une alliance entre savoir et expérience.
En CHSLD, si une tête infirmière sort du troupeau et veut changer des choses, elle en a la possibilité, car elle a plus besoin de faire appel à ses ressources intérieures comme la créativité qu’à des ressources extérieures telles que les budgets, les équipements, etc. N’oublions pas qu’en CHSLD, le concept «milieu de vie» implique une très grande adaptabilité (puisqu’on prône la personnalisation des soins) et il oblige autant au développement des ressources intérieures individuelles qu’à l’application des derniers résultats de recherches. […]
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Photo : Sylvain Légaré
Julie Poirier |
Le savoir scientifique n’a donc de sens que pour guider l’infirmière dans des décisions éclairées par ses propres intuitions, sa propre expérience étant donné que le savoir-être, la communication, la capacité de gérer des équipes de soins, la personnalisation des soins sont très importants en CHSLD. [… ] Cette application de la science en CHSLD est souhaitable et réaliste, certes, mais réalisable à long terme [afin de] créer plutôt une alliance entre savoir et expérience.
J’ai compris aussi une chose très importante : ce n’est pas la quantité de choses qu’on accomplit qui est importante, mais la façon dont on exécute les petites choses, parce que tout tend au changement et tombe dans l’éphémère. On le constate, ne serait-ce qu’avec l’évolution de la science et de notre profession. Ce raisonnement plus philosophique trouve davantage écho en CHSLD, car le plus grand défi pour s’enligner vers l’instauration d’une culture des pratiques exemplaires est tout d’abord de changer les mentalités.
Afin d’avoir accès à sa réflexion complète, vous pouvez aller sur notre site Web à l’adresse www.oiiq.org, section « Comité jeunesse », « Revue de presse », « Publications ».
La présidente du Comité jeunesse de l’OIIQ,
Julie Poirier
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