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À propos de la prématurité : offrir des soins optimaux en première ligne

Par Geneviève Laporte, inf., B. Sc., Andréane Lavallée, inf., Ph. D. (c.) et Marilyn Aita, inf., Ph. D.

À propos de la prématurité : offrir des soins optimaux en première ligne

Grâce à l’évolution des technologies médicales, le taux de survie des nouveaunés prématurés a augmenté de manière significative au cours des dernières décennies.

Grâce à l’évolution des technologies médicales, le taux de survie des nouveaunés prématurés a augmenté de manière significative au cours des dernières décennies. De 1980 à 2005, ce taux est passé de 25 à 50 % chez les prématurés nés après 23 à 26 semaines de gestation (Glass et al., 2015). Un tel progrès nous amène à nous questionner sur la trajectoire de santé des prématurés, une fois obtenu leur congé de l’unité néonatale. Leur développement étant fondamentalement différent de celui des nouveau-nés à terme, il est essentiel que les infirmières soient sensibilisées aux particularités de la prématurité afin de prodiguer les soins appropriés dans un contexte de soins de première ligne.

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1. Les nouveau-nés prématurés sont plus susceptibles de connaître un retard développemental que les nouveau-nés à terme..

 

Réponse : Vrai

Le cerveau des prématurés ne profite pas de la période de croissance rapide qui a cours pendant le troisième trimestre in utero, ce qui occasionne un développement atypique se manifestant dans la petite enfance par des lacunes sur les plans de la communication, des capacités motrices, des capacités cognitives et socio-émotionnelles (Ballantyne, Benzies, McDonald, Magill-Evans et Tough, 2016; Yaari et al., 2018). Les prématurés sont donc particulièrement susceptibles de présenter un retard cognitif (52 %) ou un retard moteur (56 %) (Woythaler, McCormick et Smith, 2011).

 

2. L’âge gestationnel et l’âge corrigé sont des synonymes qui désignent l’âge du nouveau-né s’il était né à la date prévue.

 

Réponse : Faux

L’âge gestationnel et l’âge corrigé font référence à deux concepts différents. L’âge gestationnel identifie le temps écoulé entre la conception et la naissance du nouveau-né (PCCN, 2015). L’âge corrigé, pour sa part, fait référence à l’âge du prématuré s’il était né à terme. Ainsi, un bébé né à 32 semaines de grossesse et aujourd’hui âgé de 20 semaines a un âge corrigé de 12 semaines. Le bébé étant né huit semaines avant la date prévue, on soustrait huit semaines à son âge chronologique (20 semaines -8 semaines = 12). Cette nuance est importante puisque le développement d’un prématuré s’évalue en fonction de son âge corrigé et non de son âge chronologique.

 

3. Les prématurés ne bénéficient pas tous d’un suivi médical spécialisé de leur développement après leur hospitalisation en néonatalogie.

 

Réponse : Vrai

Au Québec, les prématurés ne bénéficient pas tous d’un suivi en clinique spécialisée après leur congé de la néonatalogie, et cela est particulièrement vrai pour ceux qui sont nés à plus de 29 semaines d’âge gestationnel, suivis uniquement en cas de problèmes persistants (HMR, s.d.). Pourtant, l’ensemble des prématurés peuvent demeurer avec des difficultés communes comme une maladie pulmonaire chronique ou des difficultés de croissance et d’alimentation. Ainsi, les infirmières susceptibles d’évaluer d’anciens prématurés après leur congé de l’unité néonatale doivent tenir compte de ces possibles conditions de santé dans les soins qu’elles planifient prodiguer de sorte qu’ils soient appropriés (Goldstein et Malcom, 2019).

 

4. Sur le plan de son développement, le nouveau-né prématuré aura rattrapé ses pairs nés à terme dès l’âge de 24 mois.

 

Réponse : Faux

Bien que le retard de développement soit généralement proportionnel au niveau de prématurité, plusieurs études avancent que les prématurés présenteront certains retards jusqu’à l’âge scolaire comparativement à leurs pairs nés à terme, surtout quant aux apprentissages de la lecture et des mathématiques (Shah, Kaciroti, Richards, Oh et Lumeng, 2016; Yaari et al., 2018). Cependant, l’utilisation du concept de l’âge corrigé est délaissée dès que l’enfant atteint l’âge de deux ans, puisque l’on considère que son développement est à peu près équivalent à celui de ses pairs nés à terme (PCCN, 2015).

