Commentaires sur le virage ambulatoire en santé mentale présentés
au ministre de la Santé et
des Services sociaux
Dans le cadre de la consultation portant sur les Orientations pour
la transformation des services de santé mentale
Adoptés par le Bureau de l'OIIQ lors de la réunion
des 26 et 27 juin 1997
Selon le document de consultation du ministère intitulé Orientations
pour la transformation des services en santé mentale, les cinq prochaines
années seront pour la population et pour le réseau de la santé
marquées par le virage en santé mentale et la perspective d'une réduction
importante du nombre de lits en psychiatrie. Cette deuxième vague de «désinstitutionnalisation»
aura des répercussions importantes pour la population et plus particulièrement
pour la famille et les proches des personnes souffrant de troubles mentaux
sévères et persistants. Ceci est d'autant plus vrai que le contexte socioéconomique
actuel comporte un risque d'augmentation des problèmes de santé mentale.
Les urgences psychiatriques pourraient se multiplier et le nouveau
cadre légal laisse entrevoir la possibilité d'une augmentation de l'utilisation
de l'admission en garde provisoire, une intervention de deuxième ligne
dont les coûts sont très élevés.
Le gouvernement souhaite consacrer une partie plus importante du financement
en santé mentale pour des services offerts dans la communauté, près des
milieux de vie et en priorité pour les personnes aux prises avec de graves
problèmes de santé mentale. À l'appui de cette orientation, des études
démontrent que les personnes atteintes de troubles mentaux préfèrent vivre
dans leur milieu naturel et sont capables de s'intégrer à la société lorsque
les soins sont disponibles et lorsque leur environnement reçoit un soutien
approprié.
L'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) est favorable
à plusieurs des orientations de ce document. Il suggère notamment de miser
sur des équipes de suivi intensif dans la communauté dotées de professionnels
formés en santé mentale qui assurent la disponibilité nécessaire en situation
de crise (24heures/7jours). Afin que ces équipes offrent le service le
plus adapté au contexte local, il faut rechercher la souplesse et la coordination
des services, l'intensification de la collaboration interdisciplinaire
et intersectorielle et la révision des incitatifs des principaux acteurs.
1. Promotion de la santé mentale et prévention
de la maladie
Dans une certaine mesure, les orientations présentées dans le document
de consultation sont marquées par des considérations touchant davantage
les aspects structurels de la dispensation des services. Pour l'OIIQ,
les besoins en santé mentale de la population doivent être précisés et
davantage pris en considération dans l'élaboration des services. La connaissance
des besoins réels permettrait-elle aux régions de diminuer les écarts
des dépenses en santé mentale qui vont de 40 $ à 156 $ per capita ?
Bien que la prévention ne fasse pas l'objet spécifique de cette consultation,
l'OIIQ recommande de développer des mesures et d'affecter des ressources
humaines à la promotion de la santé mentale et à la prévention de la maladie
afin d'éviter les problèmes de santé mentale et de limiter le coût social
des conséquences. Car chaque dollar bien investi dans la prévention peut
en faire économiser plusieurs.
2. Nouvelle répartition du financement en santé
mentale
Huit ans après l'élaboration de la Politique de santé mentale,
on constate que la réallocation des ressources vers la communauté ne s'est
pas faite et que les services sont restés concentrés dans les hôpitaux
ce qui va à l'encontre des besoins. Les budgets libérés des hôpitaux psychiatriques
n'ont pas été réinvestis dans la communauté et ont été utilisés à d'autres
fins, selon le dernier rapport du Vérificateur général.
Le principal objectif systémique de la transformation des services de
santé mentale est de corriger cette situation en consacrant, d'ici l'an
2002, 60 % des dépenses publiques en santé mentale à des services
offerts dans la communauté et 40 % à l'hospitalisation. Il s'agit
d'un objectif qui a son mérite. Mais si le ministère s'engage dans cette
transformation pour atteindre des objectifs purement budgétaires, alors
il faut le mettre en garde qu'une telle avenue comporte des conséquences
socioéconomiques pour les plus démunis.
