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À propos de la toxicité de plantes indigènes

Saurez-vous discerner le vrai du faux?

Monique Dorval, Inf., B. Sc.

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21 janv. 2021
À propos de la toxicité de plantes indigènes

Les intoxications par les plantes représentent environ 2 % de tous les cas répertoriés annuellement au Centre antipoison du Québec (CAPQ, 2020). La majorité des intoxications concerne des enfants de moins de six ans, sont sans conséquences graves et requièrent seulement une observation ou un traitement à domicile.

Toutefois, l’identification erronée d’une plante toxique comme étant comestible ou l’ingestion délibérée sont les principales causes d’intoxication par les plantes nécessitant une consultation en centre hospitalier. Toute personne ayant des symptômes à la suite de la consommation de plantes indigènes doit communiquer avec le Centre antipoison du Québec ou se présenter à l’urgence.

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01. Les principaux effets cliniques de l’intoxication au vérâtre vert (Veratrum viride) sont des vomissements intenses et une bradycardie persistante..

 

Réponse : Vrai

Les principaux effets cliniques sont d’abord des nausées et vomissements intenses suivis de bradycardie et d’hypotension. Les signes de toxicité débutent de 30 minutes à 4 heures après l’ingestion, durent généralement de 24 à 48 heures, mais peuvent persister parfois de 5 à 10 jours. Le traitement consiste à corriger la bradycardie et l’hypotension à l’aide d’atropine, l’administration de solutés et de vasopresseurs. À l’ECG, des modifications telles qu’un bloc de branche ainsi qu’une dépression du segment ST peuvent être observées (Poisindex, 2020). Le coma et les convulsions surviennent dans les cas les plus graves. Grâce à un traitement de support, l’issue de l’intoxication est rarement fatale (Nelson et al., 2020). Chaque année, en avril ou mai, le Centre antipoison du Québec (CAPQ) reçoit au moins un appel (5 en 2020) pour traiter un patient qui croyait avoir cueilli de l’ail des bois (CAPQ, 2020). En effet, au printemps dans certaines régions du Québec, les sous-bois près des ruisseaux sont dominés par les pousses vert clair au feuillage strié du vérâtre vert (Lamoureux, 1981).

 

02. La digoxine est extraite de la digitale laineuse (Digitalis lanata).

 

Réponse : Vrai

La digitale laineuse originaire d’Europe contient une plus grande concentration de cardénolides que la digitale pourpre de nos régions et est la principale source de digoxine pour l’industrie pharmaceutique (Dauncey et Larsson, 2019). Bien que rares, les intoxications digitaliques fatales surviennent à la suite de l’ingestion de décoctions, infusions ou extraits de ces plantes, soit intentionnellement, soit par méprise en la confondant avec la consoude officinale par exemple (Poisindex, 2020). Au fur et à mesure que la concentration de la digitoxine et de la digoxine augmente dans le sang, les manifestations cliniques et électrographiques de la toxicité apparaissent, dont une bradycardie profonde avec bloc de degré variable (Nelson et al., 2019). L’administration de l’anticorps spécifique de la digoxine lie aussi la digitoxine. Les critères d’administration à considérer sont les suivants : bradyarythmie progressive symptomatique; bloc AV du 2e ou 3e degré résistant à l’atropine; tachycardie ou fibrillation ventriculaire; et kaliémie supérieure ou égale à 5 mmol/L lors d’intoxication aiguë (CAPQ, 2017).

 

03. Les gousses et les boutons floraux de l’asclépiade (Asclepias syriaca) sont comestibles et peuvent être mangés crus.

 

Réponse : Faux

L’asclépiade commune pousse dans un sol pauvre et bien drainé tel que des champs en friche. Toutes les parties de la plante contiennent des cardénolides aux propriétés cardiotoxiques semblables aux effets de la digoxine pouvant provoquer des complications cardiovasculaires graves (Nelson et al., 2019). Les personnes ayant des antécédents cardiaques sont particulièrement à risque. Chaque année, le CAPQ répertorie quelques cas d’intoxication reliés à l’ingestion d’asclépiade même si la plante a été rincée, trempée ou bouillie pour tenter d’éliminer ces toxines hydrosolubles (MAPAQ, 2011). En 2019 seulement, 15 cas d’exposition ont été déclarés au CAPQ (CAPQ, 2019). L’administration précoce de charbon activé peut prévenir l’absorption systémique, mais par la suite, la surveillance par moniteur cardiaque et les dosages sériés de la kaliémie et de la digoxinémie sont requis (Nelson et al., 2019) pour indiquer la pertinence d’administrer l’anticorps spécifique de la digoxine (CAPQ, 2017).

