2. Les activités professionnelles prévues
aux articles 36 et 37 de la Loi sur les infirmières et les
infirmiers
2.1 Introduction
L'OIIQ propose de moderniser l'article 36 de la
Loi sur les infirmières et les infirmiers en
l'appliquant au domaine particulier de la santé
mentale et de la psychiatrie.
L'exercice de redéfinition des activités
professionnelles repose sur leur caractère
préjudiciable, le niveau de connaissances et la
latitude requise pour juger de la pertinence ou non
d'accomplir l'activité professionnelle.
Cinq sources de données et des consultations
soutiennent l'analyse de ce domaine d'expertise :
-
le champ d'exercice et les normes de soins en
santé mentale et en psychiatrie
élaborées conjointement par l'American
Nurses Association (ANA), l'American Psychiatric
Nurses Association (APNA) et l'International Society
of Psychiatric-Mental Health Nurses (ISPN) (2000);
-
le système de classification des interventions de
soins infirmiers (Nursing Interventions
Classification-NIC) développé par une
vaste équipe de chercheurs aux États-Unis
(McCloskey et Bulechek, 2000);
-
le profil des compétences des infirmières
psychiatriques établi conjointement par les
organismes de réglementation des infirmières
de la Colombie-Britannique, de l'Alberta, de la
Saskatchewan et du Manitoba (Registered Psychiatric Nurses
Association of Saskatchewan, 2001);
-
des écrits scientifiques et professionnels sur la
pratique des soins infirmiers en santé mentale et
en psychiatrie;
-
un répertoire d'activités
professionnelles accomplies par les infirmières
québécoises (Leclerc et St-Jacques, 1997) et
les projets québécois en soins infirmiers
dans le domaine de la santé mentale et en
psychiatrie recensés dans le cadre du concours
Innovation clinique de l'OIIQ;
-
la consultation d'infirmières soignantes,
d'infirmières cliniciennes
spécialisées, d'infirmières
psychothérapeutes, d'infirmières
enseignantes et chercheuses (voir l'annexe III).
-
L'analyse de ces sources d'information confirme
que les activités proposées en remplacement
de l'article 36 de la Loi sur les
infirmières et les infirmiers s'appliquent
aux soins infirmiers en santé mentale et en
psychiatrie. Toutefois, l'OIIQ propose d'apporter
une précision aux sphères d'intervention
de la profession d'infirmière et de
réserver d'autres activités
professionnelles en raison de leur complexité, du
niveau de connaissances requises et du risque de
préjudice pour la clientèle.
2.2 Les sphères d'intervention
Les sphères d'intervention des infirmières
sont la promotion de la santé, la prévention de
la maladie, le traitement et la réadaptation. À
ces sphères d'intervention prévues dans la
loi actuelle l'OIIQ avait recommandé d'ajouter
la prévention des complications, l'adaptation de
la personne à sa situation de santé, le
soulagement de la souffrance et l'accompagnement vers la
mort.
En santé mentale et en psychiatrie, la sphère
d'intervention qui se développe de plus en plus
est la réadaptation psychosociale, compte tenu de
l'évolution des connaissances et des services
ainsi que de l'importance accrue donnée à
la réintégration des clientèles
atteintes de troubles mentaux graves dans leur milieu.
En effet, avec la désinstitutionnalisation de la
clientèle, le recours à des programmes de suivi
intensif dans le milieu (assertive community
treatment) s'est imposé de plus en plus au
Québec. Plusieurs projets ont émergé
où les infirmières travaillent en équipe
multidisciplinaire, dans le milieu, auprès de la
clientèle atteinte de troubles graves. Elles
accompagnent ces personnes dans leurs activités
quotidiennes de façon à les rendre autonomes.
Les interventions des infirmières comprennent, entre
autres, le suivi de la médication, la gestion des
symptômes, l'amélioration des
habiletés sociales, la coordination des soins
médicaux, la gestion de crise, le soutien familial, la
recherche de logements, la gestion des revenus, la
représentation auprès des autorités et
les interventions auprès de l'entourage dans le
but d'accroître leur tolérance et de
diminuer la stigmatisation liée à la maladie
mentale. D'ailleurs, les résultats d'une
recherche montrent un lien significatif entre la
présence d'une infirmière au sein d'une
équipe de suivi intensif et la réduction du
nombre de jours d'hospitalisation des personnes suivies
(McGrew et al., 1994).