L'OIIQ considère que le virage en santé mentale doit se faire sans compressions
budgétaires et sur la base de critères d'efficacité. Ces objectifs seront
plus facilement atteints si les enveloppes de la Régie de l'assurance
maladie du Québec (RAMQ), notamment pour la rémunération médicale et pour
les médicaments ainsi que l'enveloppe du financement des activités des
établissements, sont considérées comme une enveloppe globale régionalisée.
Étant donné l'objectif de consacrer 60 % du financement aux services
offerts dans la communauté et 40 % à l'hospitalisation et compte tenu
du faible niveau de financement actuel des organismes communautaires et
des CLSC qui ne disposent chacun que de 3 % des argents dépensés en santé
mentale, l'OIIQ propose que les régies régionales accordent la priorité
au rehaussement du niveau de financement de ces organismes en s'assurant
que les mécanismes d'évaluation de leurs activités et de reddition de
compte soient instaurés.
3. Mesures de transition
Actuellement, les ressources humaines spécialisées en santé mentale,
notamment les infirmières se retrouvent majoritairement dans les centres
psychiatriques et les unités de psychiatrie des centres hospitaliers de
soins généraux et spécialisés. Dans le réseau de la santé, selon les statistiques
de l'Ordre, 4 875 infirmières (environ 8 %) oeuvrent actuellement
dans le domaine clinique des soins en psychiatrie et en santé mentale,
majoritairement auprès d'une clientèle hospitalisée soit dans des centres
hospitaliers de soins psychiatriques (53 %) ou dans des centres hospitaliers
de soins généraux et spécialisés (34, 8%).
L'OIIQ croit que certaines conditions préalables doivent être respectées
au cours de la phase transitoire afin de maximiser la continuité des soins,
d'éviter le bris dans les services ainsi que la dégradation de l'état
de santé et des conditions de vie des clientèles vulnérables et fragiles :
- l'application de critères d'éligibilité
des personnes visées par le virage en santé mentale incluant notamment
une évaluation clinique, ainsi qu'une évaluation de l'environnement
physique et psychosocial, de la capacité de prise en charge par le milieu
familial et de la disponibilité des ressources dans la communauté;
- la mise en place des services équivalents
à ceux déjà offerts par les hôpitaux en concomitance à toute opération
de fermeture de lits hospitaliers, en vue d'assurer la continuité des
soins et la sécurité des malades et de leur proches;
- la planification des étapes de la transformation
incluant le développement des services en CLSC, le transfert des ressources
professionnelles spécialisées de l'hôpital vers la communauté et les
activités de formation continue;
- la réallocation des ressources en santé
mentale sur la base de critères d'efficacité des services et en tenant
compte de la prévalence des troubles sévères et persistants au plan
régional.
4. Soutien des familles dans la communauté
Étant donné l'ampleur qu'est appelé à prendre le virage ambulatoire en
santé mentale, il ne faut surtout pas croire que la plupart des familles
puisse prendre en charge une personne schizophrène ou psychotique. Les
familles monoparentales ou celles dont les deux conjoints travaillent
représentent une réalité actuelle qu'il faut reconnaître. En ce sens,
les familles ont un grand besoin de soutien et cela même si la personne
malade n'habite pas au domicile familial. Il est primordial de développer
et de rendre accessible tous les services incluant ceux de répit, de dépannage
et de soutien nécessaires pour les aidants naturels.