 

04. L’ingestion intentionnelle de graines de datura stramoine (Datura stramonium) dans le but d’obtenir des effets hallucinogènes est une pratique connue dans plusieurs pays.

 

Réponse : Faux

Dans de nombreux pays, le datura est consommé à des fins récréatives (Nelson et al., 2019). C’est une plante indigène rare et restreinte à quelques endroits près de Gatineau, Montréal, Trois- Rivières et La Pocatière (Lamoureux, 1981). Depuis plusieurs années, elle est cultivée et orne de ses trompettes blanches les espaces publics. L’atropine et la scopolamine, deux alcaloïdes de la belladone contenus dans le datura, provoquent non seulement des hallucinations visuelles, mais aussi tous les autres effets cliniques reliés au syndrome anticholinergique. La conduite à tenir consiste en un traitement de soutien incluant la sédation avec des benzodiazépines au besoin pour les intoxications légères à modérées (CAPQ, 2020). La physostigmine est parfois recommandée par le CAPQ pour les cas graves (CAPQ, 2017).

 

05. L’arille (la partie charnue du fruit) de l’if est la seule partie toxique de l’arbuste.

 

Réponse : Faux

Toutes les parties de l’if à l’exception des arilles sont toxiques. La taxine B est le principe actif toxique de la plante. Le mécanisme de toxicité induit un blocage de l’entrée du sodium dans la cellule cardiaque et entraîne des arythmies graves. Il n’existe aucun antidote pour traiter cette intoxication. L’ingestion accidentelle de fruits par des enfants constitue la majorité des cas d’intoxication répertoriée au CAPQ (2020).

 

06. La cicutaire maculée (Cicuta maculata) est une des plantes les plus toxiques d’Amérique du Nord.

 

Réponse : Vrai

La cicutaire maculée pousse dans les habitats humides et figure parmi les plantes les plus toxiques d’Amérique du Nord (Lamoureux, 1981; Nelson et al., 2019). La cicutoxine présente dans les différentes espèces de Cicuta à la grandeur des États- Unis (exception faite de Hawaï) et du Canada est un antagoniste de l’acide gamma-aminobutyrique (GABA) et un bloquant des canaux potassiques (Nelson et al., 2019). L’ingestion accidentelle survient lorsqu'il est confondu avec du panais ou de la carotte sauvage, issus comme elle de la famille des apiacées (Dauncey et Larsson, 2019). L’absorption systémique est rapide (Poisindex, 2020). Le délai d’apparition des convulsions varie de cinq minutes à une à deux heures après l’ingestion. D’autres effets cliniques incluent diaphorèse profuse, étourdissements, hypersalivation, tachycardie, hypotension et hypersécrétion bronchique avec détresse respiratoire. Aucun antidote n’existe pour traiter cette intoxication; un traitement de soutien doit être instauré rapidement. À ce jour, aucun cas d’intoxication à la cicutoxine n’a été déclaré au CAPQ soutien. Il se peut toutefois que certains cas n’aient pas été diagnostiqués ou que le CAPQ n’ait pas été consulté.

 


Références

Centre antipoison du Québec (CAPQ). (2017). «Guide canadien des antidotes en toxicologie d’urgence». Québec: CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Centre antipoison du Québec (CAPQ). (2019). «Toxin – Système informatique d’aide au diagnostic des intoxications, version 1.43» [Logiciel]. Québec: CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Centre antipoison du Québec (CAPQ). (2020). «Système Intégré de Gestion de la Consultation Téléphonique (SIGCT), module ToxiQc» [Logiciel]. Québec: CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Dauncey, E. et Larsson, S. (2019). «Les plantes qui tuent», 224 p. Paris: Ulmer.

Lamoureux, G. (1981). «Plantes sauvages comestibles», 168 p. Fleurbec.

Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). (2011). «Cas d’intoxication à l’asclépiade» [Communiqué de presse]. Québec.

Nelson, L. S., Howland, M. A., Lewin, N. A., Smith, S. W., Goldfrak, L. R. et Hoffman, R. S. (2019). «Goldfrank’s toxicologic emergencies» (11e éd.). McGraw-Hill Education.

POISINDEX® System [Base de données sur internet]. Greenwood Village, CO: Thomson Healthcare.

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