Pratique professionnelle

 

Espace de ressources pour l'infirmière et l'infirmier

 

Éditorial de la présidence
Publié dans Perspective infirmière, numéro de novembre-décembre 2018

Au revoir!

Lucie Tremblay, inf., M. Sc., Adm. A., CHE, présidente de l'OIIQ

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31 oct. 2018
Au revoir!

Au fil des six dernières années, mes fonctions de présidente de l’OIIQ m’ont permis d’acquérir une bonne compréhension du système professionnel, notamment parce que je l’ai vécu de l’intérieur. J’ai eu le privilège, disons-le, de côtoyer des professionnels de haut niveau, dont le travail au quotidien est empreint d’une très grande rigueur dite essentielle dans la conduite des affaires d’un ordre professionnel.

Deux avancées majeures

C’est grâce à l’accompagnement de cette équipe que nous avons connu des avancées importantes pour notre profession et que, conséquemment, il en découle un meilleur accès aux soins pour la population.

La collaboration interprofessionnelle

Rappelons ce moment fort de 2015 où les ordres professionnels se sont concertés afin de donner le ton et de faire place à davantage de collaboration interprofessionnelle, plutôt qu’à une approche en silo. L’OIIQ a joué un rôle de catalyseur dans ce dossier d’une importance capitale pour les patients. Ce 1er juin 2015, nous avons réussi un tour de force : 28 ordres professionnels de la santé et des services sociaux se sont unis pour promouvoir une approche interprofessionnelle dans la prestation de soins et de services.

Ces 28 ordres s’engageaient à agir concrètement en vue de favoriser une pratique collaborative, reconnue comme un gage d’une plus grande qualité de soins pour les patients. Des actions ont effectivement été accomplies, lesquelles ont donné lieu à des événements marquants : prises ou énoncés de position visant à mettre en oeuvre une offre de soins adaptée aux besoins des personnes âgées, présentation des travaux au ministre de la Santé et des Services sociaux (2016), organisation d’un Symposium sur la collaboration professionnelle (2017) et réalisation d’un microsite sur la collaboration (2017), pour ne nommer que ceux-là. Je suis fière du travail accompli sur cette question qui, jadis, sortait des sentiers battus, mais fait aujourd’hui consensus quant à sa portée créatrice de valeur dans plusieurs milieux cliniques.

Le droit de prescrire

Le 11 janvier 2016, à la suite de plusieurs rencontres et négociations, entrait en vigueur le Règlement sur certaines activités professionnelles qui peuvent être exercées par une infirmière et un infirmier, accordant aux membres de l’OIIQ le droit de prescrire dans certaines situations cliniques. Nous avions qualifié cette date de moment historique pour la profession. Ce jour marquait en effet le pas vers une plus grande autonomie professionnelle. Aujourd’hui, plus de 7 100 infirmières et infirmiers inscrits au Tableau de l’OIIQ possèdent ce droit de prescrire. Malgré les doutes de certains, nous avons réussi. Plus de 90 % de la cible des établissements de santé est atteinte. Je tiens à remercier non seulement l’équipe de l’OIIQ, mais également toutes les ressources qui ont déployé des efforts en ce sens dans les établissements de santé. Sans le soutien des directions de soins infirmiers, ce succès n’aurait pas été possible.

Des avancées aussi pour les IPS

En mars dernier, de nouveaux règlements permettant notamment la création de nouvelles classes de spécialité IPS sont entrés en vigueur. En outre, plusieurs contraintes à l’autonomie des IPS ont été aplanies, dont le retrait de listes restrictives de médicaments ou de traitements qu’ils peuvent prescrire. Ce dossier en est un de longue haleine. Des travaux se poursuivent toujours avec le Collège des médecins du Québec au sein du comité d’évolution de la pratique.

La profession dont je rêve

Du chemin, nous en avons parcouru, il faut bien se l’avouer. Cependant, nous avons encore une longue route à explorer afin que les infirmières et les infirmiers aient la capacité d’occuper pleinement leur champ d’exercice dans les milieux cliniques, et je rêve de ce jour.

C’est par ailleurs l’objectif que nous poursuivions avec la tenue du Forum sur la pratique infirmière le 24 septembre dernier, où nous avons réuni tous les intervenants ayant le pouvoir concret d’agir dans leurs organisations respectives pour modifier le cours des événements dans les milieux cliniques et de l’enseignement. L’OIIQ se devait de partager ce constat issu de recherches, de nos inspections professionnelles et de l’intervention de gestionnaires ainsi que d’infirmières et d’infirmiers sur le terrain.

« Nous avons encore une longue route à explorer afin que les infirmières
et les infirmiers aient la capacité d’occuper pleinement leur champ
d’exercice dans les milieux cliniques. »

Bien qu’ils travaillent avec une grande intensité, ces derniers n’occupent pas la moitié de leur champ d’exercice. Plusieurs facteurs influencent cet état de fait : organisation du travail parfois contraignante, compréhension restrictive du rôle contemporain de la profession et méconnaissance de toute la richesse et de la profondeur du champ d’exercice. Nous portons tous une responsabilité à cet égard et devons agir conséquemment dans chacune de nos sphères.

Je vous invite à suivre l’évolution de ce dossier critique pour l’avenir de notre profession. Le Comité d’experts ministériel en soins infirmiers (CEMSI) a accepté le mandat d’assurer le déploiement de conditions favorables à la pleine occupation du champ d’exercice. Avec beaucoup d’humilité, je crois que nous avons fait le tracé permettant aux joueurs clés de la profession de prendre les décisions qui feront que les infirmières et les infirmiers pourront mieux soigner en utilisant pleinement les compétences qui sont les assises des soins infirmiers : évaluation de la condition physique et mentale des patients, surveillance clinique et suivi infirmier.

Je clos ce dernier éditorial par un proverbe africain si cher à mes yeux : seul on va plus vite, ensemble on va plus loin.

À nous d’agir collectivement!