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A 101 ans, Marie Guimond raconte son parcours d'infirmière à travers le monde.

Catherine Crépeau

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01 sept. 2018
A 101 ans, Marie Guimond raconte son parcours d'infirmière à travers le monde.
Crédit photo : Catherine Crépeau

Sans la guerre, Marie Guimond ne serait sans doute jamais devenue infirmière. Entrée dans l’armée pour soigner nos soldats, elle a exercé sur trois continents et œuvré pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Au lendemain de son 101e anniversaire, elle revient sur les points d’orgue de sa carrière.

Le matin du 11 septembre 1939, la jeune Marie Guimond âgée de 22 ans se présente aux portes de la Croix-Rouge. La veille, le Canada est entré en guerre contre l’Allemagne et elle veut participer en soignant nos soldats. « Mon grand-père m’avait raconté le rôle des infirmières dans les hôpitaux de campagne pendant la Première Guerre mondiale et je m’étais dit que si une autre guerre survenait, c’est ce que je ferais. C’est la guerre qui a fait que je suis devenue infirmière », raconte, volubile, cette fille et petite-fille de militaire.

Assise sur le canapé de son appartement de Québec, où elle vit seule, Marie Guimond relate ses souvenirs. « C’est un médecin militaire, un ami de papa, qui m’a fait comprendre qu’après la guerre la formation d’aide-soignante de la Croix-Rouge ne serait pas reconnue. Je me suis donc inscrite à l’École d’infirmières de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus. » Pendant quatre ans, elle partage son temps entre les cours et les soins aux malades sous la supervision serrée des religieuses. « Elles nous ont donné une très bonne formation. Mais surtout, elles disaient une chose que je n’ai jamais oubliée : “ce qui est important, c’est le patient”.»

 

« Les religieuses disaient une chose que je n’ai jamais oubliée : “ce qui est important, c’est le patient”. »

Au service des militaires

Son diplôme en poche, Marie Guimond n’a pas perdu son désir de soigner les blessés de guerre. « Un mois après, j’étais dans l’armée », raconte-t-elle, l’oeil pétillant. Sa première affectation, à l’Hôpital militaire de Québec, est cependant bien loin des champs de bataille. « On allait là où on avait besoin de nous. » C’est lors de la guerre de Corée et de son détachement au Japon puis à Séoul qu’elle se retrouvera en zones de guerre.

L’infirmière en salle d’opération retient l’extraordinaire expérience de collaboration vécue au British Commonwealth Hospital, au Japon. « On travaillait avec des Canadiens, des Anglais et des Australiens. Il fallait connaître et maîtriser les techniques en salle d’opération, mais tout se passait bien, parce que nous avions des façons de travailler similaires. »

Revenue au pays à la fin de la guerre, Marie Guimond assiste à la fermeture des hôpitaux militaires ou à leur transformation en établissements de santé pour vétérans. Elle se retire des Forces armées en 1956.

Des Antilles à l'Afrique

Alors qu’elle travaille à l’Hôpital Jeffery Hale à Québec, sa carrière prend un tournant quand elle reçoit la lettre d’un certain Larry Mellon. Ce milliardaire américain rencontré un an plus tôt lui annonce la fi n de la construction de son hôpital en Haïti et qu’il l’attend. « Quand je suis arrivée, tout le matériel était en vrac dans la salle d’opération. Il fallait tout installer et organiser. Après deux mois, nous étions prêts à opérer. Pendant quatre ans, j’ai formé des infirmiers de salle d’opération et travaillé avec des chirurgiens de partout : des Chinois, des Hongrois, des Anglais... » 

Quand l’aventure prend fin au début des années 1960, Marie Guimond, alors à l’aube de la quarantaine, s’inscrit au baccalauréat en nursing de l’Université McGill. « J’avais l’impression d’être en vacances. J’avais toujours eu des responsabilités au travail et là, je n’avais que les cours », dit-elle en riant. Son horaire est chamboulé quand l’OMS lui offre en 1962 la direction de l’École infirmière de Kinshasa, au Zaïre (devenu depuis la République démocratique du Congo). Elle y reste deux ans et revient au Québec afin de terminer son baccalauréat, puis s’établit ensuite à New York pendant cinq ans où elle occupera des postes d’enseignement et de gestion.

« J’ai beaucoup aimé travailler en salle d’opération, mais, avec les années, je suis devenue allergique à certains produits utilisés pour le nettoyage et la stérilisation des instruments et des équipements. C’est pourquoi j’ai commencé à m’investir davantage dans des postes de gestion et d’enseignement. »

Dans les années 1970, toujours sous l’égide de l’OMS, Marie Guimond passera cinq ans au Centre d’enseignement supérieur aux soins infirmiers de Dakar, au Sénégal. À 60 ans, elle revient au Québec – « soixante ans, c’est l’âge limite pour l’OMS! » – et travaille occasionnellement à l’Hôpital Jeffery Hale, pendant neuf ans. Mais elle se sent déphasée.

« Quand je suis revenue du Sénégal, j’ai senti que la société avait changé. À l’hôpital, la technologie était plus présente. Je ne dis pas que tout était mauvais avec ce changement, mais je ne m’y reconnaissais plus », résume Marie Guimond, qui a pris sa retraite de la profession au milieu des années 1980, au terme d’un parcours professionnel hors du commun.

« Tout au long de ma carrière, j’ai été heureuse de travailler avec des gens de diverses nationalités. Ces rencontres ont rendu mon travail tellement intéressant et enrichissant! »