AVIS présenté au ministère de la Santé et
des Services sociaux
Dans le cadre dune consultation sur
linformatisation du système de santé
Adopté par le Bureau de lOIIQ
à la réunion des 27 et 28 avril 2000
Avril 2000
LOrdre des infirmières et infirmiers du Québec a reçu votre
demande de partager avec le ministère de la Santé et des Services
Sociaux, ses préoccupations en regard de linformatisation du
système de santé. Nayant pas été en mesure de répondre à votre
demande de production dun mémoire, nous aimerions toutefois
porter à votre attention certaines préoccupations de lOIIQ.
En tant quordre professionnel, nous sommes intéressés et sensibles
à toutes démarches susceptibles daméliorer les soins infirmiers
notamment, celles qui reposent sur linformatisation du réseau
de la santé. De plus, nous tenons à souligner quétant déjà membre
de groupes de travail provinciaux qui traitent entre autres de sujets
comme la confidentialité, le consentement, etc., nous naborderons
pas ces questions dans ce texte. Par ailleurs, lOIIQ trouve
essentiel que les choix qui seront retenus dans le domaine de linformatisation
du réseau de la santé tiennent compte, en priorité, de la qualité
des soins infirmiers et de la protection du public.
Nos préoccupations
Les préoccupations que lOIIQ veut partager avec vous concernent
le soutien à la pratique infirmière, le soutien à la formation
continue des infirmières et léducation pour la santé. Nos
préoccupations sont dautant plus importantes puisquelles
concernent directement trois niveaux dinfirmières utilisatrices.
Le premier niveau concerne les infirmières soignantes qui dispensent
les soins au patient; le deuxième, les infirmières, telles les directrices
de soins infirmiers, qui ont à prendre des décisions cliniques pour
létablissement de santé et le troisième, les infirmières des
Conseils des infirmières et infirmiers (CII), des regroupements régionaux,
etc., qui ont à influencer les décisions à un niveau systémique. De
plus, ces préoccupations visent également les infirmières chercheures
impliquées dans le développement de la pratique infirmière pour lamélioration
et lavancement de la profession.
1ère préoccupation : le soutien à la pratique
infirmière
Dans un contexte de pénurie et de complexité croissante des situations
cliniques et des soins à prodiguer, les systèmes de soutien à la pratique
infirmière prennent toute leur importance. Le soutien nécessaire peut
être déployé sur trois (3) axes soit, les outils cliniques complémentaires
aux systèmes dinformation incluant le matériel informatique
nécessaire, les bases de données et les systèmes dinformation
clinique.
Le premier axe en soutien à la pratique infirmière, concerne les
outils cliniques. Le domaine clinique constitue, dans ce contexte
de rareté dinfirmières et de réorganisation clinique, " lenfant
pauvre " du système de santé que lintégration de la
technologie pourrait grandement améliorer. Il faut donc soutenir la
pratique clinique, qui part sa contribution essentielle, constitue
à elle seule, 30% des dépenses du réseau de la santé. Des outils
supportant linfirmière dans sa pratique quotidienne comme les
plans de soins, les protocoles, les techniques de soins, les plans
denseignement à la clientèle, des cheminements critiques de
suivi de clientèles visées, etc. sont autant doutils aidant
à la prise de décision clinique. Ces outils ayant un impact sur lorganisation
des soins deviennent un levier pour soutenir la pratique. Ils faciliteraient
entre autres, le travail de transcription de ce que les infirmières
entreprennent avec les personnes soignées et amélioreraient lefficience
et la qualité des services dispensés. Des échanges dexpertises
et de pratiques cliniques seraient ainsi possibles. Mais pour
ce faire et être efficace, un équipement informatique adéquat est
indispensable. Lexemple des infirmières en CLSC utilisant des
portables pour les soins à domicile en est un de support pour léchange
et la collecte dinformation.
Le deuxième axe pour le soutien de la pratique clinique implique
les bases de données. LOIIQ trouve essentiel que la pratique
clinique exploite des bases de données qui ne sont pas indépendantes
les unes des autres, donc relationnelles, fournissant des données
complémentaires et apportant ainsi une plus value pour la pratique
infirmière. Par exemple, le projet Design, projet réalisé par lAssociation
des hôpitaux du Québec (AHQ) en collaboration avec des centres hospitaliers
et subventionné par le ministère de la Santé et des Services sociaux,
avait pour but lélaboration de systèmes dinformation de
gestion en soins infirmiers par le biais dune base de données,
les Diagnosis Related Group (DRG). Malheureusement, ce projet na
pas eu de suite.
