Pratique professionnelle

 

Espace de ressources pour l'infirmière et l'infirmier

 

Chronique déontologique

C’est à l’infirmière d’établir les limites de la relation professionnelle

Joanne Létourneau, syndique
Myriam Brisson, directrice adjointe – déontologie et syndique adjointe
Éric Roy, syndic adjoint

|
22 juil. 2020
C’est à l’infirmière d’établir les limites de la relation professionnelle

Dans le cadre de l'exercice de sa profession, l'infirmière doit établir une relation professionnelle avec les clients.

Cette relation englobe et s'étend au-delà de la relation thérapeutique. En effet, la relation thérapeutique prend fin au moment où le client reçoit son congé, alors que la relation professionnelle, quant à elle, peut se poursuivre pendant une plus longue période.[1] Pour déterminer la durée de la relation professionnelle, l’infirmière ou l’infirmier doit tenir compte, notamment, de la vulnérabilité du client, de son problème de santé, de la durée de l’épisode de soin et de la probabilité d’avoir à redonner des soins à ce client.[2]

La relation professionnelle se caractérise par trois éléments fondamentaux :

  • La confiance : une personne qui consulte une infirmière pour un problème de santé vit souvent de l’insécurité. Vulnérable, elle aura tendance à lui accorder d’emblée sa confiance, car elle la considère comme une professionnelle ayant les compétences pour répondre à ses besoins de santé.
  • Le pouvoir : bien que l'infirmière soit sans contredit une alliée du client, il y a dans leur relation un déséquilibre entre le pouvoir de l'un et celui de l'autre. En effet, l'infirmière possède notamment l'expertise et elle a accès à des renseignements privilégiés au sujet de son client.
  • L'intimité : la nature même de la pratique infirmière nécessite souvent que l'infirmière ait accès à l'intimité du client lorsqu'elle lui prodigue des soins, et ce, tant sur les plans physique et émotionnel que psychologique.

Compte tenu de ces caractéristiques, il est donc de la responsabilité de l’infirmière d’établir les limites de la relation professionnelle.

Plusieurs articles du Code de déontologie[3] font référence aux devoirs et obligations liés au respect des limites de la relation professionnelle. Le diagramme suivant illustre un continuum des comportements professionnels et peut aider les infirmières à mieux cerner leurs obligations déontologiques à cet égard.

 

Continuum des comportements professionnels[4]  

La zone centrale (soins centrés sur le client)

La zone centrale, de couleur verte, est la zone cible. Ici, les infirmières prodiguent des soins et traitements de qualité et sécuritaires. Ils sont centrés sur le client, et l'infirmière agit dans le seul intérêt de ce dernier. À l'intérieur de cette zone, les comportements de l'infirmière respectent les limites de la relation professionnelle.

Pour ce faire, l'infirmière doit notamment :

  • Prendre les moyens nécessaires pour assurer le respect de la dignité, de la liberté et de l’intégrité du client ;
  • Subordonner son intérêt personnel à celui du client ;
  • Agir avec respect envers le client et sa famille ;
  • Respecter, dans les limites de ce qui est généralement admis, les valeurs et les convictions personnelles du client ;
  • Établir et maintenir une relation de confiance avec le client.

La zone de gauche (Sous-engagement)

Lorsque les comportements de l'infirmière tendent vers la gauche du continuum, ils peuvent dénoter, à divers degrés, un déficit d'engagement de sa part dans sa relation avec le client. L'infirmière pourrait, entre autres, être perçue comme distante, froide, nonchalante, désinvolte, voire désintéressée.

Voici quelques exemples de tels comportements :

  • Manquer de respect envers un client en discutant de sa fin de semaine avec un autre intervenant lors d'un soin;
  • Manifester de l'indifférence en ne répondant pas aux questions du client;
  • Exécuter un soin ou traitement tout en ignorant les peurs et les craintes exprimées par le client.