RECOMMANDATION
1. Considérant le rôle des
infirmières dans le suivi intensif dans le
milieu des clientèles atteintes de troubles
mentaux graves, l'OIIQ recommande que la
réadaptation psychosociale soit
nommément précisée dans les
sphères d'intervention de la profession
d'infirmière déjà
proposées par l'OIIQ, qui comprennent la
promotion de la santé, la prévention
de la maladie et des complications, le traitement,
la réadaptation, l'adaptation de la
personne à sa situation de santé, le
soulagement de la souffrance et l'accompagnement
vers la mort.
|
2.3 Les activités
d'évaluation
L'ensemble des activités d'évaluation
que l'OIIQ a proposées s'applique au domaine
de la santé mentale et de la psychiatrie. Les
infirmières de ce secteur exercent des
activités de dépistage,
d'évaluation, de surveillance de l'état
de santé intégrant la santé physique et
mentale du client ainsi que l'environnement social et
physique. De plus, le triage à l'urgence, dans les
services de première ligne et également dans
les cliniques psychiatriques ambulatoires, est une
activité accomplie par les infirmières en
psychiatrie et dans les équipes de santé
mentale de même que les activités
d'évaluation par télécommunication.
Les infirmières évaluent les
éléments prioritaires selon la situation de
santé globale de la personne et selon ses
connaissances de la symptomatologie des pathologies
reliées, notamment, aux troubles de la
personnalité, aux troubles anxieux, aux troubles de
l'humeur, aux troubles des conduites alimentaires, aux
troubles schizophréniques, aux troubles
déficitaires de l'attention et de la
concentration, aux types de démence, aux
déficits cognitifs, aux toxicomanies et aux
perturbations physiologiques reliées à ces
divers troubles psychiatriques. Dans l'activité de
surveillance, elles déterminent les aspects physiques,
physiologiques, psychologiques et sociaux à surveiller
selon les problèmes prioritaires et les interventions
privilégiées : le comportement non verbal
indicateur de l'état psychologique, les indices
d'une évolution d'un retrait social, les
indices d'une amélioration de l'hygiène
corporelle, la quantité de nourriture
ingérée, les signes et les symptômes de
sevrage et d'intoxication, les signes avant-coureurs
d'un passage à l'acte agressif, etc.
Il importe de souligner que, en plus des moyens
proposés dans le mémoire (OIIQ, 2001) pour
évaluer l'état de santé du client,
les infirmières en santé mentale et en
psychiatrie effectuent l'examen de l'état
mental. Ainsi, elles évaluent le comportement moteur,
l'activité, le langage, le fonctionnement, la
perception, l'humeur et l'affect, le cours et le
contenu de la pensée, et le jugement.
De plus, ces infirmières doivent utiliser plusieurs
tests et échelles de mesure pour poser leur jugement
clinique, dont :
-
le mini-examen de l'état mental de Folstein;
-
la grille de dépression gériatrique de Brink
et Yesavage;
-
la grille d'évaluation de la dépression
de Hamilton;
-
le système de mesure de l'autonomie
fonctionnelle;
-
le test de dépistage de l'autisme;
-
le test de développement de l'enfant : le test
de Denver;
-
l'échelle d'évaluation du potentiel
d'agressivité;
-
l'échelle d'évaluation du risque et
de l'urgence suicidaires;
-
la formule d'évaluation des signes
extrapyramidaux;
-
l'échelle des symptômes positifs et
négatifs (ESPEN/PANSS);
-
etc.
Pour les clientèles de santé mentale et de
psychiatrie, l'évaluation des risques d'abus,
de violence, de suicide, d'homicide et
d'autoagression fait partie intégrante de
l'activité d'évaluation de
l'infirmière, tout autant que
l'évaluation des risques d'infection,
d'accidents, de lésions de pression, de
réaction à la médication, etc.
En ce qui a trait à l'évaluation de
l'état de santé, les dimensions
psychosociales et les particularités ethniques,
religieuses et culturelles font l'objet d'une
attention particulière des infirmières en
santé mentale et en psychiatrie, sans oublier les
dimensions biophysiologiques. Les dimensions psychosociales
évaluées par les infirmières concernent
les facteurs de stress, les mécanismes
d'adaptation, les modes de communication, les
interactions interpersonnelles, le niveau d'estime de
soi, le réseau, etc. Les dimensions à
évaluer relativement à l'environnement
physique comprennent, entre autres, la salubrité du
logement, les facteurs de risque potentiel de feu,
d'accidents, etc. Quant aux dimensions biophysiologiques,
les infirmières évaluent, notamment, de quelle
façon l'état de santé mentale influe
sur l'état de santé physique au niveau de
la respiration, de l'alimentation, de l'hydratation,
de l'élimination, du repos et de
l'activité, etc.
Les infirmières sont également appelées
à intervenir auprès des familles dont un des
membres est aux prises avec un problème de
santé physique ou mentale. En effet, plusieurs
d'entre elles vivent des difficultés
d'adaptation ou éprouvent de la détresse.