Les systèmes dinformation clinique doivent donc utiliser les
mêmes bases de données afin que les utilisateurs puissent obtenir
toutes les informations de façon efficiente, et ce, sans redondance.
Quelles contiennent les données démographiques du client, les
informations cliniques en regard de son état de santé, les classifications
médicales et infirmières pour documenter les dossiers, etc., ces bases
alimenteront les systèmes dinformation de façon à améliorer
la communication entre les infirmières, les usagers des systèmes de
soins et les autres professionnels de la santé sur les soins à dispenser.
Des systèmes à valeur ajoutée seront ainsi créés en permettant lidentification
dindicateurs de qualité de soins, danalyses statistiques,
dindicateurs de rentabilité et defficience, de réduction
des coûts, de rationalisation des activités, de collaboration et de
coordination interprofessionnelles.
Doù la nécessité que ces bases de données utilisent un vocabulaire
issu de classifications autant infirmières que médicales pour documenter
le dossier du patient afin de parler le même langage et de comparer
les mêmes choses. Le langage infirmier représente donc une façon potentielle
de mettre en évidence le savoir infirmier et de rendre visible à la
fois les interventions et les résultats obtenus par les soins infirmiers
dans une optique de multidisciplinarité, en plus de favoriser la communication
intra et inter institutionnelle. Cette possibilité de communiquer
les informations reliées à létat du patient permettra daméliorer
de façon importante le suivi des clientèles et en conséquence, la
qualité des soins.
À cet effet, des travaux nord-américains sont présentement en cours
et certains dentre eux sont en application dans des établissements
de santé. Ceci pour permettre didentifier la contribution de
la pratique infirmière afin de pouvoir la quantifier et la qualifier.
Le Minimum Data Set pour lidentification des données minimales,
la classification des interventions infirmières (NIC : Nursing
Interventions Classification), la classification des résultats de
soins infirmiers escomptés (NOC : Nursing Outcomes Classification),
les diagnostics infirmiers/problèmes de soins de la NANDA (North American
Nursing Diagnosis Association), la classification internationale pour
la pratique infirmière (ICNP : International Classification from
Nursing Practice), etc., sont des exemples de travaux. Ils permettent
de codifier la pratique infirmière ; de rendre visible les activités
reliées aux soins ; de favoriser les études coûts/bénéfices ;
de favoriser positivement la comparaison entre les établissements
au niveau des données de soins infirmiers pour ainsi améliorer lefficience
et la qualité des services ; de favoriser le développement de
la pratique et du savoir infirmier ainsi que le maintien et lamélioration
des compétences. Toutes ces études et travaux pressent le Québec demboîter
le pas, si nous voulons nous actualiser et performer.
Le troisième axe pour le soutien à la pratique touche les systèmes
dinformation clinique. Ces systèmes doivent être évolutifs et
intégrés pour répondre aux besoins cliniques, plus particulièrement
ceux des unités de soins. Il est important de souligner que le développement
de ces systèmes a jusquà présent favorisé principalement le
soutien immédiat (court terme) à la pratique clinique. Par exemple,
les notes infirmières consignées de façon électronique, soit dans
des champs textes ou produites par le biais de bases de données non
reconnues, ne permettent pas une extraction pour la production danalyses
comparatives, de rapports statistiques, etc.
Ces réalisations représentent certes, des gains non négligeables.
Toutefois, force nous est de constater quelles nous placent
devant un défi de taille : comment ouvrir ces systèmes les uns
aux autres, les amener à se parler entre eux pour intégrer les données
et les comparer alors quils ont été conçus pour des environnements
fermés et isolés les uns des autres ? Cette " non intégration "
nous apporte les résultats suivants : linformation nest
pas disponible au moment requis, les duplications dinformation
sont fréquentes et sources derreurs et la continuité des soins
difficile. Dune part, certains manufacturiers ont essayé de
combler tous les besoins des établissements de santé mais, chacun
étant plus fort dans un domaine que dans lautre, cela na
pas fonctionné. Dautre part, le manque de standards a créé des
produits incapables de communiquer entre eux.
Il est donc nécessaire que les systèmes existants, comme par exemple,
les systèmes de mesure dintensité de soins, de requêtes résultats,
de pharmacie, etc., deviennent les composantes dun ensemble
cohérent, souple et dynamique, capable de soutenir efficacement les
différents intervenants du milieu.
