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Mythes et Réalités

À propos de la psychothérapie et des interventions qui s’y apparentent

Saurez-vous discerner le vrai du faux?

Martine Lafleur, inf., M. Sc. inf.

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01 janv. 2019
À propos de la psychothérapie et des interventions qui s’y apparentent

Les professionnels de la santé utilisent une grande variété d’interventions en lien avec leur champ d’exercice, interventions qui peuvent s’apparenter à de la psychothérapie, mais qui n’en sont pas. Depuis l’entrée en vigueur des dispositions législatives relatives à l’encadrement de la psychothérapie en 2012, certains professionnels hésitent à recourir à ces interventions de peur de contrevenir à la loi, alors qu’à l’inverse, d’autres exercent la psychothérapie sans le savoir et sans y être autorisés. Qu’en est- il de vous?

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1. Il n’existe aucune définition légale de la psychothérapie.

 

Réponse : Faux

La psychothérapie est définie à l’article 187.1 du Code des professions de la façon suivante : « La psychothérapie est un traitement psychologique pour un trouble mental, pour des perturbations comportementales ou pour tout autre problème entraînant une souffrance ou une détresse psychologique qui a pour but de favoriser chez le client des changements significatifs dans son fonctionnement cognitif, émotionnel ou comportemental, dans son système interpersonnel, dans sa personnalité ou dans son état de santé. Ce traitement va au-delà d’une aide visant à faire face aux difficultés courantes ou d’un rapport de conseils ou de soutien. »

 

2. Trois éléments permettent d’établir si une intervention constitue ou non de la psychothérapie.

 

Réponse : Vrai

La définition de la psychothérapie est composée de trois grands éléments : La nature : il s’agit d’un traitement psychologique. Son objet : on y recourt pour traiter un trouble mental, des perturbations comportementales ou tout autre problème entraînant une souffrance ou une détresse psychologique. Sa finalité : on cherche à favoriser chez la personne des changements significatifs dans son fonctionnement cognitif, émotionnel ou comportemental, dans son système interpersonnel, dans sa personnalité ou dans son état de santé. La présence des trois éléments constitutifs de la définition, soit la nature, l’objet et la finalité, est requise pour que l’intervention soit de la psychothérapie.

 

3. Il est maintenant interdit d’intervenir sur le plan psychologique auprès d’une personne qui a un problème entraînant une détresse psychologique, dans le but de favoriser un changement dans son état de santé, sans avoir de permis de psychothérapeute.

 

Réponse : Faux

Une intervention psychologique désigne de façon générale un ensemble d’interventions et d’approches, qui comprend la psychothérapie mais aussi l’ensemble des interventions qui s’y apparentent. Les interventions psychologiques qui s’apparentent à de la psychothérapie mais qui n’en sont pas (p. ex., rencontre d’accompagnement, suivi clinique, éducation psychologique) ne sont pas réservées à une profession en particulier. Elles peuvent donc être réalisées par différents professionnels dans le cadre de leur champ d’exercice respectif. Le traitement psychologique, lui, se distingue des autres interventions psychologiques du fait qu’il porte sur ce qui organise et régule le fonctionnement psychologique et mental de la personne (Collège des médecins du Québec et al., 2018). La façon de conceptualiser et d’opérationnaliser ce qui organise et régule le fonctionnement psychologique et mental de la personne dépendra du modèle théorique auquel on se réfère.

 

4. Une infirmière psychothérapeute peut exercer la psychothérapie dans le cadre de son champ d’exercice, mais aussi hors de celui-ci.

 

Réponse : Vrai

Bien que le professionnel (ici, l’infirmière) psychothérapeute exerce la psychothérapie dans la finalité de son champ d’exercice dans la plupart des situations, il n’y est pas limité. La pratique de la psychothérapie n’est liée au champ d’exercice d’aucun professionnel. Il s’agit d’une activité complètement indépendante qui a sa propre finalité. En raison du risque important de préjudice qu’elle comporte, sa pratique nécessite un niveau de connaissances et de compétences qui se doit d’être le même, peu importe le professionnel qui l’exerce. C’est une des raisons qui expliquent pourquoi la majorité des professionnels admissibles à l’exercice de la psychothérapie doivent obtenir un permis supplémentaire pour pouvoir l’exercer. Les psychologues et les médecins (p. ex., les psychiatres) n’ont pas besoin de permis supplémentaire, leur formation respective leur permettant déjà d’exercer la psychothérapie.

 

5. Un professionnel qui n’est pas psychothérapeute et qui ne souhaite pas le devenir doit s’abstenir d’assister à des formations liées à l’exercice de la psychothérapie (p. ex., sur la thérapie cognitivo-comportementale).

 

Réponse : Faux

La majorité des formations sur les différentes approches utilisées en psychothérapie ne s’adressent pas exclusivement aux psychothérapeutes où à ceux qui souhaitent le devenir. Les raisons pour lesquelles un professionnel non habilité à l’exercice de la psychothérapie souhaite participer à ces formations sont multiples. Il peut y assister afin, par exemple, de développer des connaissances qui lui permettront de mieux répondre aux besoins d’une clientèle spécifique. En revanche, il est important de comprendre que ces connaissances n’autorisent pas pour autant l’infirmière à exercer la psychothérapie. Le formateur doit expliquer clairement le but de la formation et veiller à ce que les apprenants comprennent bien ce qu’ils pourront faire de ces nouvelles connaissances. Afin d’éviter de se placer en situation d’exercice illégal, l’apprenant doit, quant à lui, s’assurer de bien comprendre le but de la formation et l’utilisation qu’il pourra faire de ces connaissances.

 

 

Références

Code des professions, RLRQ, c. 26.
Collège des médecins du Québec/Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec/Ordre des ergothérapeutes du Québec/Ordre des infirmières et infirmiers du Québec/Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec/Ordre des psychologues du Québec … Ordre professionnel des sexologues du Québec. (2018). «L’exercice de la psychothérapie et des interventions qui s’y apparentent – Trouver la frontière entre les interventions de différents professionnels et la psychothérapie
Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. (n.d.). Exercice de la psychothérapie.
Règlement sur le permis de psychothérapeute. RLRQ, c. 26 c. C-26, r. 222.1.