Allaitement maternel
4 septembre 1998
L'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) convient de la nécessité de
promouvoir, de protéger et de soutenir l'allaitement maternel et, par conséquent,
considère que le lait maternel est supérieur à tous les laits artificiels.
L'OIIQ préconise l'allaitement maternel comme la seule source alimentaire du
nourrisson jusqu'à l'âge de six mois, qu'il soit né à terme et en santé ou
prématuré, malade et hospitalisé. Enfin, il recommande que l'allaitement soit
encouragé jusqu'à ce que l'enfant soit âgé de deux ans, même s'il a commencé à manger
d'autres aliments.
Dans cette perspective, l'OIIQ encourage toutes les infirmières à promouvoir, à protéger
et à soutenir l'allaitemnent maternel.
- L'infirmière reconnaît la supériorité de l'allaitement maternel, comparativement à tous
les autres types de nutrition infantile ;
- L'infirmière encourage cette façon idéale d'alimenter un nourrisson ;
- L'infirmière connaît les avantages de l'allaitement maternel sur les plans
nutritionnel, physiologique, immunologique, psychologique et social ;
- L'infirmière soutient les parents lorsqu'ils éprouvent des difficultés
liées à l'allaitement, et leur enseigne des façons de les surmonter ;
- L'infirmière fonde sa pratique sur Les dix
conditions pour le succès de l'allaitement (OMS et UNICEF, 1989) ;
- L'infirmière favorise l'application du Code
international de commercialisation des substituts du lait maternel (OMS,
1981) et son respect lorsque sont instaurées des politiques d'allaitement
maternel dans son milieu de travail et dans sa communauté ;
- L'infirmière élabore, de concert avec les autres professionnels du réseau
et les ressources communautaires, des mécanismes assurant la continuité des
soins et le soutien aux mères qui allaitent ;
- L'infirmière amorce ou soutient des projets qui visent à modifier les attitudes
et les valeurs qui influent sur la décision de choisir ou de poursuivre l'allaitement
maternel ;
- L'infirmière tient à jour ses compétences sur l'allaitement, le mécanisme
de la lactation et l'alimentation des nouveau-nés ;
- L'infirmière fait des recherches ou y participe afin d'étudier et de favoriser
la pratique de l'allaitement.
Les avantages de l'allaitement maternel
Tant l'enfant que la mère bénéficient de l'allaitement maternel. Le lait
maternel constitue pour le nourrisson une alimentation idéale pour sa croissance
et son développement et répond, pendant les six premiers mois de sa vie, à tous
ses besoins nutritionnels. Les recherches montrent les nombreux avantages du
lait maternel : il protège l'enfant contre les infections gastro-intestinales
et respiratoires ; il réduit les risques d'otites moyennes ; il aurait
un effet protecteur contre les allergies chez les bébés à risque en raison
de leurs antécédents familiaux ; il pourrait protéger contre la mort subite
du nourrisson ainsi que le diabète (Institut canadien de la santé infantile,
1996 ; Société canadienne de pédiatrie et al., 1998). Lorsque
la mère allaite son enfant au cours de la première heure après la naissance,
les risques que survienne une hémorragie post-partum diminuent. En outre, l'allaitement
réduit le risque du cancer du sein chez la mère en préménopause et la protège
contre le cancer des ovaires (UNICEF, 1992).
Un recul du taux d'allaitement au Québec
Entre 1982 et 1993, le taux d'allaitement a diminué au Québec. Plus précisément, à l'hôpital,
il est passé de 61,5 % à 48,7 % (MSSS, 1997), et la durée de l'allaitement
a régressé. Une enquête, effectuée auprès de femmes primipares, révèle que
66,3 % d'entre elles allaitent lorsqu'elles sont encore à l'hôpital, alors
que 38,6 % allaitent encore lorsque l'enfant est âgé de trois mois et
10,7 % lorsqu'il a six mois (MSSS, 1997). Ce recul de l'allaitement maternel,
qui se fait sentir davantage en Amérique du Nord, est attribuable à divers
facteurs d'ordre social, économique ou culturel (OMS et UNICEF, 1989).