Dans ce cas, les infirmières procèdent à
une évaluation systémique familiale, qui
comprend une évaluation de la structure, du
fonctionnement et de la dynamique familiale.
Le jugement clinique que l'infirmière pose sur les
réactions aux problèmes de santé
présents ou potentiels ou aux processus de vie
d'une personne ou d'une famille permet de
déterminer une condition anormale et les interventions
de soins et de traitements infirmiers à effectuer, et
d'orienter, s'il y a lieu, la personne vers les
services requis. Les jugements cliniques posés
s'inscrivent dans le domaine défini par le
système de classification de l'Association
nord-américaine pour le diagnostic infirmier et le
Manuel diagnostique et statistique des troubles
mentaux (DSM-IV).
RECOMMANDATION
2. Considérant ces
éléments d'information, l'OIIQ
réitère l'importance de
réserver les activités suivantes :
-
évaluer l'état de santé
physique et mentale ainsi que l'environnement
social et physique, et orienter, s'il y a
lieu, la personne vers les services requis;
-
déterminer une condition anormale;
-
surveiller et assurer le monitorage de
façon continue de l'état de
santé physique et mentale;
-
initier des mesures diagnostiques et
thérapeutiques à l'urgence et
en première ligne, selon une ordonnance
médicale permanente et un protocole.
et d'ajouter les activités
suivantes :
-
initier des mesures diagnostiques et
thérapeutiques en clinique psychiatrique
ambulatoire, selon une ordonnance permanente
et un protocole;
-
effectuer l'évaluation
systémique familiale.
|
2.4 Les activités de soins et de
traitements infirmiers
L'OIIQ a déjà proposé que en plus de
prodiguer les soins infirmiers requis par l'état
de santé physique et mentale, l'infirmière
les détermine, et ce, en fonction des problèmes
prioritaires identifiés. En santé mentale et en
psychiatrie, les infirmières accomplissent :
-
des interventions de protection de la clientèle
dans les situations de crise en santé physique et
en santé mentale et dans les situations à
risque, notamment de passages à l'acte agressif
ou suicidaire et d'abus;
-
des interventions de gestion des autosoins, incluant
l'autorégulation des symptômes;
-
des interventions thérapeutiques individuelles,
familiales ou de groupe, incluant les interventions
psychoéducatives, le milieu thérapie et les
interventions systémiques familiales.
2.4.1 Les interventions de protection de la clientèle
dans les situations de crise en santé physique et en
santé mentale et dans les situations à risque,
notamment de passages à l'acte agressif ou
suicidaire et d'abus
2.4.1.1 Les interventions en situation de crise
Un des domaines importants de la pratique infirmière,
selon le NIC, est « la
sécurité », c'est-à-dire
l'ensemble des soins qui favorisent la protection des
clients contre les dangers. Il s'agit des interventions
de gestion de crise et de gestion des risques.
Dans le cadre des interventions de gestion de crise,
l'infirmière apporte une aide immédiate ou
à court terme lors de crises psychologiques et
physiologiques. En santé physique, les premiers soins,
les soins d'urgence, la réanimation
cardiorespiratoire sont au nombre de ces interventions. En
santé mentale, les urgences psychiatriques font partie
des situations où les infirmières doivent
intervenir rapidement (urgence suicidaire, surdose de
drogues, réactions aux drogues hallucinogènes,
psychose aiguë, agressivité incontrôlable,
intoxication à l'alcool, etc.). De plus, les
infirmières peuvent être appelées
à intervenir en situation de crise lorsque des
habiletés de résolution de problèmes
sont requises afin d'aider la personne à
développer des stratégies d'adaptation pour
retrouver son équilibre psychologique.
2.4.1.2 Les mesures de prévention et de gestion des
comportements agressifs
Les infirmières exercent leur profession auprès
de clients aux prises avec des problèmes de
santé. Ces personnes ressentent souvent une grande
détresse et peuvent présenter des
stratégies d'adaptation inefficaces. Pensons aux
clients de l'urgence, des soins intensifs et des centres
de traumatologie qui peuvent réagir aux
événements en adoptant des comportements
agressifs. Particulièrement, en santé mentale,
les infirmières travaillent auprès de clients
qui ont des mécanismes d'adaptation inefficaces
pour faire face au stress. Les patients hospitalisés
en psychiatrie sont habituellement en crise et leurs
habiletés d'adaptation déficientes.
Avec le phénomène de la
désinstitutionnalisation, de plus en plus seuls les
clients en phase aiguë sont gardés dans les
unités de soins de courte durée, et les autres
sont traités en clinique externe ou par un suivi en
milieu de vie. Ces phénomènes conjugués
à une gestion plus réfléchie de
l'utilisation des contentions physiques et chimiques et
de l'isolement ont pour incidence d'augmenter dans
les unités le nombre de patients présentant des
comportements agressifs.
