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Détection de la détresse chez les personnes atteintes de cancer : une pratique infirmière essentielle

Par Nicole Tremblay, inf., M. Sc., CSIO (C), ICSP (C), et Nathalie Parent

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01 sept. 2018
Détection de la détresse chez les personnes atteintes de cancer : une pratique infirmière essentielle
© Photographee.eu / Shutterstock

Au Québec, plus de 53 000 personnes reçoivent un diagnostic de cancer chaque année et plus de trois personnes sur cinq survivront à la maladie (Société canadienne du cancer, 2017). Il est largement reconnu que le cancer n’a pas que des répercussions physiques, il affecte aussi tous les aspects de la vie. De nombreuses études ont démontré que les personnes atteintes de cancer éprouvent un éventail de besoins. Ceux-ci couvrent les domaines d’ordre physique, informationnel, émotionnel, psychologique, social, spirituel et pratique (Howell et al., 2009).

La détresse émotionnelle chez les personnes atteintes de cancer et leurs proches n’est pas seulement fréquente. Elle peut aussi envahir le quotidien des personnes touchées par la maladie (Tremblay, Roy et Lecocq, 2017a, b). La détresse peut se manifester dès le début de la trajectoire de la maladie et se prolonger au-delà des traitements. Tous les adultes diagnostiqués vont expérimenter un certain niveau de détresse, celle-ci pouvant aller des sentiments normaux de vulnérabilité, de tristesse ou de peur, jusqu’à des problèmes susceptibles de devenir invalidants comme la dépression, l’anxiété ou la crise existentielle (Howell et al., 2015). Selon les écrits, la détresse serait significative (plus de 4 ou 5 au thermomètre de détresse*) chez près de 40 % des personnes atteintes de cancer (Howell et al., 2015). En stade terminal, ce taux risque de s’élever jusqu’à 70 % (Zabora et al., 2001, cités dans Fitch, 2011).

Si la période du diagnostic est un moment particulièrement éprouvant pour les personnes atteintes de cancer, les survivants ne sont pas non plus épargnés. Selon une vaste méta-analyse comparant les survivants du cancer avec des personnes en bonne santé, près de 18 % des survivants vivraient de l’anxiété, comparativement à près de 14 % chez la population non atteinte (Mitchell et al., 2013). 

Considérant l’importance de sa prévalence, la détresse est maintenant reconnue par divers organismes nationaux et internationaux comme le 6e signe vital à évaluer chez les personnes atteintes de cancer après le pouls, la tension artérielle, la température, le rythme respiratoire et la douleur, et nécessite une attention particulière des intervenants en cancérologie (Partenariat canadien contre le cancer, 2012). La détection de la détresse chez les personnes atteintes de cancer est également devenue une pratique faisant désormais partie des normes à évaluer dans le cadre de processus d’accréditation, dont celui d’Agrément Canada.

*Le thermomètre de détresse a été proposé initialement par le National Comprehensive Cancer Network (NCCN).


 

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Consulter le tableau « Outil de dépistage de la détresse (Oncologie) »

 


Références

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