En termes de développement, il devient donc incontournable de sadjoindre
la participation dinfirmières ayant double expertise, clinique
et informatique, au sein des équipes de conception et de développement
des systèmes dinformation clinique. Cela permettra dévaluer
lécart entre les besoins cliniques et les produits existants
et ainsi identifier les besoins de développement ultérieur en les
traduisant en résultats informatiques. De plus, qui dautre est
mieux placé à la direction des soins infirmiers des établissements
de santé quune infirmière, conseillère clinique en systèmes
dinformation, pour faire la liaison avec le département dinformatique
et ainsi traduire les besoins cliniques des soins infirmiers en résultats
informatiques ?
2ème préoccupation : le soutien à la formation
continue des infirmières
La deuxième préoccupation touche la formation continue des infirmières.
Cette formation est nécessaire pour répondre aux exigences secondaires
dues aux développements scientifiques. Elle a un impact sur
lefficience, la qualité des soins ainsi que les coûts.
Un comité aviseur provincial à été créé à lOIIQ pour identifier,
entre autres, les contenus cibles de formation continue. Le déploiement
de la plate-forme technologique nécessaire pour supporter cette formation
nécessitera des budgets supplémentaires afin de mettre à contribution
toutes les nouveautés technologiques disponibles dont, par exemple,
la diffusion des contenus de formation par lintermédiaire du
Web.
3ème préoccupation : léducation
pour la santé
La troisième et dernière préoccupation concerne léducation
pour la santé. Toujours dans loptique de la pratique infirmière
et de la diffusion de linformation, léducation du patient
est un enjeu très important pour lOIIQ. Le projet de lInfirmière
virtuelle, développé par lOIIQ, est un exemple de projet pertinent
pour la population. Il vise la prise en charge par lindividu
et/ou sa famille, de son état de santé. Il oriente également vers
lutilisation des différents services offerts dans la communauté.
Malgré tout largent dépensé et lexpertise investie, ce
prototype risque de disparaître si des investissements du MSSS et
dautres partenaires ne sont pas engagés pour le supporter. Lavenue
dune collaboration au portail Internet santé est à considérer
afin dopérer un retour sur linvestissement. Il serait
dommage de priver la population de ce soutien à léducation déjà
existant en plus de perdre cette expertise. De plus, dans un même
ordre didées et afin daméliorer la qualité des services
de santé et lenseignement à la clientèle, il serait pertinent
que les infirmières dInfo-Santé aient accès à lInfirmière
virtuelle pour la promotion de la santé et la diffusion de contenus
éducatifs de qualité validés par des professionnels.
Des pistes à envisager
Les tendances nord-américaines nous forcent à aller de lavant
dans lélaboration de solutions pour lamélioration de linformatisation
du réseau de la santé et des services sociaux. Limplication
et le partenariat des différents professionnels sont essentiels pour
répondre aux besoins de santé de la clientèle.
À cet effet, la formation dun comité aviseur au MSSS où lOIIQ
serait partie prenante en vue de soutenir le ministère en termes de
priorisation et dexpertise en développement de bases de données,
serait une avenue à envisager.
De plus, lOIIQ suggère fortement un forum dune à deux
journées avec le MSSS et des partenaires ciblés regroupant autour
dune même table des experts dans le domaine des systèmes de
classifications infirmières comme mesdames Joanne McCloskey et Meridian
Maas de lUniversité dIowa ainsi que madame Lynda Juall
Carpenito, nurse practitioner et experte, pour lapplication
clinique des classifications afin dexplorer ce domaine. LOIIQ
pourrait soutenir le ministère dans cette initiative.
Conclusion
Ces dactivités sont susceptibles dêtre signifiantes tant
pour les infirmières que pour les décideurs du réseau de la santé.
Elles permettront de rentabiliser les ressources et les capitaux déjà
consentis et dorienter les investissements futurs pour le plus
grand bénéfice des patients, des infirmières, des médecins et des
autres professionnels de la santé.
LOIIQ croit important dindiquer quun développement
technologique en soutien au développement clinique doit reposer sur
une volonté claire et organisée qui exige des investissements financiers.
De plus, il est essentiel de mentionner que ce support technologique
nallégera pas la tâche des infirmières mais facilitera une réorganisation
du travail et des soins qui ne pourra quêtre bénéfique pour
le patient.