Les infirmières doivent ainsi intervenir pour
prévenir et gérer ces comportements. Elles
doivent reconnaître les signes précurseurs
d'un comportement agressif et les facteurs
déclenchants. Selon le niveau
d'agressivité, les infirmières planifient
les interventions préventives requises afin
d'éviter le passage à l'acte. Elles
peuvent recourir à la fois à des
stratégies de communication et à des
stratégies liées à l'environnement,
dont la limitation de l'aire d'activité. Elles
sont appelées à coordonner les interventions de
l'équipe lors d'un passage à l'acte
et à s'assurer d'un retour sur
l'événement. Les mesures d'isolement et
de contention sont utilisées en dernier recours en
fonction des protocoles adoptés par les
établissements.
2.4.1.3 Les mesures de prévention et de gestion du
suicide
Les infirmières en santé mentale et en
psychiatrie sont quotidiennement en contact avec des
clientèles pouvant présenter un potentiel
suicidaire. Leur évaluation permet de distinguer le
risque suicidaire de l'urgence suicidaire. Parmi les
éléments d'évaluation,
l'infirmière vérifie l'idéation
et la planification d'un scénario suicidaire, les
antécédents de passage à l'acte, le
degré de dangerosité et la disponibilité
du réseau de soutien. Cette évaluation permet
de cibler les mesures de prévention et de protection
requises. Les interventions des infirmières visent
d'abord à assurer la sécurité de la
clientèle par l'aménagement
sécuritaire du milieu ambiant, la détermination
du niveau de surveillance approprié et la transmission
de l'information d'une équipe de soins
à l'autre de façon à assurer la
continuité des soins.
Les infirmières développent une alliance
thérapeutique en vue de favoriser l'expression des
sentiments et des pensées liés aux gestes ou
aux idées suicidaires; elles établissent un
contrat de soins dans lequel le client s'engage à
ne pas passer à l'acte; et elles aident celui-ci
à acquérir des habiletés de
résolution de problème et à mobiliser
son réseau social, etc.
2.4.1.4 Les mesures d'isolement et de contention
Aux mesures de prévention et de gestion des
comportements agressifs ou suicidaires peuvent s'ajouter
les mesures d'isolement et de contention. L'isolement
est utilisé pour prévenir un passage à
l'acte imminent ou pour maîtriser un comportement
mettant en danger la sécurité ou le
bien-être du client ou d'autrui. Les contentions
sont une mesure d'intervention pour protéger la
personne des blessures ou pour maîtriser un patient
présentant des comportements agressifs (Association
des hôpitaux du Québec, 2000b).
En psychiatrie, les infirmières décident en
situation d'urgence de recourir à l'isolement
et à l'utilisation de contentions et en avisent le
médecin. Elles évaluent l'évolution
de l'état de santé et la pertinence de
maintenir ou d'enlever ces mesures, lorsque la
prescription médicale précise leur retrait
selon le jugement de l'infirmière. De plus, elles
déterminent la fréquence et les
éléments de surveillance.
2.4.1.5 La prévention et les interventions en
situation d'abus
Les infirmières sont appelées à
déceler les situations d'abus physiques,
psychologiques ou sexuels chez les enfants, les adolescents,
les adultes et les personnes âgées car elles y
sont confrontées dans leur pratique quotidienne. En
s'appuyant sur des signes objectifs et subjectifs
d'abus, elles déterminent les actions à
poser selon le degré de dangerosité.
Dans les cas de violence, notamment la violence conjugale,
les infirmières peuvent accomplir une série
d'interventions de façon à résoudre
adéquatement à cette problématique. Ces
interventions consistent à : mettre en place les
préalables à une intervention; soutenir la
personne dans l'expression de ses émotions;
confirmer la situation de violence conjugale; expliquer le
cycle et l'escalade de la violence; évaluer la
dangerosité de la situation; élaborer un
scénario de protection; présenter les
ressources d'aide; et aider à la prise de
décision (Lachapelle et Forest, 2000).
Dans les cas d'abus ou de négligence envers les
enfants, plusieurs interventions sont posées par
l'infirmière, du dépistage des indices
physiques et comportementaux au signalement à la
Direction de la protection de la jeunesse, lorsque la
sécurité ou le développement d'un
enfant est compromis.