Les comportements à l'extrémité de la zone de gauche peuvent conduire à la négligence dans les soins et traitements, par exemple :

  • Fermer le système des cloches d'appel d'un ou de plusieurs clients;
  • Tarder indûment à soulager la douleur d'un client;
  • Ne pas intervenir promptement auprès d'un client après avoir été informé que son état de santé se détériore.

La zone de droite (Surengagement)

Lorsque les comportements de l'infirmière tendent vers la droite du continuum, ils peuvent constituer, à divers degrés, un excès d’engagement de sa part dans sa relation avec le client.

Dans cette zone, l'infirmière peut même avoir l'impression d'agir dans l'intérêt de son client alors qu'en réalité, elle dépasse les limites de la relation professionnelle.

Voici quelques exemples de tels comportements :

  • Demander de changer son assignation, croyant pouvoir prodiguer des soins plus personnalisés à un client;
  • Conduire un membre de la famille d'un client à un rendez-vous pour rendre service à ce dernier;
  • Faire des confidences à un client au sujet de ses difficultés personnelles.

Les comportements à l'extrémité de la zone de droite sont ceux où l'infirmière privilégie ses intérêts à ceux du client ou encore développe une relation autre que professionnelle avec ce dernier. Ils peuvent se traduire notamment par le fait :

  • D'accepter des cadeaux d'un client ou de solliciter de tels cadeaux;
  • D'intervenir dans les affaires personnelles de son client sur des sujets qui ne relèvent pas de sa compétence professionnelle;
  • D'avoir une relation amicale, intime, amoureuse ou sexuelle avec un client.

Conclusion

Dans ses relations avec les clients, l'infirmière est soucieuse de prodiguer des soins et traitements de qualité et sécuritaires, centrés sur leurs besoins de santé spécifiques. Ses comportements se situent alors dans la zone centrale du continuum. Par ailleurs, il existe des zones grises entre la zone centrale et celles des extrémités. L'infirmière doit alors faire preuve de jugement professionnel afin de déterminer et respecter les limites de sa relation professionnelle.
 

Quand l'infirmière craint de ne pas respecter les limites de sa relation professionnelle, ou lorsqu'elle est questionnée en ce sens, elle doit réagir rapidement. Elle pourrait ainsi en discuter avec une consœur ou avec un supérieur en vue de trouver une solution qui lui évitera de faire basculer la relation à l'extérieur de la zone cible, c'est-à-dire en dehors des limites de la relation professionnelle.

 

Version remaniée et mise à jour de la chronique (août 2019) : La relation professionnelle : Ce qui fait la différence !, publiée par Sylvie Truchon en collaboration avec Myriam Brisson et Eric Roy, le 29 avril 2013.

 

 


[1] Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). Guide d'auto-apprentissage – Les aspects déontologiques, juridiques et éthiques de la pratique infirmière au Québec, Westmount (QC), 2008, p. 46.

[2] Code de déontologie des infirmières et infirmiers, c. I-8, r. 9, article 38.

[3] Code de déontologie des infirmières et infirmiers, c. I-8, r. 9, notamment les articles 3.1, 20, 28, 29, 30, 38, 39, 40 et 44.

[4] National Council of State Boards of Nursing, 2009. Traduction libre et adaptation OIIQ

 

Références

Code de déontologie des infirmières et infirmiers, c. I-8, r. 4.1.

Australian Nursing & Midwifery Council (ANMC) et Nursing Council of New Zealand (NCNZ). A Nurse's Guide to Professional Boundaries, ANMC, Dickson, Australie, 2010, 16 p.

National Council of State Boards of Nursing (NCSBN). A Nurse's Guide to Professional Boundaries, NCSBN, Chicago, États-Unis, 2018, 12 p.

Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). Guide d'auto-apprentissage – Les aspects déontologiques, juridiques et éthiques de la pratique infirmière au Québec, Westmount (QC), 2008, 151 p.

Remshardt, Mary Ann. « Do you know your professional boundaries? », Nursing Made Incredibly Easy, vol. 10, n°1, janvier/février 2012, p. 5-6.