Éditorial du président
Publié dans Perspective infirmière, numéro de janvier-février 2020

100 ans à veiller sur la santé des Québécois

Luc Mathieu, inf., D.B.A. Président de l’Ordre des infirmière et infirmiers du Québec

|
10 janv. 2020
100 ans à veiller sur la santé des Québécois

L’OIIQ aura 100 ans le 14 février 2020. Je vous invite à saisir l’occasion du même coup pour faire le point sur l’évolution de notre profession, dans la perspective de prendre en main notre destin dès les premières lueurs de 2020.

Notre profession possède une caractéristique unique, en ce qu’elle a été exercée essentiellement par des femmes jusqu’en 1970 – année où elle a accueilli le premier homme. Son profil est resté sensiblement le même aujourd’hui, les hommes ne représentant que 11 % de nos membres. Cette situation aurait-elle un lien avec le fait que notre profession est encore perçue comme à la remorque de la profession médicale?

L’évolution de notre profession serait-elle liée à l’évolution de la condition féminine dans notre société? Prenez un moment pour vous rappeler les termes qui sont habituellement associés aux infirmières : empathiques, bienveillantes, gentilles, serviables, dévouées et j’en passe. Trop rarement, les notions d’expertise et de compétences sont mises de l’avant.

Étonnant, je vous le concède! La profession infirmière repose pourtant sur des assises scientifiques et des données probantes, qui se déclinent en expertise.

Il y a quelque temps, je me suis intéressé à l’histoire de notre profession en prenant le temps de lire un ouvrage fort intéressant sur la genèse de la profession infirmière1. Parcourons brièvement l’histoire de notre profession, appuyée par les propos de ses auteurs.

Entre 1820 et 1920, saviez-vous que « les soins infirmiers sont alors marqués par un caractère de dévouement et de don de soi largement inspirés de la charité chrétienne et dont les femmes seraient désormais garantes »? En 1945, saviez-vous que l’on exigeait des candidates une « bonne éducation, des manières distinguées, un extérieur agréable, un bon caractère, et des moeurs irréprochables »? Remarquez l’absence des mots compétences et expertise. Dans les années 1980, les auteurs soulignent que « le problème est également associé aux valeurs sociales d’une société moderne, bureaucratique et technocratique, où les savoirs féminins et particulièrement ceux qui entourent le soin à apporter aux personnes occupent peu de place dans l’échelle de la valorisation sociale ». Quant aux années 1990, elles se caractérisent ainsi : « Les transformations des institutions de santé et d’éducation depuis les années 1960 n’ont pas réussi à améliorer le statut professionnel des infirmières ni à leur conférer une reconnaissance politique et économique. »

 

« L’évolution de notre profession serait-elle liée à l’évolution de la condition féminine dans notre société? » - Luc Mathieu

 

Ces constats sont très troublants, me direz-vous. Certainement. Et à l’aube de notre deuxième centenaire, ne devrions-nous pas prendre l’engagement collectif d’agir afin d’assurer l’évolution, l’avancement et la reconnaissance de notre profession et des expertises qui la caractérisent?

Pour y arriver, nous devons notamment aller plus loin que la discussion, à savoir quel diplôme doit donner accès au droit d’exercice de la profession. Cesser de tergiverser et d’hésiter, de déchirer la profession sur cette question devenue un incontournable. Agir en vue d’asseoir notre crédibilité et notre influence dans tous les milieux de soins. Et tout cela passe nécessairement par une formation universitaire qui permet de valoriser notre profession et d’en reconnaître l’aspect scientifique. Unissons-nous et travaillons tous ensemble afin de propulser la profession infirmière au-delà d’une profession trop souvent subordonnée à une autre.

De nos jours, il nous faut aussi reconnaître en tant que groupe que nous avons besoin d’infirmières cliniciennes spécialisées qui non seulement viendront offrir le soutien dont notre relève a grandement besoin pour pouvoir exercer en toute confiance, mais aussi contribueront à assurer des soins de qualité à la hauteur des besoins des patients. Nos expertises sont essentielles en vue d’assurer la santé des populations. 

Dans les années à venir, nous devrons prendre des mesures et des décisions qui auront des effets structurants pour le système de santé, les patients et la reconnaissance de la profession infirmière. C’est aussi cela, veiller à la santé des Québécois!

 


Référence

Cohen, Y., Pepin, J., Lamontagne, E. et Duquette, A. (dir.). (2002). «Les sciences infirmières : genèse d’une discipline

Pour aller plus loin