3. La pratique infirmière avancée
3.1 Introduction
Le mémoire de l'OIIQ a fait valoir l'importance de l'évolution
de la pratique infirmière pour répondre aux besoins en santé
de la population dans un contexte de transformation du système
de santé. En Amérique du Nord, différents rôles
de pratique infirmière avancée sont reconnus, dont deux
qui ont retenu l'attention de l'OIIQ : l'infirmière spécialisée
dans un domaine de spécialité et l'infirmière praticienne
exerçant en soins de santé primaires.
Pour ces deux rôles, nous avons présenté une proposition de champ descriptif,
de réserve de titres et de réserve d'activités professionnelles visant
à légaliser cette pratique (voir l'annexe II).
La présente section sur la pratique infirmière avancée en psychiatrie
s'inscrit entièrement à l'intérieur de la proposition faite dans le cadre
du mémoire. D'ailleurs, le Bureau de l'OIIQ avait déjà ciblé la psychiatrie
comme un des domaines prioritaires d'intervention de l'infirmière spécialisée. 3.2 La demande de soins et de services
L'étude sur la santé mentale des Montréalais, réalisée
par la Direction de la santé publique de la Régie régionale
de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre (2001),
démontre un manque d'adéquation entre les services offerts
par le réseau et les besoins de la population. Cette étude
révèle que les troubles mentaux transitoires, telles la
dépression, l'anxiété, la phobie ou la toxicomanie,
sont les plus fréquents, souvent ignorés et constituent
le principal besoin non comblé. En effet, 50 % des adultes n'ont
recours à aucun service et seulement 20 % de ceux ayant des besoins
reçoivent une réponse adéquate.
À cet égard, les équipes de santé mentale
dans les CLSC doivent être mises à contribution de façon
encore plus significative, car le rôle des infirmières dans
la promotion de la santé, la prévention de la maladie, le
traitement et la réadaptation des personnes et de leur famille
est essentiel. Elles font du dépistage de problèmes de santé
mentale, de l'évaluation, de l'éducation à la santé,
de l'intervention en situation de crise, des interventions thérapeutiques,
des rencontres psychoéducatives, du soutien auprès des clients
et de leurs familles, des activités de liaison et de coordination
avec des établissements de santé tout en favorisant l'utilisation
des ressources communautaires. Ces équipes contribuent à
la santé de la population, préviennent les problèmes
de santé mentale, les dépistent et incitent les personnes
à consulter. Leurs interventions permettent d'éviter les
détériorations de l'état de santé et favorisent
l'adaptation des personnes et de leur famille à leur situation
de santé. Enfin, dans le domaine de la santé mentale, on
ne saurait ignorer l'importance des activités de prévention
des infirmières, notamment en santé scolaire et en santé
du travail, auprès des jeunes et dans les milieux de travail pour
prévenir, entre autres, le suicide et l'épuisement professionnel.
Toutefois, ces mesures doivent être combinées à des
services mieux organisés en première, en deuxième
et en troisième ligne.
En effet, les sommes investies en santé mentale ont été
presque exclusivement consacrées aux personnes souffrant de troubles
mentaux graves. Malgré un investissement financier important, ces
clientèles présentent de plus en plus des problèmes
multiples et complexes tant physiques que mentaux. Elles sont hospitalisées
durant des périodes de plus en plus brèves, réintègrent
rapidement la communauté et requièrent, de la part des équipes
spécialisées en santé mentale, à la fois l'expérience
et les connaissances de l'approche psychosociale et des soins de santé
primaires.
Chafetz et Ricard (1999) sont d'avis que la maladie mentale sévère
a des effets sur les fonctions physiologiques, tels l'appétit,
le sommeil, l'état d'éveil ainsi que le comportement moteur.
Selon ces auteures, la prise de médication et la fidélité
au plan de traitement constituent un point central dans la vie des personnes
atteintes. Elles notent également les effets secondaires de la
psychopharmacologie qui entraînent, entre autres, des problèmes
cardiovasculaires, le diabète et l'obésité sévère.
Elles rappellent l'effet que produit la maladie psychiatrique sur les
habitudes de vie des personnes atteintes, notamment l'incidence élevée
de tabagisme, l'apport alimentaire de piètre qualité et
en quantité insuffisante, le style de vie sédentaire et
les abus de substances diverses qui aggravent les risques de problèmes
médicaux. Cette combinaison contribue à l'émergence
de maladies chroniques et de problèmes médicaux.