Considérant les inquiétudes des familles et le risque de perdre de vue
ceux qui ont besoin des soins, l'OIIQ recommande aux décideurs de prendre
toutes les mesures nécessaires dès la phase transitoire afin que le virage
dans la communauté ne signifie pas un alourdissement du fardeau psychologique,
social et financier pour le patient et ses proches. De plus, l'Ordre fait
valoir certaines mesures qui visent à soutenir les familles et la communauté,
notamment :
- la diffusion par les infirmières aux patients
et aux familles de l'information nécessaire et compréhensible sur la
maladie, sur son traitement ainsi que sur les services de répit et de
dépannage;
- le développement des interventions de prévention
de la maladie et de promotion de la santé mentale afin de limiter les
problèmes et les coûts des troubles mentaux;
- l'élaboration d'activités d'information
et de formation dédiées aux familles, aux proches et aux autres intervenants
(corps policiers, organismes communautaires, etc.) touchés par la transformation
des services de santé mentale en collaboration avec les instances concernées;
- la promotion de la place des représentants
des milieux communautaires au sein des instances qui pilotent la transformation
des services en santé mentale;
- la formation continue des infirmières et
la surveillance de la qualité des activités de soutien des proches.
La transformation des services de santé mentale représente un défi réalisable
mais pas dans n'importe quelles conditions. Les personnes souffrant de
troubles sévères et persistants présentent des symptômes qui perturbent
considérablement leur vie et celle de leur entourage. Ne profitant plus
de l'encadrement qu'offre le centre hospitalier, ces personnes ont tout
de même besoin de soins spécialisés. Ce n'est pas parce que les services
et les soins sont dorénavant dispensés dans la communauté qu'il faut banaliser
les soins spécialisés en psychiatrie. Bien au contraire. C'est ce qui
doit leur être offert en priorité à l'intérieur d'un suivi intensif dans
la communauté. Dans le même ordre d'idées, le développement des habiletés
sociales et la disponibilité des ressources, comme le logement, sont des
services essentiels mais non suffisants.
Il faut garder à la mémoire qu'à la fin des années 80, bon nombre de
personnes souffrant de troubles mentaux graves ont quitté les hôpitaux
psychiatriques pour aller vivre dans des appartements tout à fait décents
et qu'ils se sont retrouvés itinérants quelques années plus tard. Le logement
sans soins spécialisés (traitements psychosociaux, entraînement aux habiletés
de «coping», réadaptation cognitive, interventions familiales, etc.) et
sans programmes de réadaptation appropriés n'offre aucune chance de réussite.
Lorsque survient une situation de crise, un professionnel de l'équipe
doit pouvoir répondre promptement, en tout temps et avec la marge de manoeuvre
professionnelle nécessaire. Par exemple, lors d'une intoxication au lithium
l'infirmière doit pouvoir réagir rapidement avec la marge de manoeuvre,
les connaissances, l'expérience et les habiletés requises pour gérer ce
type de problème.
Par ailleurs, l'obtention du consentement libre et éclairé est un devoir
et une obligation professionnelle. Même si le contexte ambulatoire est
différent, le consentement de la personne vivant dans la communauté avec
des problèmes sévères de santé mentale demeure. Il nous apparaît important
d'insister sur la nécessité d'évaluer son aptitude à consentir, de l'informer
de la situation qui la concerne et d'obtenir son consentement à recevoir
les soins et les services. Il s'agit d'un processus continu qu'il faut
réviser périodiquement.
L'apport des infirmières dans le domaine de la santé mentale est considérable,
que ce soit à l'hôpital, en centre de jour, dans les CLSC dans le cadre
de programme de maintien à domicile, dans les écoles, dans les garderies
ou en cabinet privé, etc. En collaboration avec d'autres professionnels,
les infirmières ont mis en place une gamme de services qui permettent
des interventions pour gérer les situations de crise lorsqu'elles se présentent.
Des projets novateurs en santé mentale sont mis sur pied par des infirmières
tels qu'illustrés dans le Répertoire d'initiatives en soins infirmiers
dans le contexte du virage ambulatoire publié par l'OIIQ dont voici
quelques exemples :
- le suivi systématique de clientèles hospitalisées ou dans la communauté;
- l'évaluation et l'intervention infirmière auprès des personnes à risque
suicidaire;
- des programmes d'intervention de groupe auprès des familles de personnes
atteintes de schizophrénie;
- la gestion de crise à l'unité de traitement et d'urgence psychiatrique,
incluant la gestion des comportements agresseurs;
- les divers programmes d'enseignement visant les personnes et les familles.