2.4.2 La gestion des autosoins, incluant
l'autorégulation des symptômes
L'ANA, l'APNA et l'ISPN ont reconnu la promotion
des activités d'autosoins comme l'une des
interventions infirmières visant à guider et
à encadrer la personne atteinte de troubles mentaux
dans ses activités de vie quotidienne en vue
d'être autonome. Parmi ces activités, les
infirmières ont développé une expertise
spécifique dans la gestion des symptômes. En
effet, les infirmières enseignent au client, entre
autres, les signes à surveiller qui sont liés
à l'évolution de sa situation de
santé, les interventions à effectuer en cas de
changement et le lien entre les médicaments, les
effets secondaires et les symptômes de la maladie. De
plus, les infirmières élaborent et appliquent
des programmes d'autorégulation des
symptômes et de prévention de la rechute,
particulièrement pour les clientèles atteintes
de troubles mentaux graves.
Une étude réalisée au Québec a
démontré que la participation de clients
à un groupe d'autorégulation des
symptômes permet d'accroître leur
capacité d'autosoins et favorise l'adaptation
des familles (Messier, 2000). Une autre étude a
révélé que les clients ayant
participé à une intervention de groupe
présentaient une diminution des hallucinations, une
augmentation de l'estime de soi et une
amélioration de leurs soins d'hygiène
(Leclerc et al., 2000).
Par ailleurs, la réadaptation dans les
activités de la vie quotidienne demeure une facette
des soins qui ne peut être négligée, car
les personnes atteintes de troubles mentaux graves ont de
multiples besoins à cet égard, notamment sur le
plan de l'hygiène personnelle, de
l'alimentation, etc. Quant aux activités de la vie
domestique telles que l'épicerie, l'entretien
ménager et les activités de réinsertion
sociale, dont celles à l'école et au
travail, elles font également partie des
préoccupations des infirmières de même
que l'enseignement des comportements de santé.
2.4.3 Les interventions thérapeutiques, individuelles,
familiales ou de groupe, incluant les interventions
psychoéducatives, le milieu thérapie et les
interventions systémiques familiales
2.4.3.1 Les interventions thérapeutiques
individuelles et de groupe
Pour intervenir auprès des clientèles atteintes
de troubles mentaux graves, des personnes qui souffrent de
détresse psychologique ou des personnes toxicomanes,
les infirmières établissent et maintiennent une
relation thérapeutique avec la personne. Elles
utilisent des techniques de communication verbale et non
verbale et effectuent des interventions thérapeutiques
individuelles et de groupe appropriées à
l'état de santé physique et mentale.
Selon le NIC, ces interventions ont pour objet de
renforcer ou de promouvoir des comportements, des fonctions
cognitives souhaitées ou encore de modifier les
comportements et les fonctions cognitives
indésirables. À partir des points forts de la
personne et selon les objectifs fixés, les
interventions visent à aider la personne à
s'adapter à un changement ou encore à
atteindre un niveau de fonctionnement supérieur.
Parmi la gamme d'interventions thérapeutiques
individuelles ou de groupe effectuées par les
infirmières, mentionnons les interventions visant
à aider la personne à s'affirmer davantage,
particulièrement la personne dépressive. Les
infirmières utilisent des interventions de gestion du
stress, notamment auprès des personnes atteintes de
troubles anxieux. Auprès des clientèles ayant
des troubles de l'alimentation, des interventions
spécifiques sur l'image corporelle sont
planifiées. Dans les situations de deuil, les
infirmières ont acquis une expertise
particulière dans l'accompagnement des personnes
endeuillées.
Le client est un partenaire dans la détermination de
ses problèmes prioritaires, des objectifs à
atteindre sur les plans cognitif, comportemental et
émotionnel et des interventions à effectuer.
Dans le cadre d'entretiens formels ou ponctuels, diverses
stratégies d'intervention peuvent être mises
en uvre par les infirmières, entre autres :
- la résolution de problèmes;
- l'entraînement à l'affirmation de
soi;
- le développement de la compétence sociale;
- la gestion du stress;
- la gestion de l'agressivité et de la
colère;
- l'amélioration de l'estime de soi;
- l'amélioration de l'image corporelle;
- la restructuration cognitive;
- l'approche cognitivo-comportementale;
- l'entraînement de la mémoire;
- l'orientation dans la réalité;
- le soutien;
- l'élargissement du réseau de soutien;
- l'amélioration de la capacité
d'adaptation;
- l'aide au travail de deuil;
- etc.