Chafetz et Ricard rapportent une étude parue en 1998 dans le British
Journal of Psychiatry selon laquelle il est urgent d'examiner l'incidence
de la maladie physique chez la clientèle présentant des
problèmes de santé mentale graves. À leur avis, les
adultes souffrant de maladies graves requièrent des services appropriés
de soins de santé généraux pouvant répondre
à leurs besoins particuliers. Selon ces auteures, les cliniciens
en santé mentale ont des connaissances limitées sur les
soins généraux que requiert cette clientèle. Aussi,
elles jugent essentiel d'avoir une approche adaptée aux besoins
et à la réalité de cette clientèle gravement
malade. Les symptômes de la maladie, ainsi que les déficits
cognitifs ou fonctionnels, peuvent empêcher les clients de prendre
un rendez-vous médical, d'exprimer clairement les malaises qu'ils
ressentent, de tolérer des examens physiques, etc. Malheureusement,
cette clientèle est perçue comme n'étant pas fidèle
ou pas très motivée à prendre en charge sa santé. 3.3 Les activités professionnelles
Selon l'American Psychiatric Nurses Association (APNA s.d.; 1995), les
infirmières spécialisées en psychiatrie peuvent offrir
une gamme de soins et de services intégrés permettant le
maintien de la santé physique et mentale, le dépistage de
la dépression ou des problèmes de dépendance à
l'alcool et aux drogues. Entre autres activités prioritaires, elles
décèlent les problèmes de santé physique qui
accompagnent souvent la maladie psychiatrique ou qui est sous-jacente
à la pathologie. Le traitement de la maladie mentale et des problèmes
de santé physique qui y sont associés et la réadaptation
psychosociale complètent la gamme des interventions. Sur le plan
du traitement, les infirmières spécialisées sont
aptes à prescrire la médication psychoactive ainsi que celle
qui atténue les effets secondaires de ces médicaments. Elles
jouent un rôle actif de liaison entre les hôpitaux et les
services offerts dans la communauté. Elles prennent en charge le
suivi de ces patients durant leur hospitalisation, notamment à
l'intérieur de l'hôpital psychiatrique et en clinique privée.
Elles font de la consultation et dirigent les patients vers les médecins
de famille ou les psychiatres, au besoin.
Le rôle de l'infirmière spécialisée en psychiatrie
est très bien décrit dans le projet ontarien du Chatham-Kent
Health Alliance (1999). Elle exerce un rôle de premier plan auprès
de la clientèle hospitalisée dans des unités de psychiatrie
ou dans des cliniques d'urgence psychiatrique dont elles assurent la coordination
des services. Cette pratique se fait dans le cadre d'une collaboration
bien définie avec le psychiatre et le médecin de famille,
le cas échéant.
Dans les deux cas, les infirmières de pratique avancée
exercent un rôle actif pour mettre en place et assurer la liaison
entre les différents programmes offerts par les centres hospitaliers
et la communauté, ce qui leur permet d'obtenir les consultations
psychiatriques requises par la clientèle. Elles assurent également
un lien avec la prison locale pour les détenus présentant
des problèmes de santé mentale. Elles prennent en charge
cette clientèle lorsqu'elle n'est pas connue des équipes
de santé mentale de la région ou lorsqu'ils n'ont pas de
médecin de famille.
Enfin, les différents écrits consultés sur la pratique
infirmière avancée en psychiatrie confirment que la plupart
des infirmières exerçant dans ce domaine complètent
leur pratique en offrant des services de psychothérapie individuelle,
à la famille, au couple et à des groupes. L'APNA confirme
la tendance observée chez les infirmières spécialisées
en psychiatrie : ces intervenantes exercent selon une approche holistique
leur permettant de combiner leurs habiletés d'évaluation
physique et psychologique et celles de traitement par la psychothérapie
individuelle, familiale, de couple et de groupe et la prescription de
la médication appropriée.
RECOMMANDATIONS
7. Afin de répondre aux besoins
de services de la clientèle en santé mentale et en
psychiatrie, l'OIIQ recommande l'intégration des infirmières
de pratique avancée en psychiatrie et réitère
l'importance de réserver les activités suivantes :
- diagnostiquer des problèmes
de santé physique et mentale;
- prescrire et interpréter des
examens et des tests diagnostiques notamment des dosages médicamenteux
tels que le lithium et le Tégrétol;
- prescrire et effectuer des traitements
médicaux, notamment l'application des contentions et de
l'isolement et la thérapie intraveineuse;
- prescrire et ajuster des médicaments,
notamment des antidépresseurs, des neuroleptiques et des
anxiolytiques ainsi que la médication pour atténuer
les effets secondaires de la médication psychotrope.
8. De plus, l'OIIQ recommande que l'activité
de psychothérapie soit réservée aux infirmières
de pratique avancée. Celles-ci devront satisfaire aux conditions
énoncées dans le règlement de l'Office des
professions du Québec qui découlera des travaux qu'il
mène actuellement sur le titre de psychothérapeute.
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