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Pharmacovigilance

Cancer de l'oropharynx : plus de cas attribuables au VPH qu’au tabac

Par Lyse Savard

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01 mars 2018
Cancer de l'oropharynx : plus de cas attribuables au VPH qu’au tabac

Une étude canadienne publiée dans le Canadian Medical Association Journal (CMAJ) affirme que la majorité des cancers de l’oropharynx sont liés au virus du papillome humain (VPH) (Steven Habbous et al., 2017). Signe des temps, cette conclusion relègue le tabagisme et la consommation abusive d’alcool aux deuxième et troisième rangs des principaux facteurs de risque de ce cancer.

Au cours des deux dernières décennies, l’incidence des cancers de la bouche et de la gorge a beaucoup augmenté au Canada. Des chercheurs ont voulu évaluer dans quelle proportion ces cancers étaient attribuables au VPH. Ils ont étudié les cas de 3 643 patients âgés de plus de 18 ans (dont 85 % étaient des hommes) ayant reçu un diagnostic de cancer de l’oropharynx entre 2000 et 2012. En recherchant entre autres l’expression de la protéine p16 (biomarqueur d’une infection au VPH à haut risque de cancer) par immunohistochimie, ils ont démontré que cette proportion est passée de 47,3 % en 2000 à 73,7 % en 2012.

L’infection virale serait responsable de 75 % des cancers de la bouche et de la gorge.

Les données cliniques et sociodémographiques de ces patients provenaient de centres canadiens spécialisés en cancérologie : le Princess Margaret Cancer Centre (Toronto), le British Columbia Cancer Agency qui rassemble six centres, le Tom Baker Cancer Centre (Calgary), le Cross Cancer Institute (Edmonton) et le Nova Scotia Cancer Centre.

Il existe plus d’une centaine de souches du VPH. Une quarantaine d’entre elles sont transmissibles lors de relations sexuelles. Près de 75 % des hommes et des femmes actifs sexuellement sont infectés par le VPH au moins une fois dans leur vie. L’infection peut causer des lésions bénignes ou cancéreuses mais dans la plupart des cas, elle est asymptomatique et disparaît après quelques années.

Selon la Société canadienne du cancer, les cancers de l’oropharynx positifs au VPH affectent surtout des hommes non-fumeurs âgés de 30 à 50 ans. Ceux qui sont négatifs au VPH se manifestent plus souvent chez des personnes fumeuses âgées de 50 à 70 ans (Société canadienne du cancer). « La plupart des cancers oropharyngés liés au VPH sont causés par des pratiques sexuelles buccogénitales », précise la Dre Shao Hui Huang, co-auteure de l’étude.

En fait, le risque de développer un cancer lié au VPH sera de faible à élevé selon le type de VPH. Par exemple, les VPH de types 6 et 11 sont à faible risque. Ils sont responsables de 90 % des verrues génitales. Les VPH 16 et 18 sont les types à risque élevé les plus répandus. Ils sont responsables de 70 % des cancers du col de l’utérus et de la plupart des cancers de la gorge et de la bouche. Le VPH est également lié aux cancers de l’anus, du vagin, de la vulve et du pénis.

Impact de cette étude

En démontrant l’augmentation du nombre de cancers oropharyngés dus au papillomavirus humain, les chercheurs souhaitent contribuer à normaliser la détection du VPH pour mieux traiter la maladie. Dans certains centres canadiens, toutes les tumeurs au pharynx sont systématiquement analysées pour savoir si elles sont liées au VPH. Cette pratique diffère toutefois d’un établissement à l’autre au pays.

Les chercheurs croient que le cancer oropharyngé VPH-positif devrait être considéré comme une forme distincte de cancer de la tête et du cou. Ils font valoir que les patients atteints de cette forme de cancer ont un meilleur pronostic que ceux atteints d’un cancer oropharyngé VPH-négatif. Et puisque la forme VPH-positif répond mieux au traitement, ils suggèrent la possibilité d’utiliser une thérapie moins puissante pour la traiter. Ainsi, pour le patient, cela signifierait moins d’effets indésirables sans toutefois nuire aux résultats attendus.

Dans leur conclusion, les auteurs émettent le souhait que l’incidence des cancers oropharyngés liés au VPH soit évaluée avec plus de précision au Canada, afin que les futures politiques de santé publique en tiennent compte. Ils anticipent aussi que la vaccination contre le VPH administrée notamment aux filles et aux garçons avant leur première relation sexuelle contribuera à réduire l’incidence de cette forme de cancer dans les prochaines années.
 


Références

Habbous, S., Chu, K. P., Lau, H., Schorr, M., Belayneh, M., Ha, M. N., . . . Liu, G. (2017). Human papillomavirus in oropharyngeal cancer in Canada: Analysis of 5 comprehensive cancer centres using multiple imputation. Canadian Medical Association Journal, 189(32), E1030-E1040.

Société canadienne du cancer (s.d.). Cancer de l’oropharynx.

 

 

 

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