L'administration de substituts : une pratique nuisible
Selon une enquête canadienne (Levitt et al., 1995), certaines
pratiques nuisent à l'allaitement dans les services d'obstétrique. En effet,
dans 30 % des hôpitaux québécois ayant participé à cette étude, on donne de
l'eau, de l'eau glucosée ou du lait artificiel aux bébés nourris au sein, bien
qu'une des conditions de succès de l'allaitement maternel soit l'allaitement
exclusif. De plus, dans l'ensemble du Canada, le Québec enregistre le plus
haut pourcentage d'hôpitaux (57 %) qui distribuent systématiquement des échantillons
de lait artificiel aux nouvelles mères. Seulement 28 % des hôpitaux qui
avaient une politique d'allaitement ont fondé celle-ci sur Les
dix conditions pour le succès de l'allaitement établies par l'OMS et
l'UNICEF et sur le Code international de commercialisation
des substituts du lait maternel.
Une priorité de santé publique
L'allaitement est une priorité de santé publique au Québec pour 1997-2002.
En effet, l'objectif est d'augmenter, d'une part, le taux d'initiation de l'allaitement
maternel à la naissance à 80 % et, d'autre part, le taux de persistance à 60 %
au troisième mois de vie et à 30 % au sixième mois de vie (MSSS, 1997).
Une équipe de travail, qui regroupe la Société canadienne de pédiatrie, les
Diététistes du Canada et Santé Canada (1998), recommande de promouvoir l'allaitement
exclusif durant au moins les quatre premiers mois de vie du nourrisson, de
donner des conseils prénatals et postnatals sur les principes et la pratique
de l'allaitement maternel et, enfin, d'encourager les mères à allaiter fréquemment
leur nourrisson au début de la période postnatale.
« L'OMS et le FISE estiment que parmi les nombreux facteurs qui influent
sur l'adoption et la poursuite normale de l'allaitement au sein, les prestations
sanitaires, et notamment celles dispensées aux mères et aux nouveau-nés,
constituent l'un des moyens les plus prometteurs d'accroître la prévalence
et la durée de cette pratique. Cela tient au fait que les personnels de santé sont
prédisposés à encourager les comportements bénéfiques pour la santé, à la
nature et à la fonction mêmes des établissements de soins, et au fait que
la préservation ou l'adoption de pratiques et de procédures appropriées n'exige
guère de ressources supplémentaires, si ce n'est la bonne volonté » (OMS
et UNICEF, 1989, p. 4).
Le succès de l'allaitement maternel après le congé de l'hôpital dépend de
divers facteurs : tétées fréquentes, arrêt de la distribution d'échantillons
gratuits de lait artificiel durant la période périnatale, abandon de l'utilisation
de tétines artificielles et de sucettes, et soutien reçu par la mère à son
retour à la maison (Société canadienne de pédiatrie et al., 1998).
Une priorité pour les infirmières
Il reste encore beaucoup à faire pour la promotion, la protection et le soutien
de l'allaitement maternel dans le réseau québécois de la santé. L'allaitement
maternel est une des priorités des infirmières, sur les plans de la promotion,
de l'intervention, de l'éducation et du soutien. L'OIIQ est convaincu que les
infirmières doivent se servir de leur position privilégiée afin d'influer sur
les politiques des établissements de santé et les attitudes de la communauté en
vue de favoriser l'allaitement maternel.
Les dix conditions pour
le succès de l'allaitement
Tous les établissements qui assurent des prestations de maternité et des
soins aux nouveau-nés devraient :
- Adopter une politique d'allaitement maternel formulée par écrit et systématiquement
portée à la connaissance de tous les personnels soignants.
- Donner à tous les personnels soignants les compétences nécessaires pour
mettre en uvre cette politique.
- Informer toutes les femmes enceintes des avantages de l'allaitement au
sein et de sa pratique.
- Aider les mères à commencer d'allaiter au sein leur enfant dans la demi-heure
suivant la naissance.
