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Perspective infirmière | Hiver 2022

Comment améliorer la lisibilité de vos documents d’enseignement?

Julie Desrochers, M.D., Hélène Veillette, M.D., FRCPC, Aurélie Sylvain, M.D., et Isabelle Auger, M.D., FRCPC

Comment améliorer la lisibilité de vos documents d’enseignement?

À la suite d’une étude en 2018, l’équipe de dermatologie du CHU de Québec a modifié ses documents pour les rendre plus accessibles à plus de patients.

Les outils d’enseignement écrits sont utiles sous plusieurs aspects. Ils permettent entre autres de réitérer et de compléter les explications verbales du clinicien, dont le temps est souvent limite (Rhee et al., 2013).

La lisibilité se définit par la facilité de compréhension d’un texte et est liée au niveau de littéracie d’un patient. Elle se calcule à l’aide de différentes formules basées notamment sur la longueur des mots et des phrases (Rhee et al., 2013). Le score généré correspond au niveau scolaire nécessaire pour bien comprendre le texte. Les instituts nationaux de la santé (National Institutes of Health [NIH]) recommandent que les documents d’enseignement remis aux patients aient un niveau de lisibilité correspondant a ce qu’un étudiant de sixième année peut lire et comprendre (Doak et Root, 1996).

Il faut retenir que l’anxiété due a la maladie et au traitement, ainsi que le manque de connaissances du milieu de la sante, abaissent le niveau de scolarité d’un patient d’au moins quatre années. Conséquemment, sa capacite de lire et de comprendre un texte est grandement diminuée (Labrosse et Buteau, 2016).

Qu’en est-il du niveau de lisibilité des outils d’enseignement remis aux patients? De nombreuses études dans plusieurs domaines médicaux révèlent qu’ils sont trop souvent rédigés à un niveau de lisibilité qui dépasse largement la recommandation des NIH (John et al., 2016).

Une étude de 2018 publiée dans Perspective infirmière en 2020, menée dans le Département de dermatologie du CHU de Québec, a mesuré la lisibilité de onze outils d’enseignement distribués aux patients. Il a été conclu qu’aucun de ces documents n’atteignait la recommandation des NIH (Sylvain, Tanguay et Auger, 2020). Ces résultats ont incité les dermatologues du CHU de Québec à améliorer la lisibilité de leurs documents afin de maximiser la capacité de compréhension et de rétention de leurs patients.

Méthode

L’étude a comparé les niveaux de lisibilité des versions revues et améliorées des onze documents d’éducation analysés en 2018. Les scores de lisibilité ont été mesurés à l’aide de deux outils, soit le test de lisibilité de Gunning et le test de lisibilité de Flesch-Kincaid (Kincaid et al., 1975).

Lors de l’étude de 2018, le score moyen de lisibilité des onze documents était de 10,4 [0,9] (moyenne [écart-type]), ce qui équivaut au niveau de scolarité d’un élève de quatrième année du secondaire.

Lisibilité améliorée

Ces documents ont donc été modifiés en vue d’améliorer leur lisibilité. Leur structure a été maintenue et aucun élément d’information clé n’a été sacrifié. Les phrases ont été reformulées et raccourcies, des mots plus courts et plus simples ont été choisis et les mots médicaux et complexes ont été réduits. Enfin, des listes et des tableaux ont été insérés.

Au moyen des mêmes tests de lisibilité, à savoir de Gunning et de Flesch-Kincaid, les versions modifiées des onze documents ont été soumises au même calculateur en ligne pour obtenir leurs scores de lisibilité. Les résultats « pré » et « post » ont ensuite été comparés et des statistiques descriptives ont servi à l’analyse.

Résultats

Les versions modifiées des onze documents d’enseignement ont obtenu un meilleur score de lisibilité que celui de leur version originale. En effet, elles requièrent un niveau de scolarité moins élevé pour être comprises. La moyenne combinée des tests de Gunning et de Flesch-Kincaid est de 7,4 [0,9], comparativement à 10,4 [0,9] en 2018, ce qui représente une baisse moyenne de 3,0 points [1,1].

Malgré cette nette amélioration, un seul des onze documents obtient une note inférieure à 6, soit le niveau de lisibilité recommandé par les NIH. Les scores de lisibilité « pré » et « post » de chaque document sont comparés dans la Figure 1. La ligne pointillée indique le niveau recommandé par les NIH.

Discussion

Cette étude démontre qu’il est facile d’améliorer le niveau de lisibilité des documents d’enseignement existants en effectuant des modifications simples, ciblées et rapides. Le score de lisibilité moyen des versions révisées est maintenant de 7,4 [0,9] points, ce qui équivaut à ce qu’un élève de première année du secondaire est en mesure de lire et de comprendre.

Bien que ce score représente une réduction moyenne de 3,0 [1,1] points comparativement aux résultats de 2018, il est néanmoins supérieur à la recommandation des NIH.

Comment améliorer?

Une fois que les professionnels sont sensibilisés au concept de lisibilité, il est assez facile pour eux de créer ou de réviser des outils d’enseignement afin qu’ils soient mieux compris par un plus grand nombre de patients. Bien qu’il soit difficile d’atteindre la recommandation des NIH, l’objectif des professionnels devrait être d’abaisser le niveau de scolarité nécessaire à la compréhension des documents d’enseignement tout en maintenant un contenu informatif et significatif.

