SECTION 1: L'ORGANISATION DES SERVICES
QUESTION E
Quelles modifications apporteriez-vous à l'organisation du travail et à la gestion afin de rendre le système de santé et de services sociaux plus flexible et plus efficace?
1. L'attraction et la rétention des professionnels de la santé
L'adoption des pistes de solutions proposées dans ce mémoire s'avère un bon moyen pour mobiliser les professionnels de la santé. Dans ce même ordre d'idées, les hôpitaux dits « magnétiques » (magnet hospitals) demeurent une source d'inspiration pour tous les dispensateurs de soins. Ce sont des établissements qui affichent de bons résultats de soins en dépit des transformations qui ont secoué le milieu hospitalier américain au cours des dernières années (Buchan, 1999). Sur le plan des ressources humaines, ils possèdent des caractéristiques permettant d'attirer et de retenir le personnel clinique. Les principales caractéristiques qui font que ces établissements attirent et retiennent les professionnels de la santé sont les suivantes :
- structure décentralisée ;
- conditions de pratique flexibles ;
- perspectives de carrière clinique ;
- gestion participative ;
- autonomie professionnelle ;
- formation continue accessible ;
- pourcentage élevé d'infirmières dans l'équipe de soins ;
- gestionnaires infirmiers participant au conseil d'administration.
D'autres experts de ces questions mentionnent la nécessité d'adopter des mesures semblables (William M. Mercer, 1999). Au Québec, le contexte de pénurie d'infirmières milite en faveur de la mise en place de mesures pour améliorer l'attraction et la rétention des infirmières (Valois, 1999).
2. Une gestion budgétaire basée sur le type de clientèle et le résultat des soins
Dans la foulée du virage ambulatoire, la clientèle hospitalisée se compose de malades plus âgés, en phase aiguë et dont l'état de santé est cliniquement instable, voire critique, au moment de l'hospitalisation. De plus, la documentation nord-américaine démontre que le recours à la technologie de pointe contribue à la hausse de la complexité des soins et que la baisse de la durée de séjour accroît l'intensité des soins par jour (Shamian, 1997).
Au Québec, la gestion en fonction d'indicateurs comme le coût par jour-présence entraîne des choix qui peuvent nuire à la qualité des soins hospitaliers, contribuer à un alourdissement des clientèles des CLSC, générer des coûts personnels élevés pour les malades et des coûts sociaux importants. En somme, dans plusieurs cas les indicateurs utilisés ne sont pas compatibles avec l'atteinte d'objectifs de qualité et de meilleurs résultats pour la clientèle. Pour cette raison, l'OIIQ suggère :
- à l'instar de l'Association des hôpitaux du Québec (1997), une nouvelle base d'allocation des ressources aux établissements en fonction du niveau de complexité des soins pour la clientèle ambulatoire, la clientèle psychiatrique, les patients recevant des services de réadaptation et les personnes âgées en perte d'autonomie (mesure d'intensité des soins infirmiers requis) ;
- le développement d'indicateurs budgétaires basés sur le coût par admission et les résultats pour la clientèle, afin de favoriser la poursuite d'objectifs d'efficacité et d'introduire une imputabilité plus grande quant aux coûts hospitaliers et extra-hospitaliers et aux résultats de soins.
3. Un suivi du pourcentage d'infirmières dans les équipes
de soins
La diminution du nombre de lits a entraîné des compressions
budgétaires pour les soins infirmiers qui ont été
ciblés comme un intrant à réduire. Les compressions
budgétaires et la recherche d'une amélioration de la performance
peuvent entraîner des effets néfastes sur le plan clinique.
En effet, au-delà d'un certain seuil, la baisse des heures-soins
et la diminution des pourcentages d'infirmières dans l'équipe
entraînent des coûts de non-qualité et des conséquences
négatives pour les malades, tels le recours à l'urgence
et les réadmissions évitables, sans compter les risques,
les inconvénients et les coûts pour les familles et pour
le système de soins. À cet égard, des études
nord-américaines (voir la fiche n°
13 en annexe) démontrent un lien entre un faible pourcentage
d'infirmières et la hausse des complications évitables comme
les pneumonies, les plaies de lit, les infections postopératoires
et les infections urinaires. Quant à la baisse de la mortalité
hospitalière évitable, plusieurs variables y sont corrélées,
notamment un bon pourcentage de médecins spécialistes, la
disponibilité des technologies de pointe, le taux adéquat
d'infirmières, la qualité de la relation entre les médecins
et les infirmières ainsi que l'autonomie, le statut et le degré
de contrôle qu'elles peuvent exercer sur leur pratique et sur les
ressources nécessaires à l'organisation des soins (Institute
of Medicine, 1996). À cet égard, l'OIIQ suggère que :
- le suivi des indicateurs de qualité de soins infirmiers et de résultats-clientèle (notamment concernant le personnel, les ratios et le taux de réponse aux besoins) soit instauré dans les diverses catégories d'établissements ;
- le MSSS exige la diffusion des indicateurs de qualité des soins des établissements afin d'améliorer la transparence et de rendre l'information disponible au grand public ;
- la comparaison des indicateurs des soins infirmiers entre les centres hospitaliers soit en lien avec la complexité des soins selon l'approche des DRG (diagnostics regroupés pour la gestion).
4. Une plus grande flexibilité sur le plan
des conditions de travail et de la pratique
Aux yeux de tous, les nouveaux rôles infirmiers proposés pour le futur nécessitent une importante adaptation des conditions de travail et de pratique professionnelle. À titre d'exemple, la pratique infirmière en émergence suppose une plus grande flexibilité, notamment quant aux lieux de pratique, aux horaires de travail et à la disponibilité sur appel auprès d'un malade, en fonction d'une responsabilité clinique et financière. En outre, dans ce contexte on perçoit la pratique des infirmières comme étant davantage autonome, basée sur la multidisciplinarité et l'expertise clinique, et soutenue par une formation de base et une formation continue plus adaptées aux nouvelles exigences.
Par ailleurs, dès maintenant, la lenteur à effectuer des changements dans les conventions de travail à tous les niveaux comporte des coûts pour les établissements et pour les patients. Plusieurs exemples sont apportés dans ce mémoire. À cela s'ajoute la difficulté d'unifier les unités syndicales là où il y a eu fusion d'établissements et de conclure des ententes locales qui favorisent une plus grande flexibilité.
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