- Indiquer aux mères comment allaiter et entretenir la lactation même si
elles se trouvent séparées de leur nourrisson.
- Ne donner aux nouveau-nés ni aliment ni aucune boisson autre que le lait
maternel, sauf indication médicale.
- Laisser l'enfant avec sa mère 24 par jour.
- Encourager l'allaitement au sein à la demande de l'enfant.
- Ne donner aux enfants nourris au sein aucune tétine artificielle ou sucette.
- Encourager la création d'associations de soutien à l'allaitement maternel
et conseiller aux mères de les consulter dès leur sortie de l'hôpital ou
de la clinique.
Source : OMS et UNICEF, 1989
Résumé du Code international
de commercialisation des substituts du lait maternel de l'OMS
- La publicité pour les laits artificiels, sucettes ou biberons auprès du
public est interdite.
- Il est interdit de donner des échantillons gratuits aux mères.
- Il est interdit de faire la promotion de ces produits dans des établissements
de soins de santé, y compris par la distribution gratuite ou par leur vente à prix
modiques.
- Les représentants de compagnies ne peuvent donner des conseils aux mères.
- Il est interdit d'offrir des cadeaux ou des échantillons aux travailleurs
de la santé.
- Aucun texte ni image idéalisant l'alimentation artificielle, y compris
des images de nouveau-nés, ne peut figurer sur l'étiquette des produits.
- L'information dispensée aux travailleurs de la santé doit être scientifique
et documentaire.
- Tous les renseignements sur l'alimentation artificielle, y compris ceux
qui figurent sur l'étiquette, devraient comprendre des informations sur les
bienfaits de l'allaitement et sur les coûts et les dangers associés à l'alimentation
artificielle.
- Des produits inappropriés, comme le lait condensé et sucré, ne devraient
pas être conseillés pour l'alimentation des nouveau-nés.
- Tous les produits devraient être d'excellente qualité et devraient être
conçus en fonction du climat et des conditions de conservation qui prévalent
dans le pays où ils seront utilisés.
Source : Comité canadien pour l'allaitement maternel, 1996
Références
- Comité canadien pour l'allaitement. Déclaration sur
l'allaitement du Comité canadien pour l'allaitement, 1996, 4 p.
- Déclaration
d'Innocenti sur la protection, l'encouragement et le soutien de l'allaitement
maternel. Réunion OMS-UNICEF sur « l'allaitement maternel
dans les années 90 : une initiative mondiale », Florence,
1990.
- Institutcanadien de la santé infantile. Lignes
directrices nationales sur l'allaitement maternel à l'intention des intervenants
et intervenantes en soins de la santé, Ottawa, Institut canadien
de la santé infantile, 1996, 189 p.
- Levitt, C., L. Hanvey, D. Avard, G. Chance et J. Kaczorowski. Enquête
sur les pratiques et les soins de routine dans les hôpitaux canadiens dotés
d'un service d'obstétrique, Ottawa, Santé Canada et Institut canadien
de la santé infantile, 1995, 244 p.
- Ministère de la Santé et des Services sociaux. Priorités
nationales de santé publique 1997-2002, Québec, ministère de la
Santé et des Services sociaux, 1997, 103 p.
- Organisation mondiale de la santé. Code international
de commercialisation des substituts du lait maternel, Genève, Organisation
mondiale de la santé, 1981, 38 p.
- Organisation mondiale de la santé et Fonds des
Nations Unies pour l'enfance. Protection, encouragement et soutien de l'allaitement
maternel : le rôle spécial des services liés à la maternité, Genève,
Organisation mondiale de la santé, 1989, 32 p.
- Société canadienne de pédiatrie, les Diététistes du
Canada et Santé Canada. La
nutrition du nourrisson né à terme et en santé, Ottawa, ministère
des Travaux publics et Services gouvernementaux du Canada, 1998, 55 p.
- UNICEF. Adoptez l'initiative des amis des bébés,
New York, UNICEF House, 1992, 16 p.
[Pour en savoir plus: http://www.geocities.com/HotSprings/Falls/1136/frdoc3.htm ]
|