La lisibilité d’un document dépend de plusieurs facteurs : la complexité des mots, le nombre de syllabes et la longueur des phrases. Plusieurs techniques permettent d’améliorer la lisibilité, par exemple l’utilisation de mots plus simples et plus courts, idéalement de moins de trois syllabes.

Il faut choisir les mots les plus susceptibles d’être compris par la population générale et éviter les termes techniques et médicaux complexes. S’ils sont inévitables, ils devront être clairement expliqués et repris tout au long du texte, sans recours aux synonymes.

Les phrases doivent être aussi courtes que possible. Il faut tenter d’appliquer la règle d’une idée par phrase. L’utilisation de puces peut aussi diminuer la complexité d’un texte en structurant l’information et en la présentant par étapes au patient (Kasabwala et al., 2013).

Il faut aussi retenir que la formulation du premier paragraphe d’un document définit l’engagement du patient. En effet, le niveau de compréhension du premier paragraphe détermine habituellement si le lecteur poursuivra ou non sa lecture (Smith, 2015).

Limites

Les tests utilisés pour établir les indices de lisibilité, comme ceux de Gunning ou de Flesch-Kincaid, ont certaines limites. Ainsi, un mot court est automatiquement calculé « plus facile à comprendre », alors que ce n’est pas toujours le cas. De plus, le domaine médical implique une panoplie de mots complexes souvent inévitables.

Finalement, les outils de lisibilité ne tiennent pas compte des images et des tableaux insérés dans les documents, bien qu’ils puissent améliorer considérablement la compréhension d’un patient (Kasabwala et al., 2013).

En conclusion

Selon une revue systématique publiée par Cochrane, des explications verbales combinées à des explications écrites améliorent de façon significative les connaissances et la satisfaction des patients, comparativement à ceux qui ne reçoivent que des explications verbales (Johnson, Sanford et Tyndall, 2003).

De plus, il est démontré que les documents d’enseignement rédigés à un niveau de lisibilité adéquat améliorent la satisfaction des patients (Bui et al., 2018). Au moyen des techniques décrites dans cet article pour améliorer la lisibilité des documents, notre enseignement bénéficiera à une plus grande proportion de patients et leur permettra de s’impliquer davantage dans la prise de décision quant à leurs soins de santé (Walsh et Volsko, 2008).


Références

Bui, T.-L., Silva-Hirschberg, C., Torres, J. et Armstrong, A.W. (2018). «Are patients comprehending A critical assessment of online patient educational materials». Journal of Dermatological Treatment, 29(3), 295-299.

Doak, C.C., Doak, L.G. et Root, J.H. (1996). «Teaching patients with low literacy skills» (2e ed.). Philadelphie: JB Lippincott. repéré à https://www.hsph.harvard.edu/healthliteracy/resources/teaching-patients-with-low-literacy-skills/

John, A.M., John, E.S., Hansberry, D.R. et Clark Lambert, W. (2016). «Assessment of online patient education materials from major dermatologic associations». Journal of Clinical and Aesthetic Dermatology, 9(9), 23-28.

Johnson, A., Sanford, J. et Tyndall, J. (2003). «Written and verbal information versus verbal information only for patients being discharged from acute hospital settings to home». Cochrane Database of Systematic Reviews, 4(CD003716). repéré à http://www.ub.edu/farmaciaclinica/projectes/webquest/WQ1/docs/johnson.pdf

Kasabwala, K., Misra, P., Hansberry, D.R., Agarwal, N., Barades, S., … Eloy, J.A. (2013). «Readability assessment of the American Rhinologic Society patient education materials». International Forum of Allergy & Rhinology, 3(4), 325-333.

Kincaid, J.P., Fishburne Jr., R.P., Rogers, R.L. et Chissom, B.S. (1975). «Derivation of new readability formulas (Automated Readability Index, Fog Count and Flesch Reading Ease Formula) for Navy enlisted personnel». University of Central Florida: Institute for simulation and training. repéré à https://stars.library.ucf.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1055&context=istlibrary

Labrosse, N. et Buteau, R.-A. (2016). «Normes pour les documents d’enseignement à la cliente le». Québec: CHU de Québec – Université Laval.

Readable.io. (2018). «Readability algorithm». Brighton, UK: Added Bytes. repéré à https://readable.io/blog/what-are-reading-level-calculators/1

Rhee, R.L, Von Feldt, J.M., Schumacher, H.R. et Merkel, P.A. (2013). «Readability and suitability assessment of patient education materials in rheumatic diseases». Arthritis Care & Research, 65(10), 1702-1706. repéré à https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/acr.22046

Smith, G.P. (2015). «The readability of patient education materials designed for patients with psoriasis: What have we learned in 20 years ». Journal of the American Academy of Dermatology, 72(4), 737-738.

Sylvain, A., Tanguay, J. et Auger, I. (2020). «Lisibilité des documents d’enseignement remis aux patients». Perspective infirmière, 17(4), 36-39. Repéré à https://www.oiiq.org/w/perspective-infirmiere/PI-vol17-no-4.pdf#page=36

Walsh, T.M et Volsko, T.A. (2008). «Readability assessment of internet-based consumer health information». Respiratory Care, 53(10), 1310-1315.

Pour aller plus loin