D'autres activités mentionnées dans le répertoire des infirmières sont
déployées pour démythifier auprès de la population et des organismes communautaires
les problèmes de santé mentale et pour connaître les besoins et les perceptions
de la clientèle.
Les initiatives des infirmières en santé mentale démontrent que l'intervention
clinique spécialisée est une composante importante des services spécialisés.
Celles des autres professionnels également. On ne saurait s'improviser
expert et on ne peut banaliser les problèmes de santé mentale des personnes
atteintes de troubles sévères et persistants. Il en va de la qualité des
soins et de la sécurité des personnes.
Attendu que les besoins de la clientèle en santé mentale sont complexes
et variés, l'Ordre considère qu'il faut accorder une place importante
à l'intervention clinique spécialisée, notamment aux soins infirmiers
en psychiatrie.
6. Suivi des clientèles dans la communauté
Le suivi intensif dans la communauté est une approche qui a fait ses
preuves comme le mentionne le document. Le suivi par des équipes d'experts
assure la continuité des soins alors que son absence peut entraîner des
conséquences néfastes aux plans clinique, social et économique pour le
patient et son entourage. Il s'avère donc important de développer une
approche intégrée pour cette clientèle qui présente souvent un double
diagnostic, comme une schizophrénie ou une dépression majeure associée
à la ménopause ou au diabète. En raison de leur habileté à communiquer
avec cette clientèle, de leur compétence à observer les variations de
l'état de santé et à intervenir cliniquement, les infirmières jouent un
rôle central dans les modèles de suivi intensif. À titre d'exemple, la
consommation de médicaments par les malades mentaux nécessite un suivi
rigoureux. Ceci afin d'éviter la surconsommation, de favoriser la fidélité
au traitement et de contrôler les effets indésirables conduisant souvent
à une hospitalisation.
Le programme PACT (Program of Assertise Community Treatment) est un modèle
de suivi particulièrement adapté aux personnes atteintes de troubles mentaux
graves et persistants. Toute la gamme des services et des traitements
requis par la clientèle est offerte à l'intérieur du programme afin de
diminuer la fragmentation. Dans ce modèle non hiérarchique l'équipe composée
notamment de psychiatres, d'infirmières et de psychologues travaille en
collaboration pour dispenser les services requis comme le traitement,
la réadaptation et le soutien continu 24 heures/7 jours. Ce type
de modèle vise à offrir des soins spécialisés dans la communauté, à améliorer
l'accès à l'ensemble des services, à aider le patient à développer son
autonomie ainsi qu'à résoudre les situations de crise par les interventions
cliniques appropriées.
L'OIIQ est favorable à la mise en place des équipes de suivi intensif
dans la communauté pour ce type de clientèle afin d'assurer la disponibilité
nécessaire à l'intervention en situation de crise (24heures/7jours). Ces
équipes doivent être dotées de professionnels adéquatement formés en santé
mentale et dont l'expertise ne fait aucun doute.
L'OIIQ considère que les modèles de suivi dans la communauté, parce qu'ils
assurent en tout temps des services adaptés en s'appuyant sur des équipes
de professionnels qui détiennent l'expertise et les leviers nécessaires,
doivent être élevés au rang de priorité d'action dans la transformation
en cours en santé mentale.
La formation est une condition essentielle à la réussite du virage en
santé mentale et à l'évolution des services cliniques. Les professionnels
doivent nécessairement adapter leur pratique aux changements en cours
et surtout assurer le développement de leurs connaissances pour répondre
aux besoins des clientèles présentant des problématiques de santé spécifiques
telles la santé mentale.
D'ailleurs, lors du 21e Congrès quadriennal du Conseil international
des infirmières sous le thème La santé, un défi à partager qui
a eu lieu en juin 1997 à Vancouver, il y a eu consensus pour reconnaître
que les tendances sociétales actuelles (évolution des problèmes de santé
des populations, transformation des systèmes de prestation de soins et
de services, nature des responsabilités professionnelles des infirmières,
réformes des systèmes d'éducation, etc.) exigent des infirmières mieux
formées et davantage spécialisées.
