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Mythes et Réalités

À propos de la coloscopie

Saurez-vous discerner le vrai du faux?

par Dalila Benhaberou-brun, B. Sc. inf., B. Sc., M. Sc.

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2019 Sep 03
À propos de la coloscopie

La coloscopie occupe toujours une place importante dans la détection du cancer colorectal. 

Pourtant, de nombreux patients sont réticents à se soumettre à cet examen par crainte d’avoir mal, de ne pas réussir à boire la préparation intestinale ou de ne pas tolérer la sédation-analgésie. Les infirmières doivent être en mesure de déconstruire certains mythes et d’expliquer concrètement la coloscopie pour que les patients coopèrent et se préparent de façon optimale. Cet enseignement a des répercussions sur le déroulement de la procédure, le diagnostic et l’éventuel traitement endoscopique. 

Saurez-vous discerner le vrai du faux?

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1. La préparation intestinale contient toujours quatre litres.

 

Réponse : Faux

Les médicaments utilisés de nos jours dans les préparations intestinales contiennent du polyéthylène glycol (PEG), du picosulfate de sodium ou du citrate de magnésium, des médicaments beaucoup mieux tolérés que par le passé (MSSS, 2018). Le volume et la nature de la préparation intestinale dépendent de la condition de santé de la personne. Chaque gastroentérologue prescrit la formule adaptée au patient et aux pratiques de l’unité où aura lieu la coloscopie. Chez les personnes en bonne santé, les préparations sont recommandées en fonction des particularités et des préférences individuelles (Durand et Desbiens, 2016). Habituellement, ces préparations sont absorbées en deux doses mélangées à environ 150 ml d’eau. Par la suite, il faut boire un à deux litres de liquides clairs (thé, sauf le thé vert, café sans crème ni lait, soupe et bouillon clairs, jus de fruits clairs, par exemple de pomme ou de raisin blanc, etc.) afin d’assurer le nettoyage intestinal (MSSS, 2018) . Quant aux solutions PEG de deux ou quatre litres, elles sont réservées à des patients présentant des problèmes rénaux, cardiaques ou hépatiques.

 

2. La qualité de la préparation intestinale améliore les chances de succès de la procédure et diminue les coûts associés.

 

Réponse : Vrai

Pendant la coloscopie, le gastroentérologue est en mesure d’évaluer la qualité de la préparation colique selon l’échelle validée de Boston (Calderwood et al., 2014; Heron et al., 2017). Ainsi, l’état et la visualisation de la muqueuse dans les côlons droit, transverse et gauche sont notés sur trois points pour chacun des segments, pour un score maximum de neuf points. Dans certains cas, les patients, constatant par eux-mêmes que leur côlon n’est pas bien nettoyé, ne se présentent tout simplement pas à l’unité d’endoscopie. En revanche, si la préparation est jugée mauvaise ou inadéquate en salle d’examen (score total inférieur à 6), la procédure ne pourra pas être complétée. Une piètre visualisation du côlon à cause de la présence de matières fécales solides ou de liquide teinté peut non seulement compromettre le diagnostic (diminution de la détection des polypes) et le traitement éventuel, mais aussi obliger à répéter la coloscopie (Chokshi et al., 2012; Hautefeuille et al., 2014). Il en résulte une augmentation des coûts associés. En documentant le type de produit utilisé et la tolérance du patient, il sera possible d’ajuster la préparation intestinale en vue d’améliorer les conditions de la prochaine endoscopie (MSSS, 2018).

