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De l’urgence de redéfinir ensemble la profession infirmière du 21e siècle

22 janv. 2021
De l’urgence de redéfinir ensemble la profession infirmière du 21<sup>e</sup> siècle

L’animatrice Marie Grégoire sera partie prenante des États généraux de la profession infirmière qui se dérouleront en mode virtuel les 20 et 21 mai prochains, ainsi que de la consultation publique qui s’amorce dès maintenant pour en poser les assises. Elle nous explique en quoi consistera ce chantier historique, et pourquoi il est plus que jamais nécessaire que chaque infirmière et infirmier apporte sa pierre à l’édifice, particulièrement en période de crise de la COVID-19.

Avant toute chose, de quoi parle-t-on lorsque l’on parle d’États généraux?

Pour moi, les États généraux de la profession infirmière sont un temps d’arrêt que l’on se donne collectivement pour se projeter dans l’avenir et se doter d’une feuille de route pour façonner les soins de l’avenir : comment les infirmières et infirmiers veulent-ils être perçus? Quel rôle souhaitent-ils jouer? Sont-ils outillés pour le faire? Disposent-ils du soutien nécessaire? Et surtout, par quels moyens peuvent-ils arriver à leurs fins, que ce soit en matière de reconnaissance de leur expertise, de leur formation, de leur pratique ou de leur capacité d’innovation?

Comment la consultation actuelle se distingue-t-elle de celles déjà menées par l’OIIQ ?

La consultation qui s'amorce est articulée autour de trois thématiques-phares qui ont émergé de précédentes consultations comme la tournée du président de l’OIIQ au printemps 2019 et le Forum virtuel à l’automne 2020. La première a permis de dégager les préoccupations vécues sur le terrain, tandis que le second a mis en lumière l’urgence d’amplifier la voix et l’influence des infirmières et infirmiers si nous voulons véritablement améliorer la qualité des soins et services offerts en santé au Québec.

De plus, je crois qu’il est très important de replacer les États généraux dans leur contexte : s’il s’agit d’une initiative de l’OIIQ, il n’en demeure pas moins qu’elle mobilise les voix d’un grand réseau d'acteurs qui ont à cœur la reconnaissance de la profession infirmière : pensez aux associations infirmières, aux syndicats, aux citoyens, aux partis politiques et aux médias pour n’en nommer que quelques uns. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles la présidence des États généraux sera assurée par deux commissaires externes à l’Ordre : il y a une véritable volonté d'insuffler à ce chantier une posture de concertation élargie et de co-construction.

Pourquoi les infirmières et infirmiers devraient-ils selon vous s’impliquer dans cet exercice?

Le Forum nous l’a démontré : très sollicités en temps normal, et davantage encore depuis le début de la pandémie, les infirmières et infirmiers sont beaucoup dans le “faire”, ce qui rend la prise de parole sur la place publique difficile voire impossible. Pourtant, on ne peut tout simplement pas se passer de leur perspective et de leur expertise si l’on est sérieux dans notre démarche d’amélioration du système de santé. Cela implique d’amplifier leur voix et, maintenant que des journalistes et des acteurs du milieu se sont non seulement entendus sur cette réalité mais aussi déclarés disposés à le faire, la consultation qui va mener aux États généraux va être cruciale. C’est une occasion unique pour chacune et chacun des infirmières et infirmiers du Québec de se saisir des enjeux qui le touchent et de devenir un agent de changement dans son milieu, mais aussi au sein de la société en interpellant toutes les parties prenantes, qu’il s’agisse de citoyens, d’élus ou de partenaires. À l’échelle individuelle, c’est évidemment colossal, mais si l'on additionne les voix de plus de 78 000 infirmières et infirmiers et qu’on leur édifie la tribune qu’ils méritent, alors il sera difficile d’ignorer une telle masse critique. C'est selon moi ce qui fera bouger les choses dans le bon sens dans la définition de la profession infirmière au 21e siècle, et permettra de passer réellement à l’action.

 

[…] si l’on remonte aux origines des États généraux, c’est justement en temps de crise que ceux-ci étaient convoqués! Nous vivons une période certes difficile et préoccupante, où toutes les failles du système nous sautent au visage et nous rattrapent simultanément, mais c’est justement de ce moment très révélateur qu’il faut se saisir.

 

Nous sommes en pleine crise sanitaire et les infirmières et infirmiers du Québec sont non seulement très sollicités, mais également à bout de souffle. Pourquoi cette entreprise est-elle néanmoins importante?

Vous savez, si l’on remonte aux origines des Etats généraux, c’est justement en temps de crise que ceux-ci étaient convoqués! Nous vivons une période certes difficile et préoccupante, où toutes les failles du système nous sautent au visage et nous rattrapent simultanément, mais c’est justement de ce moment très révélateur qu’il faut se saisir. Alors que tout est étiré au maximum, que l’on fait face à l’urgence, et qu’une certaine dose de flexibilité est nécessaire dans les façons de faire, que constate-t-on en matière d’organisation des soins? De formation? Quelles sont les priorités? Et quelles sont les solutions qui émergent lorsque l’inertie n’est plus possible? Les infirmières et infirmiers sont parmi les mieux placés pour répondre à ses questions, et l’idée n’est pas nécessairement de déposer un mémoire de 50 pages pour le faire. Si l’on vit quelque chose sur son milieu de travail, que l’on constate des obstacles ou que l’on entrevoit des pistes de solutions, on peut aller s’exprimer brièvement par voie de commentaire, et c’est déjà une contribution des plus précieuses pour alimenter les recommandations des commissaires. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle plusieurs options s’offrent aux infirmières et infirmiers qui voudraient faire valoir leur opinion : que ce soit en quelques mots par voie de commentaire ou de façon plus élaborée en rédigeant un avis ou un mémoire, ils sont libres de s’exprimer sur n’importe quelle thématique ou questions qui les interpellent à titre personnel.

Une fois la période de consultation terminée, à quoi pouvons-nous nous attendre?

Une fois la consultation terminée, il s’agira d’abord de colliger et synthétiser les opinions exprimées par l'ensemble des parties prenantes, puis de faire émerger les points de consensus et pistes d’actions à explorer au mois de mai à l'occasion des Etats généraux. Au besoin, certains interlocuteurs seront d’ailleurs invités par les commissaires à clarifier ou approfondir leur point de vue lors d’audiences. Une fois cette étape franchie, la feuille de route se précise et le travail de priorisation des recommandations peut commencer, parce qu’après tout, un éléphant, ça se mange une bouchée à la fois! Des ateliers autour de chaque thème auront donc lieu durant la première journée des États généraux, puis des plénières permettront de s’entendre et d’adopter cette fameuse feuille de route bonifiée, qui sera alors un tout intégré, cohérent et mobilisateur et guidera la rédaction du rapport des commissaires.

À titre personnel, qu’est-ce qui vous donné l’envie de vous impliquer dans les États généraux de la profession infirmière?

Je dirais que j’aime animer ce genre de réflexion parce que j’aime écouter, trouver les fils conducteurs et repérer ce qui rassemble les gens, et que c'est exactement dans une démarche comme celle-là que s’inscrivent les États généraux de la profession infirmière. J’ai aussi, je crois, une sensibilité au fait que cette dernière a besoin d'être mise de l’avant parce qu’elle fait une très grande différence dans le quotidien des gens, mais qu'elle demeure néanmoins très mal comprise du grand public. Finalement, je suis très enthousiaste à l’idée que ce chantier s'apprête à mobiliser tous les pans de la société. Ça promet d’être très enrichissant, et ça me donne le goût d’animer!

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