Il est impératif, compte tenu des changements rapides du réseau de la
santé, que le volet de la pratique infirmière spécialisée soit développé
dans des domaines cliniques particuliers dont la santé mentale. Une formation
spécialisée de premier et de deuxième cycle universitaire en sciences
infirmières dans le domaine de la santé mentale est primordiale pour répondre
aux besoins cliniques de cette population et s'ajuster aux transformations
du système de santé. L'Ordre envisage aussi de développer des mécanismes
de reconnaissance de cette formation.
Par ailleurs, en s'associant notamment avec les régies régionales et
en s'inspirant du modèle de partenariat qui s'est établi entre l'OIIQ
et le CQCS (Centre québécois de coordination sur le sida) en matière de
formation sur le sida, l'Ordre compte jouer un rôle proactif dans l'élaboration
de toute activité de formation continue visant l'adaptation aux changements
et l'acquisition de connaissances par ses membres.
Les régies régionales, comme le mentionne le document d'orientations,
ont la responsabilité de mettre en place des programmes de formation adaptés
aux changements en cours.
8. Responsabilité d'équipe et coordination
des services
La responsabilité à l'égard de la clientèle et la coordination des services
en santé mentale sont étroitement reliés. Ils contribuent à la qualité
et à l'efficacité des services de santé mentale offerts à la population.
La coordination interétablissement englobe, notamment la liaison avec
des organisations externes, le suivi dans la communauté, la formation
et le conseil à des personnes qui ne sont pas des professionnels de la
santé ainsi que la promotion de mesures préventives. Dans ses aspects
cliniques, la coordination implique la connaissance du cheminement critique
de la maladie, la prestation de services, la prévention secondaire et
tertiaire et la référence à la bonne ressource professionnelle au moment
opportun.
La plupart des infirmières plus particulièrement celles qui assurent
des fonctions de liaison, celles des CLSC et celles qui font du suivi
intégré de clientèles ont acquis de l'expérience et développé des outils
de coordination interétablissement et de coordination clinique comme en
témoigne le Bilan du suivi systématique de clientèles réalisé par
l'OIIQ récemment. Ces expériences peuvent facilement se transposer pour
répondre aux besoins de coordination clinique, interétablissement et intersectorielle
et assurer la liaison entre le réseau de santé mentale et la communauté,
notamment les organismes bénévoles, les corps policiers, les services
ambulanciers, etc.
Selon le document, la responsabilité à l'égard de la clientèle signifie
qu'en tout temps les personnes atteintes et leurs proches peuvent entrer
en contact avec une équipe désignée et recevoir une réponse rapide et
adaptée à leurs besoins. Dans ce contexte, la responsabilité de l'équipe
est aussi forte que la responsabilité que chaque professionnel peut assumer.
Comme le fait valoir le document du ministère, la responsabilité professionnelle
à l'égard de la clientèle et la coordination des services en santé mentale
sont importants pour la qualité des soins et le succès de la réforme.
L'OIIQ réclame qu'une plus grande marge de manoeuvre soit accordée aux
infirmières spécialisées en santé mentale afin qu'elles puissent prendre
les décisions cliniques inhérentes aux fonctions et aux responsabilités
qu'elles assument.
9. Instituts universitaires en santé mentale
Comme le mentionne le document, l'attribution du statut d'Institut universitaire
en santé mentale vise à confirmer l'excellence de la collaboration entre
les milieux de pratique et les universités afin de faire vivre la triade
services-enseignement-recherche. Les objectifs mentionnés dans le document
sont endossés par l'OIIQ et ceux qui touchent davantage le service à la
clientèle préoccupent les infirmières, notamment :
- maillage entre les divers prestataires de services;
- recherche de solutions de rechange à l'hospitalisation;
- lieu de référence dans son domaine d'expertise;
- accès à des ressources d'enseignement universitaire dans les programmes
de formation professionnelle et de perfectionnement des intervenants;
- priorité à la recherche évaluative;
- amélioration de la qualité de vie des personnes.
