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De l’importance d’occuper pleinement le champ d’exercice infirmier

04 févr. 2021
De l’importance d’occuper pleinement le champ d’exercice infirmier

Comment optimiser la contribution des infirmières et infirmiers au système de santé, compte tenu de leurs compétences uniques? C’est là une des questions-phares qui seront débattues lors des États généraux de la profession infirmière et sur laquelle vous pouvez d’ores et déjà donner votre opinion dans le cadre de la consultation qui y mènera.

La question n’est pas anodine : dix-huit ans après que deux lois sont venues redéfinir le champ d’exercice infirmier, des recherches démontrent que tout juste la moitié des activités prévues en soins infirmiers est présentement réalisée. Pourtant, ces activités, telles que l’enseignement, la communication et la coordination des soins, ont vraiment une valeur ajoutée pour les patients et leur famille. Johanne Déry, professeure adjointe à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal, nous brosse le portrait de la situation actuelle, en identifie les causes et nous propose des pistes de solutions.

Dans le cadre de vos travaux de recherche, vous établissez une distinction entre étendue de la pratique infirmière (ÉPI) et étendue effective de la pratique infirmière (ÉEPI). Quelle est la différence entre ces deux notions ?

L’ÉPI renvoie à l’éventail des fonctions et responsabilités confiées légalement au personnel infirmier et pour lesquelles il détient la formation, les connaissances et les compétences. L’ÉEPI définit la pratique réelle des infirmières et infirmiers, c’est-à-dire l’éventail des fonctions et responsabilités effectivement déployées compte tenu des contraintes organisationnelles et individuelles.

Une fois cette distinction faite, vous avez évalué de façon quantitative l’ÉEPI. À quels résultats êtes-vous arrivée et quels constats avez-vous pu en tirer?

Ce que démontrent principalement mes travaux de recherche, c’est que pour diverses raisons, des activités centrales de notre profession — comme l’évaluation de la condition physique et mentale d’une personne symptomatique — ne sont malheureusement pas réalisées de façon systématique. Pourtant, ces activités, qui ont une grande valeur ajoutée pour les patients et leur famille, sont essentielles à la qualité des soins, de même qu’à la satisfaction professionnelle des infirmières et infirmiers, deux enjeux majeurs dans notre système actuel.

Mes travaux montrent également que l’ÉEPI varie significativement entre les unités de soins, et aussi entre les infirmières et infirmiers travaillant dans une même unité : certains membres ne parviennent presque jamais à réaliser l’ensemble des activités qui font partie de leur ÉPI, tandis que d’autres les mettent presque toujours en pratique.

Quelles sont les causes de ce déploiement non optimal de l’ÉEPI ?

L’organisation actuelle du travail, dans laquelle il existe peu de valorisation de l’expertise infirmière, est problématique. Mes travaux de recherche ont permis de déterminer trois problèmes majeurs.

  • L’ambiguïté des rôles entre les infirmières cliniciennes, les infirmières et les infirmières auxiliaires ;
  • Le manque flagrant d’autonomie professionnelle ;
  • Le fait que les infirmières et infirmiers doivent effectuer quotidiennement une multitude de tâches de type « connexes », d’ordre administratif ou ménager, par exemple.

Les résultats de mes travaux ont aussi permis de démontrer que sans amélioration des conditions de travail actuelles, même le personnel infirmier expérimenté le mieux formé ne serait pas en mesure de déployer une ÉPI optimale.

Quelles pistes de solutions ont émergé de votre travail de recherche?

Il est impossible de demander aux infirmières et infirmiers de faire encore plus avec moins de ressources. Il faut donc faire autrement ! Selon moi, les principales actions à poser seraient de :

  • Revoir la composition des équipes de soins et les rôles de chaque intervenante ou intervenant ;
  • Revoir les champs d’exercice en conséquence ;
  • Mettre en place une organisation de travail permettant l’exercice d’une pratique infirmière autonome articulée autour des activités centrales de la profession. 

À noter qu’il est impossible d’adopter une stratégie unique pour l’ensemble de l’établissement de soins. Il est crucial de travailler au niveau des unités de soins, en s’assurant de mobiliser le corps infirmier du milieu dans l’identification des problèmes et des stratégies à privilégier.

Cet enjeu vous interpelle-t-il ?

Faire valoir votre opinion est simple : il vous suffit de laisser vos commentaires dans la boîte de dialogue prévue à cet effet sur OIIQ.org en sélectionnant la thématique appropriée (200 mots maximum). Si vous souhaitez détailler votre point de vue, vous pouvez aussi produire un avis (5 pages maximum) ou déposer un mémoire (15 pages maximum). La date limite pour soumettre un commentaire, un avis ou un mémoire est le 19 mars 2021.

 

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