2.4.3.2 Les interventions psychoéducatives
Les activités d'enseignement au client et à
sa famille sont au cur de la pratique
infirmière. Elles visent à améliorer la
compréhension, la prise en charge, l'observance
des mesures thérapeutiques et l'autonomisation de
la clientèle (empowerment) dans les divers
aspects de sa vie. Cet enseignement est souvent
dispensé selon une approche psychoéducative, de
façon que les aspects pédagogiques,
émotionnels et comportementaux sont pris en
considération. Le soutien donné à la
famille pour qu'elle assume son rôle d'aidant
naturel constitue un volet important de ce type
d'intervention. Pour les clientèles en
toxicomanie, par exemple, les infirmières mettent en
uvre des stratégies éducatives
individuelles ou de groupe sur la réduction des effets
nocifs causés par l'abus de substances, sur les
signes de rechute et le plan d'urgence, les
conséquences positives et négatives de la
consommation, etc. Les principaux objets d'enseignement
des infirmières en santé mentale et en
psychiatrie comprennent :
-
le processus de la maladie;
- la médication;
- la gestion des symptômes;
- la planification du congé;
- la prévention des rechutes;
- le budget personnel;
- la sexualité, l'intimité et la
reproduction;
- les habitudes de vie;
- les habiletés de recherche de soutien social formel
et informel;
- les habiletés de gestion de stress;
- les habiletés de communication;
- les conséquences positives et négatives
de la consommation;
- la réduction des méfaits;
- etc.
2.4.3.3 Le milieu thérapie
Dans ce secteur en particulier, malgré les courtes
durées de séjour, les infirmières ont la
responsabilité de planifier l'environnement
à des fins thérapeutiques. Le milieu
thérapie est défini ainsi :
« C'est la planification scientifique de
l'environnement dont le but est d'amener des
changements de comportements, d'améliorer la
santé psychologique et le fonctionnement de
l'individu » (Townsend, 1999). Dans cet
environnement, la personne est accueillie dans sa souffrance,
sa détresse, son potentiel et ses limites. Elle
apprend des stratégies d'adaptation, acquiert des
habiletés sociales et émotionnelles et ce, sur
une base quotidienne. Ces habiletés peuvent, par la
suite, être appliquées à d'autres
aspects de la vie. L'ANA, l'APNA et l'ISPN ont
identifié spécifiquement cette intervention
dans le cadre de la pratique de base des infirmières
en santé mentale et en psychiatrie.
2.4.3.4 Les interventions systémiques
familiales
La pratique des infirmières au fil des ans se
caractérise par le soin à la famille qui se
développe de plus en plus dans tous les secteurs
d'activité. À cet égard, le NIC en
a fait un grand domaine d'interventions au
même titre que les soins physiologiques de base, les
soins physiologiques complexes, les soins psychosociaux, les
soins de protection et les soins indirects. Les interventions
visent à faciliter le fonctionnement de
l'unité familiale et à promouvoir la
santé et le bien-être des membres de la famille
tout au long de la vie. La famille est ainsi plus à
même de s'adapter à diverses situations.
L'ensemble des infirmières interviennent
auprès de la famille tout au long du cycle de la vie
afin de promouvoir la santé et le bien-être de
la personne et de sa famille. En outre, des interventions
systémiques familiales visent, entre autres, à
aider les familles à modifier des aspects de leur
fonctionnement pour répondre à des besoins qui
dépassent leurs ressources. Des infirmières
possédant une formation de niveau du
baccalauréat ou de la maîtrise utilisent
l'approche systémique familiale auprès du
client et de ses proches dans le but de promouvoir, de
maintenir et d'améliorer le fonctionnement de la
famille, de soulager sa souffrance et de favoriser son
adaptation à une situation de santé (Duhamel
et Racine, 2001).
Des études révèlent que les aidants
familiaux d'une personne atteinte d'un trouble mental
présentent de la détresse psychologique, des
malaises physiques et consomment davantage de tranquillisants
que la population en général (Ricard,
1991 ; Ricard et Fortin, 1993). Or, des interventions
systémiques familiales contribuent à
l'adaptation des familles à la maladie mentale
d'un des leurs, entre autres, par les connaissances
acquises sur la maladie mentale et des échanges plus
fluides entre eux (Wright et Leahy, 2001).
RECOMMANDATION
3. Considérant la complexité de
ces interventions et les risques à
l'intégrité physique et
psychologique des personnes, si les activités
sont accomplies par des personnes non
formées, l'OIIQ réitère sa
recommandation de réserver les
activités suivantes :
-
déterminer et prodiguer les soins et les
traitements infirmiers, incluant la gestion des
autosoins, la prévention et la gestion des
comportements agressifs, la prévention et
la gestion des situations de risque et
d'urgence suicidaire, la prévention et
les interventions dans les situations d'abus
ou de violence, les interventions en situation de
crise;
-
décider de l'utilisation de
l'isolement et des contentions, y compris la
décision de les maintenir ou de les cesser
ainsi que les éléments et la
fréquence de surveillance;
d'ajouter les activités
réservées suivantes :
- effectuer des interventions
thérapeutiques individuelles, familiales
et de groupe, incluant les interventions
psychoéducatives, le milieu
thérapie, le développement et
l'application des programmes
d'autorégulation des
symptômes;
- effectuer des interventions systémiques
familiales.