Considérant la spécificité des assises des soins infirmiers, l'Ordre
suggère que les critères de désignation d'un institut universitaire en
santé mentale tiennent compte des aspects suivants :
- dans
le domaine de l'enseignement et de la recherche, des postes d'infirmières
alliant les services, la recherche et l'enseignement doivent être créés
comme c'est le cas dans plusieurs établissements à statut universitaire;
- des doyennes ou des directrices d'écoles d'infirmières ou leurs représentantes
doivent être admissibles au conseil d'administration comme personnes nommées
par les universités;
- l'institut doit contribuer à l'enrichissement des programmes de formation
et des activités de perfectionnement en santé mentale destinés aux infirmières;
- de plus, l'institut doit rendre
disponibles aux infirmières cliniciennes
qui se spécialisent leurs ressources pour fins de stages;
- étant donné l'importance de trouver des solutions de rechange à l'hospitalisation
des projets de suivi intégré de clientèle tels ceux menés par des infirmières
doivent être évalués par un institut comme contribuant à améliorer la
qualité et l'efficacité des services.
L'importance de s'assurer des mécanismes de suivi appropriés à une transformation
de telle envergure en santé mentale ne fait aucun doute. Plusieurs éléments
de soutien sont d'ailleurs prévus dans le document.
Dans le virage en santé mentale, il apparaît important qu'une équipe
professionnelle intervienne rapidement et efficacement pour la recherche
de solutions et la mise en place des nouveaux services. Considérant l'apport
fructueux du Groupe tactique d'intervention (GTI), l'OIIQ retient la suggestion
du document à l'effet que le GTI ou qu'un groupe ayant des moyens semblables
puisse contribuer au succès de l'implantation des mesures de la réforme
en santé mentale et que des infirmières expertes continuent d'en faire
partie.
De plus, pour veiller à la planification et au suivi des processus de
transformation, l'OIIQ considère primordial que chaque région du Québec
se dote d'une instance formée notamment de représentants des usagers,
d'organismes communautaires, d'agents de la paix, de professionnels, notamment
des infirmières cliniciennes en santé mentale. Cet organisme pourrait
être en interface avec le groupe tactique d'intervention.
Par ailleurs, plusieurs indicateurs mentionnés dans le document portent
sur les objectifs et le processus de la transformation permettant une
rétroaction sur la transformation en cours. Il apparaît primordial que
des indicateurs de qualité des services soient intégrés aux outils d'évaluation.
Selon le document, le Comité de la santé mentale du Québec aura à se pencher
spécifiquement sur cette composante de l'évaluation.
Dans toutes les activités de création de systèmes d'information et de
banques de données, des mesures doivent être prises par l'ensemble des
intervenants impliqués, pour protéger et assurer la confidentialité des
renseignements personnels et des informations obtenus même s'il s'agit
d'un aspect difficile à gérer.
Parmi les indicateurs qu'il est pertinent de suivre, mentionnons l'évolution
des hospitalisations en psychiatrie (durée et nombre), des visites à l'urgence,
de l'utilisation d'autres services en établissement. D'autres indicateurs
sont aussi à développer comme la satisfaction de la clientèle et des proches,
le sentiment de sécurité et d'estime de soi, l'évolution du fardeau familial
et social qui mesurent la qualité de vie, ainsi que des indicateurs de
qualité des soins comme la capacité d'autosoins et de «coping», la rapidité
de réponse en situation de crise, la fréquence du recours à la garde provisoire,
l'évolution du comportement social, la fréquence des troubles avec la
justice des comportements dépressifs ou suicidaires.
Pour l'OIIQ, l'adoption d'indicateurs de qualité et de résultats-clientèle
de même que la mise en place de mécanismes de surveillance de la qualité
des soins et services dans la communauté sont indispensables. En tant
qu'organisme ayant pour mandat la protection du public et la surveillance
de la qualité des soins l'Ordre propose sa contribution à tout effort
visant la mesure des résultats pour la clientèle et la surveillance de
la qualité des soins.