 

3. Les patients suivent une diète spéciale et doivent cesser certains médicaments.

 

Réponse : Vrai

 

Une récente étude a établi que le taux de présence à l’examen des patients ayant reçu des informations concernant une diète sans résidus était plus élevé et que ces derniers obtenaient des scores optimaux à l’échelle de Boston, comparativement à ceux qui n’avaient bénéficié d’aucun enseignement préalable (Gausman et al., 2018). Au Québec, une diète de liquides clairs est recommandée la veille de la procédure (MSSS, 2018). La nourriture solide, les produits laitiers et les liquides de couleur bleue, verte, rouge ou mauve sont donc proscrits, ainsi que les jus contenant de la pulpe, l’alcool et les boissons gazeuses foncées. Dans certains centres, on conseille un régime sans résidus pendant quelques jours, ce qui demande d’arrêter de consommer fruits, légumes, pains, pâtes, lait, produits laitiers, noix, graines et autres légumineuses. Par précaution, le patient doit cesser de boire deux heures avant l’examen. L’interruption de certains traitements médicamenteux (anticoagulants, hypoglycémiants, suppléments de fer, anti-inflammatoires) est évaluée par le gastroentérologue en accord avec le clinicien référent. Dans son évaluation clinique le jour de la procédure, l’infirmière devra documenter les médicaments qui ont été arrêtés en vue de la coloscopie.

 

4. Les caractéristiques individuelles des patients influencent le succès de la préparation intestinale.

 

Réponse : Vrai

En plus du type de préparation intestinale et de la diète à suivre, les caractéristiques individuelles ont un impact sur la qualité de la préparation colique. Ainsi, être de sexe masculin, être hospi- talisé et souffrir de constipation sont autant d’éléments associés à une piètre préparation colique. Une méta-analyse canadienne publiée en 2018 démontre que les patients prenant certains médicaments comme les antidépresseurs tricycliques ou les narcotiques ont eu plus de difficulté à réaliser une bonne pré- paration intestinale (Martel et al., 2018). Selon les auteurs d’une autre méta-analyse publiée la même année, l’âge avancé, les comorbidités (diabète, hypertension et cirrhose) ou encore l’obé- sité sont des facteurs prédicteurs d’une mauvaise préparation intestinale (Mahmood, Farooqui et Madhoun, 2018).

 

5. La plupart des patients ne gardent aucun souvenir de leur coloscopie en raison de l’anesthésie générale.

 

Réponse : Faux

Au Québec, la coloscopie peut se dérouler avec ou sans sédation-analgésie, même si cette dernière doit être offerte à tous. Sans sédation-analgésie, on l’appelle aussi « sédation consciente». Le patient peut choisir de ne recevoir aucun médi- cament et les motifs doivent être inscrits au dossier (MSSS, 2018). La sédation-analgésie permet de diminuer l’anxiété, d’augmenter le confort du patient et de faciliter les conditions techniques pour le gastroentérologue. Les benzodiazépines provoquent un certain état d’amnésie, tandis que les opioïdes contrôlent le niveau de douleur (Durand et Desbiens, 2016). Certains patients somnolent, d’autres sont réveillés et conscients tout au long de la procédure. L’infirmière exerce la surveillance clinique des risques liés à la sédation-analgésie avant, pendant et après la coloscopie.

 

6. Les patients peuvent reprendre toutes leurs activités immédiatement après la coloscopie, sans aucune restriction.

 

Réponse : Faux

Des consignes écrites sont remises au patient au moment de son congé de l’unité de gastroentérologie (Durand et Desbiens, 2016). En plus des signes et symptômes concernant des complications éventuelles liées à la procédure simple ou avec polypectomie (hémorragie ou perforation), il est fait mention de la reprise de l’alimentation et du niveau d’hydratation. Si le patient a reçu une sédation-analgésie, il devra impérativement être raccompagné pour rentrer à son domicile. Il lui est recommandé de ne pas consommer d’alcool, de ne pas conduire et de ne pas prendre de décisions importantes dans les 24 heures suivant la procédure. Les consignes prennent aussi en compte la reprise des médicaments qui ont été cessés, le cas échéant. Après une coloscopie plus complexe avec mucosectomie (ou EMR, pour endoscopic mucosal resection), ou avec dissection sous- muqueuse (ou ESD, pour endoscopic submucosal dissection), le gastroentérologue pourra faire des recommandations supplémentaires afin de prévenir le risque hémorragique.

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