|
2.5 Les activités de soins, de
traitements et d'actes médicaux
En ce qui a trait aux traitements médicaux, les
infirmières en assurent le suivi sous ordonnance
médicale. Ce secteur comprend les soins donnés
avant, pendant et après
l'électroconvulsivothérapie, la
thérapie intraveineuse, la vaccination
antihépatite, et les soins lors de sevrage et
d'intoxication à l'alcool, aux
médicaments ou aux drogues, etc.
Le traitement pharmacologique étant un des principaux
traitements des troubles mentaux, les infirmières ont
la responsabilité de préparer et
d'administrer, de façon sécuritaire en
milieu hospitalier et selon une ordonnance médicale
individuelle, les neuroleptiques, les anticholinergiques et
antiparkinsoniens, les antidépresseurs, les
normothymiques, les anxiolytiques et tout autre
médicament, si le client présente des
problèmes de santé physique connexes. Pendant
le suivi dans la communauté, pour assurer la
surveillance du traitement pharmacologique, elles contribuent
notamment à l'adhésion de la
clientèle au régime médicamenteux.
Les infirmières vérifient les effets
thérapeutiques du médicament sur la personne,
surveillent les signes et les symptômes de
toxicité médicamenteuse, y compris les signes
extrapyramidaux, dépistent les effets
indésirables, vérifient les interactions
médicamenteuses non thérapeutiques et analysent
l'impact du médicament sur le mode de vie du
client. Elles décident d'administrer une
médication prescrite au besoin, après avoir
évalué l'état de santé
physique et mentale de la personne. Par exemple, elles
évaluent le moment approprié de recourir
à une substance psychotrope lors d'agitation
psychomotrice.
Les infirmières ont la responsabilité
d'appliquer, entre autres, les protocoles de suivi de la
carbamazépine, du lithium, de l'acide
valproïque et de la clozapine. Ces protocoles
comprennent des éléments de surveillance
clinique, tels les signes vitaux, l'évaluation des
effets secondaires, l'évaluation des signes
extrapyramidaux et les analyses sanguines. Elles
interprètent les résultats pour suivre
l'évolution de l'état de santé
et déterminer les interventions requises telles que
modifier l'horaire de la prise de médicaments ou
conseiller au client de reprendre sa médication, ou
encore suspendre la prise de médicaments et consulter
le médecin. En toxicomanie, les infirmières
contribuent notamment au suivi de la clientèle sous
méthadone.
Dans le suivi des traitements pharmacologiques, les
infirmières évaluent la capacité du
client à s'autoadministrer les médicaments,
et conçoivent et appliquent des programmes
d'autoadministration des médicaments. Elles
s'assurent de la fidélité au traitement
pharmacologique et élaborent avec le client des
stratégies pour l'accroître. Il est reconnu
que l'adhésion au traitement pharmacologique est
un élément déterminant de
l'efficacité du traitement de la personne atteinte
d'un trouble mental et une condition sine qua non du
succès de la réadaptation psychosociale
(Fenton, Blyler et Heinssen, 1997).
En santé mentale et en psychiatrie, le suivi du
traitement pharmacologique est une activité
très importante, car elle peut faire la
différence, pour certaines clientèles, entre
l'hospitalisation et la vie en communauté, entre
la réduction des symptômes et la présence
de signes de toxicité, en raison des effets potentiels
de la médication sur la santé physique.
Selon les infirmières consultées, les
protocoles de suivi du traitement pharmacologique devraient
être établis conjointement par les
infirmières et les médecins, car ils sont
appliqués par les infirmières et
intègrent à la fois des éléments
de surveillance clinique relevant de l'exercice infirmier
et des éléments de l'exercice
médical. Les pharmaciens pourraient être
appelés à collaborer à
l'établissement de ces protocoles de suivi. De
plus, les infirmières souhaiteraient voir clarifier
dans la loi leur capacité à faire divers
prélèvements, en dehors des indications
prévues au protocole pour les situations où la
personne présente des effets secondaires. Cela
permettrait de diminuer les délais pour le client
entre le moment de la manifestation de signes et de
symptômes de toxicité et la décision
médicale de revoir le plan de traitement.