Prévention
|
Bien que la prévention ne fasse pas l'objet spécifique de cette consultation,
l'OIIQ recommande de développer des mesures et d'affecter des ressources
humaines à la promotion de la santé mentale et à la prévention de la maladie
afin d'éviter les problèmes de santé mentale et de limiter le coût social
des conséquences.
|
Financement
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L'OIIQ considère que le virage en santé mentale doit se faire sans compressions
budgétaires et sur la base de critères d'efficacité. Ces objectifs seront
plus facilement atteints si les enveloppes de la Régie de l'assurance
maladie du Québec (RAMQ) notamment pour la rémunération médicale et pour
les médicaments ainsi que l'enveloppe du financement des activités des
établissements sont considérées comme une enveloppe globale régionalisée.
Étant donné l'objectif de consacrer 60 % du financement aux services
offerts dans la communauté et 40 % à l'hospitalisation et compte tenu
du faible niveau de financement actuel des organismes communautaires et
des CLSC qui ne disposent chacun que de 3 % des argents dépensés en santé
mentale, l'OIIQ propose que les régies régionales accordent la priorité
au rehaussement du niveau de financement de ces organismes en s'assurant
que les mécanismes d'évaluation de leurs activités et de reddition de
compte soient instaurés.
|
Mesures transitoires
|
L'OIIQ croit que certaines conditions préalables doivent être respectées
au cours de la phase transitoire afin de maximiser la continuité des soins,
d'éviter le bris dans les services ainsi que la dégradation de l'état
de santé et des conditions de vie des clientèles vulnérables et fragiles :
- l'application de critères d'éligibilité
des personnes visées par le virage en santé mentale incluant notamment
une évaluation clinique, ainsi qu'une évaluation de l'environnement
physique et psychosocial, de la capacité de prise en charge par le milieu
familial et de la disponibilité des ressources dans la communauté;
- la mise en place des services équivalents
à ceux déjà offerts par les hôpitaux en concomitance à toute opération
de fermeture de lits hospitaliers, en vue d'assurer la continuité des
soins et la sécurité des malades et de leur proches;
- la planification des étapes de la transformation
incluant le développement des services en CLSC, le transfert des ressources
professionnelles spécialisées de l'hôpital vers la communauté et les
activités de formation continue;
- la réallocation des ressources en santé
mentale sur la base de critères d'efficacité des services et en tenant
compte de la prévalence des troubles sévères et persistants au plan
régional.
|
Soutien aux familles
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Considérant les inquiétudes des familles et le risque de perdre de vue
ceux qui ont besoin des soins, l'OIIQ recommande aux décideurs de prendre
toutes les mesures nécessaires dès la phase transitoire afin que les soins
dans la communauté ne signifient pas un alourdissement du fardeau psychologique,
social et financier pour le patient et ses proches. De plus l'Ordre fait
valoir certaines mesures qui visent à soutenir les familles et la communauté
notamment :
- la diffusion par les infirmières aux patients
et aux familles de l'information nécessaire et compréhensible sur la
maladie, sur son traitement ainsi que sur les services de répit et de
dépannage;
- le développement des interventions de prévention
de la maladie et de promotion de la santé mentale afin de limiter les
problèmes et les coûts des troubles mentaux;
- l'élaboration d'activités d'information
et de formation dédiées aux familles, aux proches et aux autres intervenants
(corps policiers, organismes communautaires, etc.) touchés par la transformation
des services de santé mentale en collaboration avec les instances concernées;
- la promotion de la place des représentants
des milieux communautaires au sein des instances qui pilotent la transformation
des services en santé mentale;
- la formation continue des infirmières et
la surveillance de la qualité des activités de soutien des proches.
|
Services spécialisés
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Attendu les besoins de la clientèle en santé mentale l'Ordre considère
qu'il faut accorder une place importante à l'intervention clinique spécialisée
notamment aux soins infirmiers en psychiatrie.
