SECTION 2: LE FINANCEMENT
Au total, « l'industrie de la santé » représente
des dépenses annuelles de 20 milliards de dollars. En 1975,
les transferts fédéraux couvraient 40 % des dépenses
publiques de santé des provinces. Ce pourcentage s'établit à 33 %
en 1994. La Loi canadienne sur la santé adoptée
en 1984 constitue le point de départ de la baisse continue des
transferts du gouvernement fédéral aux provinces, qui
a fait passer la proportion des dépenses publiques au Canada à 70 %,
contre 77 % en 1976 (Di Matteo, 2000). Malgré cette
diminution, le gouvernement fédéral veut jouer un rôle
central dans la gestion des systèmes de soins. Selon l'analyse
de Michel Venne : « L'offensive du fédéral
ne permettrait, si elle était couronnée de succès,
aucun progrès dans la qualité des soins. Elle augmenterait
au contraire la bureaucratie, elle nuirait à la démocratie, à la
diversité et à l'innovation. » (Venne, 2000).
Au moment de déposer ce mémoire à la Commission
Clair, cette stratégie du gouvernement fédéral
semble momentanément écartée. Les provinces viennent
de recevoir des fonds pour les cinq prochaines années qui ne
les ramènent pas tout à fait au niveau des dépenses
d'avant les compressions fédérales. Quoiqu'il en soit,
cet épisode rappelle que les règles du jeu du réseau
sociosanitaire peuvent aussi varier en fonction du rôle que le
gouvernement fédéral entend jouer.
Par ailleurs, la situation financière du Québec le classe
parmi les provinces moins riches, dont les dépenses publiques
de santé représentent 6,3 % du PIB, la moyenne canadienne étant
de 6,4 %. Des pressions importantes sont anticipées en
ce qui concerne la hausse des dépenses pour la santé et
les services sociaux au cours des années à venir, tandis
que la situation financière du gouvernement présente
des zones de fragilité si l'on en croit les documents de référence
de la Commission (voir la fiche n° 14 en
annexe). Cette croissance des dépenses est estimée à 3,5
% par an. Or, les soins de santé et les services sociaux ne
sont pas le seul secteur économique en croissance. Conséquemment,
des arbitrages sont à prévoir pour la distribution des
fonds publics entre les différents programmes du gouvernement.
C'est pourquoi, selon les analystes, la situation financière
du Québec milite en faveur d'une gestion serrée et d'une
recherche d'efficacité du système de services de santé et
de services sociaux (Bédard, 2000).
Des hypothèses qui supposent une place plus grande pour le
secteur privé dans le système font l'objet du débat.
Déjà, le régime d'assurance-médicaments,
qui est un régime hybride à la fois public et privé,
permet de cerner la problématique de l'équité sociale.
Dans un contexte de coexistence du secteur privé et du secteur
public, l'État québécois doit instaurer de nouvelles
politiques, parfois plus contraignantes, en vue de s'assurer que le
système de soins et services évolue en respectant les
valeurs sociales. Dans un article récent, Manga (2000) rappelle
que l'objectif d'équité remonte à l'origine du
système. Il le définit en substance comme suit :
- avoir une fiscalité qui favorise les plus pauvres en faisant
payer davantage les plus riches ;
- toutes choses étant égales par ailleurs, ne pas imposer
une facture plus lourde à ceux qui sont malades.
Relativement à la question de l'équité, l'auteur
conclut ce qui suit : « The assumption that we are
still redistributing income from rich to poor despite the myriad of
changes that have occured over the past decade may be mistaken, and
in any case, needs to be empirically substiantiated. » (p. 62).
Selon l'OIIQ, un des principes essentiels du système de santé et
de services sociaux est de s'assurer de maintenir l'équité sociale
qui est à l'origine de la création du régime public. À cet
effet, la Commission d'étude sur les services de santé et
les services sociaux doit évaluer l'effet des solutions qu'elle
mettra de l'avant sur l'équité et la rentabilité sociales
et en tenir compte dans ses recommandations.
Enfin, l'OIIQ tient à préciser que plusieurs de ses
préoccupations concernant le financement ont déjà été abordées à la
section sur l'organisation des services. Par conséquent, les
commentaires qu'il apporte à la section sur le financement sont
plus brefs.
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