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Mythes et Réalités

À propos des hémorragies digestives hautes

Saurez-vous discerner le vrai du faux?

Dalila Benhaberou-Brun, B. Sc. inf., B. Sc., M. Sc.

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18 mai 2018
À propos des hémorragies digestives hautes

Les hémorragies digestives hautes − saignements de l’œsophage, de l’estomac ou du duodénum − représentent toujours un risque élevé de mortalité et de morbidité. Les infirmières prenant en charge des patients qui en sont atteints à l’urgence, puis dans les unités de soins intensifs doivent en connaître les principaux signes et symptômes, les causes, les traitements ainsi que les suivis et soins nécessaires. Les hémorragies digestives hautes causées par la rupture des varices œsophagiennes ne sont pas traitées dans cet article. 

Saurez-vous discerner le vrai du faux?

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1. Les hémorragies digestives hautes sont provoquées uniquement par une consommation abusive de médicaments.

 

Réponse : Faux

La principale cause des hémorragies digestives hautes est l’ulcère peptique. La majorité des patients concernés ont des saignements dus à l’érosion d’une artère à la base d’un ulcère duodénal ou gastrique (Lam, Wong et Lau, 2015). Cet ulcère est couramment associé à une infection par H. pylori, une bactérie exerçant un effet délétère sur la muqueuse duodénale ou gastrique. D’autres causes regroupent des ulcérations ou déchirures des muqueuses (syndrome de Mallory-Weiss ou ulcère de Dieulafoy), une gastrite aiguë ou les effets indésirables de la consommation de médicaments anti-inflammatoires (anti-inflammatoires non stéroïdiens ou aspirine), d’anticoagulants et d’agents antiplaquettaires (Tielleman, Bujanda et Cryer, 2015; Samuel, Bilal, Tayyem et Guturu, 2018).

 

2. Les patients chez qui on soupçonne une hémorragie digestive haute doivent subir une endoscopie dans les 24 heures suivant leur arrivée à l’urgence.

 

Réponse : Vrai

Pratiquer une endoscopie dans les 24 heures suivant l’arrivée du patient à l’urgence est essentiel. Cela permet non seulement d’établir un diagnostic rapide de l’hémorragie, mais aussi d’administrer au patient un traitement efficace avec les meilleures chances de résultats sur le plan clinique et une hospitalisation plus courte (Garg et al, 2017; Kim, Yoon et Youn, 2014). Le traitement médicamenteux est adapté aux résultats de l’endoscopie.

 

3. Les patients souffrant d’hémorragie digestive haute sont systématiquement transfusés.

 

Réponse : Faux

Des critères d’évaluation déterminent les facteurs de risque cliniques et hémorragiques (signes vitaux, comorbidités, stigmates d’hémorragie récente). Le score de Glasgow-Blatchford compile les facteurs de risque à l’admission, notamment : l’urémie, le taux d’hémoglobine, la pression artérielle systolique, une fréquence cardiaque supérieure à 100 battements par minute, la présence d’une syncope ou de méléna. La décision de transfuser ou non est prise en fonction de ces critères. Selon les plus récentes recommandations internationales, le seuil pour une transfusion est fixé à un taux d’hémoglobine inférieur à 70g/L (Barkun et al., 2010).

 

4. Le traitement s’administre uniquement par voie intraveineuse.

 

Réponse : Faux

Près de 80 % des hémorragies digestives hautes cessent de façon spontanée. Dans le cas contraire, le gastro-entérologue arrête le saignement par voie endoscopique, notamment par une injection d’épinéphrine, la pose de clips, la thermocoagulation (coagulation obtenue grâce à la chaleur produite par un courant électrique) ou une combinaison de ces moyens. Ensuite, les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) constituent le traitement de choix pour prévenir la récurrence hémorragique et diminuer le risque de mortalité (Worden et Hanna, 2017). Les plus récentes recommandations internationales préconisent d’administrer un bolus d’IPP suivi d’une perfusion continue pendant 72 heures chez les patients à haut risque hémorragique. Puis des IPP par voie orale leur sont prescrits. Chez les patients présentant un risque hémorragique faible, des comprimés d’IPP sont donnés en première intention.

 

5. Il est recommandé de répéter le dépistage de l’infection par H. pylori.

 

Réponse : Vrai

Plusieurs tests permettent de détecter la bactérie H. pylori, notamment par une analyse sérologique, un test d’urée, un test de selles ou une biopsie pratiquée pendant l’endoscopie (Redéen et al., 2011). Cependant, le meilleur moment pour procéder à ce dépistage n’est pas clairement défini en raison des nombreux faux négatifs (Al-Dhahab et al., 2013). Il est donc recommandé de répéter ultérieurement le test pour confirmer le diagnostic (Trawich et Yachimski, 2013).

 


Références

Al Dhahab, H., McNabb-Baltar, J., Al-Taweel, T. et Barkun, A. (2013). State-of-the-art management of acute bleeding peptic ulcer disease », Saudi Journal of Gastroenterology, 19(5), 195-204.
Barkun, A. N., Bardou, M., Kuipers, E. J., Sung, J., Hunt, R. H., Martel, M., Sinclair, P., International Consensus Upper Gastrointestinal Bleeding Conference Group (2010). International consensus recommendations on the management of patients with nonvariceal upper gastrointestinal bleeding, Annals of Internal Medicine, 152(2), 101-113.
Garg, S. K., Anugwom, C., Campbell, J., Wadhwa, V., Gupta, N., Lopez, R., Shergill, S. (2017). Early esophagogastroduodenoscopy is associated with better outcomes in upper gastrointestinal bleeding: A nationwide study. Endoscopy International Open, 5(5), E376-E386.
Kim, K. B., Yoon, S. M. et Youn, S. J. (2014). Endoscopy for nonvariceal upper gastrointestinal bleeding, Clinical Endoscopy, 47(4), 315-319.
Lam, K. L., Wong, J. C. et Lau, J. Y. (2015). Pharmacological treatment in upper gastrointestinal bleeding, Current Treatment Options in Gastroenterology, 13(4), 369-376.
Redéen, S., Petersson, F., Törnkrantz, E., Levander, H., Mårdh, E. et Borch, K. (2011). Reliability of diagnostic tests for Helicobacter pylori infection. Gastroenterology Research and Practice, 2011, 940650.
Samuel, R., Bilal, M., Tayyem, O. et Guturu, P. (2018, 7 mars). Evaluation and management of gastrointestinal bleeding. Disease-a-Month.
Tielleman, T., Bujanda, D. et Cryer, B. (2015). Epidemiology and risk factors for upper gastrointestinal bleeding. Gastrointestinal Endoscopy Clinics of North America, 25(3), 415-428.
Trawick, E. P. et Yachimski, P. S. (2012). Management of non-variceal upper gastrointestinal tract hemorrhage: Controversies and areas of uncertainty. World Journal of Gastroenterology, 18(11), 1159-1165.
Worden, J. C. et Hanna, K. S. (2017). Optimizing proton pump inhibitor therapy for treatment of nonvariceal upper gastrointestinal bleeding. American Journal of Health-System Pharmacology, 74(3), 109-116.

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