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Suivi intensif
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L'OIIQ est favorable à la mise en place des équipes de suivi intensif
dans la communauté pour ce type de clientèle afin d'assurer l'accessibilité
des services en tout temps y compris lors de situation de crise. Ces équipes
doivent être dotées de professionnels adéquatement formés en santé mentale.
L'OIIQ considère que les modèles de suivi dans la communauté doivent
être élevés au rang de priorité d'action dans la transformation en cours
en santé mentale.
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Formation
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Tel qu'il l'a déjà précisé, l'OIIQ soutient qu'une formation spécialisée
de premier et de deuxième cycle universitaire en sciences infirmières
dans le domaine de la santé mentale est primordiale pour répondre aux
besoins de cette population et s'ajuster aux transformations du système
de santé. L'Ordre envisage de développer des mécanismes de reconnaissance
de cette formation.
Par ailleurs, en s'associant notamment avec les régies régionales et
en s'inspirant du modèle de partenariat qui s'est établi entre l'OIIQ
et le CQCS (Centre québécois de coordination sur le sida) en matière de
formation sur le sida, l'Ordre compte jouer un rôle proactif dans l'élaboration
de toute activité de formation continue visant l'adaptation aux changements
et l'acquisition de connaissances par ses membres.
|
Responsabilité
|
Comme le fait valoir le document du ministère, la responsabilité professionnelle
à l'égard de la clientèle et la coordination des services en santé mentale
sont importants pour la qualité des soins et le succès de la réforme.
L'OIIQ réclame qu'une plus grande marge de manoeuvre soit accordée aux
infirmières spécialisées en santé mentale afin qu'elles puissent prendre
les décisions cliniques inhérentes aux fonctions et aux responsabilités
qu'elles assument.
|
Institut universitaire
|
Considérant la spécificité des assises des soins infirmiers l'Ordre suggère
que les critères de désignation d'un institut universitaire en santé mentale
tiennent compte des aspects suivants :
- dans le domaine de l'enseignement et de
la recherche, des postes d'infirmières alliant les services, la recherche
et l'enseignement doivent être créés comme c'est le cas dans plusieurs
établissements à statut universitaire;
- des doyennes ou des directrices d'écoles
d'infirmières ou leurs représentantes doivent être admissibles au conseil
d'administration comme personnes nommées par les universités;
- l'institut doit contribuer à l'enrichissement
des programmes de formation et des activités de perfectionnement en
santé mentale destinés aux infirmières;
- de plus l'institut doit rendre disponibles
aux infirmières cliniciennes qui se spécialisent leurs ressources pour
fins de stages;
- étant donné l'importance de trouver des
solutions de rechange à l'hospitalisation des projets de suivi intégré
de clientèle tels ceux menés par des infirmières doivent être évalués
par un institut comme contribuant à améliorer la qualité et l'efficacité
des services.
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Implantation
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Dans le virage en santé mentale, il apparaît important qu'une équipe
de soutien à la transformation intervienne rapidement pour la recherche
de solutions et la mise en place des nouveaux services. Considérant l'apport
fructueux du Groupe tactique d'intervention (GTI) l'OIIQ est favorable
à la suggestion du document à l'effet qu'un groupe ayant des moyens semblables
contribue au succès de l'implantation des mesures de la réforme en santé
mentale et que des infirmières expertes continuent d'en faire partie.
De plus, l'OIIQ considère primordial que chaque région du Québec se dote
d'une instance formée notamment de représentants des usagers, d'organismes
communautaires, d'agents de la paix, de professionnels comme des infirmières
cliniciennes en santé mentale pour planifier les étapes de la transformation.
Cet organisme pourrait être en interface avec l'équipe de soutien à la
transformation.
Pour l'OIIQ, l'adoption d'indicateurs de qualité et de résultats-clientèle
est indispensable. En tant qu'organisme assurant déjà la protection du
public et la surveillance de la qualité des soins l'Ordre propose également
sa contribution ainsi que celle des conseils des infirmières et infirmiers
(CII) à tout effort régional ou central de mesure des résultats-clientèle.
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