RECOMMANDATION
4. Considérant le risque important de
préjudice lié aux traitements
médicaux et à l'administration des
médicaments, l'OIIQ recommande à
nouveau de réserver les activités
suivantes :
-
prodiguer les soins, les traitements
médicaux selon une ordonnance
médicale individuelle, une ordonnance
permanente et/ou un protocole;
-
préparer, administrer et ajuster des
médicaments et des substances selon une
ordonnance individuelle, une ordonnance
permanente et/ou un protocole;
et d'ajouter les activités
suivantes :
-
surveiller le traitement pharmacologique et
les réactions aux médicaments et
aux substances;
-
concevoir et appliquer des programmes
d'autoadministration des
médicaments;
-
faire des prélèvements sans
ordonnance médicale, lors du suivi du
traitement pharmacologique.
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Quant aux actes médicaux énoncés dans le
Règlement sur les actes visés à
l'article 31 de la Loi médicale qui peuvent
être posés par des classes de personnes autres
que des médecins, deux d'entre eux
réfèrent spécifiquement au domaine de la
santé mentale et de la psychiatrie :
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A-1.24
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Diriger des entrevues psychiatriques avec le
bénéficiaire ou sa famille pour
contribuer au diagnostic et au traitement.
|
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A-1.25
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En milieu psychiatrique, orienter le
bénéficiaire vers des activités
jugées nécessaires.
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Il est important de traduire ces deux activités dans
nos propositions de modernisation de l'article 36 de la
Loi sur les infirmières et les infirmiers. En
ce qui a trait à l'acte A-1.25, on
considère qu'il est prévu dans
l'activité d'évaluation, car les
infirmières, une fois terminée
l'évaluation, peuvent décider
d'orienter le client, s'il y a lieu, vers les
services requis ou vers des activités accomplies par
d'autres intervenants, ou encore déterminer les
soins et les traitements infirmiers requis ou, enfin,
effectuer elles-mêmes des interventions
thérapeutiques. Quant à l'acte A-1.24, qui
consiste à diriger des entrevues psychiatriques avec
le client ou sa famille pour contribuer au diagnostic et au
traitement, il doit être remplacé par une
réserve d'activité inscrite dans la Loi
sur les infirmières et les infirmiers. Les
infirmières ayant la formation supplémentaire
requise posent cet acte conformément aux exigences du
règlement susmentionné.
RECOMMANDATION
5. En ce qui a trait aux actes
médicaux prévus dans le
Règlement sur les actes visés
à l'article 31 de la Loi médicale
qui peuvent être posés par des classes
de personnes autres que des médecins,
l'OIIQ recommande de remplacer les actes A1.24
et A1.25 par une réserve
d'activité inscrite dans la Loi sur
les infirmières et les infirmiers :
- diriger des entrevues psychiatriques avec
le client ou sa famille (sous réserve
d'une formation supplémentaire).
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2.6 Les activités de contrôle
Les activités de contrôle décrites dans
le mémoire La vision contemporaine de
l'exercice infirmier au Québec
s'appliquent également à ce secteur
d'activité. Les infirmières prescrivent
notamment des soins infirmiers liés à
l'utilisation des contentions et de l'isolement, et
à la fréquence et aux éléments de
surveillance. Avec le phénomène de la
désinstitutionnalisation, les infirmières sont
appelées à évaluer la capacité du
client et de sa famille à effectuer les autosoins, et
la capacité des non-professionnels à effectuer
des soins d'assistance liés aux activités
de la vie quotidienne, dont l'administration de
médicaments à des clients
hébergés dans les ressources
d'hébergement privées, les ressources
intermédiaires, les ressources de type familial et
à domicile.
Par ailleurs, il apparaît important de rappeler les
principaux éléments de la coordination de
situations de santé complexes, notamment lors du suivi
systématique de clientèles. Cette
activité implique la coordination de services dans le
milieu hospitalier, entre les différents types de
professionnels et entre les établissements et les
ressources communautaires. En collaboration avec
l'équipe interdisciplinaire, les
infirmières élaborent des plans de cheminement
clinique pour différents types de clientèles,
évaluent les écarts et interviennent, le cas
échéant. Cette activité diffère
du suivi que chaque professionnel est tenu de faire selon
l'état du client.
RECOMMANDATION
6. L'OIIQ recommande à nouveau de
réserver les activités de
contrôle décrites dans le
mémoire La vision contemporaine de
l'exercice infirmier au Québec, dont
:
-
assurer la coordination de situations de
santé complexes;
-
prescrire les soins infirmiers requis par
l'état de santé du client;
assurer la supervision requise;
-
évaluer la capacité du client et de
sa famille à effectuer les autosoins et
à prendre en charge sa situation de
santé; déterminer les conditions
sécuritaires des soins à domicile,
le cas échéant;
-
évaluer la capacité des
intervenants non
professionnels à effectuer des soins
d'assistance liés a ux
activités de la vie quotidienne.
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