 

5. Un bébé né à 36 semaines de gestation est presque à terme et n’a pas besoin de soins spécialisés..

 

Réponse : Faux

Les bébés nés entre 32 et 36 semaines de gestation représentent 80 % des prématurés. Bien qu’ils soient « presque à terme », ils sont exposés aux mêmes risques que les grands prématurés, c’est-à-dire des retards sur les plans cognitif, moteur, langagier et socio-émotionnel, comparativement aux nouveau-nés à terme (Cheong et al., 2017). Ainsi, il importe que tous les prématurés reçoivent des soins spécialisés qui tiennent compte de la prématurité.

 

6. L’attachement parent-enfant peut avoir un effet protecteur sur le développement du nouveau-né prématuré.

 

Réponse : Faux

Une relation parent-enfant positive semble être le facteur externe le plus important pour promouvoir le développement des nouveau-nés prématurés. C’est pourquoi les infirmières exerçant en première ligne devraient encourager et soutenir les interventions favorisant l’attachement, dont le contact peau à peau et l’allaitement, afin d’optimiser son effet protecteur sur le développement du prématuré (Spittle et Treyvaud, 2016).

 


Références

Ballantyne, M., Benzies, K. M., McDonald, S., Magill-Evans, J. et Tough, S. (2016). «Risk of developmental delay: Comparison of late preterm and full term Canadian infants at age 12 months». Early Human Development, 101, 27-32. Repéré à http://dx.doi.org/10.1016/j.earlhumdev.2016.04.004

Cheong, J. L., Doyle, L. W., Burnett, A. C., Lee, K. J., Walsh, J. M., Potter, C. R., ... Spittle, A. J. (2017). «Association between moderate and late preterm birth and neurodevelopment and social-emotional development at age 2 years». JAMA Pediatric, 171(4), e164805. Repéré à http://dx.doi.org/10.1001/jamapediatrics.2016.4805

Glass, H. C., Costarino, A. T., Stayer, S. A., Brett, C. M., Cladis, F. et Davis, P. J. (2015). «Outcomes for extremely premature infants». Anesthesia & Analgesia, 120(6), 1337-1351. Repéré à http://dx.doi.org/10.1213/ANE.0000000000000705

Goldstein, R. F. et Malcolm, W. F. (2019). «Care of the neonatal intensive care unit graduate after discharge». Pediatric Clinics of North America, 66(2), 489-508. Repéré à http://dx.doi.org/10.1016/j.pcl.2018.12.014

Hôpital Maisonneuve-Rosemont. (s.d.) «Guide de référence pour les cliniques de suivi néonatal du Québec».

Plateforme canadienne du cerveau néonatal (PCCN). (2015). «Prématurité, santé et développement». Repéré à http://developpementenfant.ca/wp/notions-de-base/prematurite-et-developpement/

Shah, P., Kaciroti, N., Richards, B., Oh, W. et Lumeng, J. C. (2016). «Developmental outcomes of late preterm infants from infancy to kindergarten». Pediatrics, 138(2), e20153496. Repéré à https://doi.org/10.1542/peds.2015-3496

Spittle, A. et Treyvaud, K. (2016). «The role of early developmental intervention to influence neurobehavioral outcomes of children born preterm». Seminars in Perinatology Journal, 40(8), 542-548. Repéré à http://dx.doi.org/10.1053/j.semperi.2016.09.006

Woythaler, M. A., McCormick, M. C. et Smith, V. C. (2011). «Late preterm infants have worse 24-month neurodevelopmental outcomes than term infants». Pediatrics, 127(3), e622-e629. Repéré à https://doi.org/10.1542/peds.2009-3598

Yaari, M., Mankuta, D., Harel-Gadassi, A., Friedlander, E., Bar-Oz, B., Eventov-Friedman, S., … Yirmiya, N. (2018). «Early developmental trajectories of preterm infants». Research in Developmental Disabilities, 81, 12-23. Repéré à https://doi.org/10.1016/j.ridd.2017.10.018

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