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Mythes et Réalités

À propos de la vitesse d’administration des médicaments intraveineux

Saurez-vous discerner le vrai du faux?

Jacinthe Leclerc, B. Sc. inf., Ph. D., Adjo Enyonam Akator, B. Sc., M. Sc., et Marie-Ève Leblanc, inf., M. Sc.

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2018 Sep 01
À propos de la vitesse d’administration des médicaments intraveineux

L’infirmière administre des médicaments par voie intraveineuse (IV) périphérique au quotidien : « NaCl 0,9 % à 100 mL/h », « D5 % 1/2S à 80 mL/h », « culot globulaire de 100 à 140 mL/h en moins de 4 heures », « TVO », « Bolus », etc. À chaque ordonnance, sa vitesse de perfusion! Cette dernière se définit comme le débit auquel la quantité de médicament (en millilitres) doit être administrée par unité de temps (heure), soit mL/h. Au-delà du geste technique, la vitesse d’administration IV peut varier selon diverses situations.

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1. La vitesse d’absorption d’un médicament IV est proportionnelle à sa vitesse d’administration.

 

Réponse : Vrai

La voie intraveineuse permet d’administrer le médicament directement dans le sang afin d’obtenir un effet rapide (Burchum et Rosenthal, 2016). Le principe de l’administration IV se subdivise en deux composantes : l’injection IV directe et la perfusion IV (Burchum et Rosenthal, 2016). Dans les deux cas, le médicament administré est absorbé de manière instantanée et complète, car il pénètre directement dans le système vasculaire (dans le sang). Il faut distinguer l’étape de l’absorption de celle de la distribution (Burchum et Rosenthal, 2016). La distribution se définit comme étant le transport du médicament dans la circulation sanguine vers les récepteurs des sites d’action. La vitesse de distribution varie selon le médicament et le site d’action ciblé par ce dernier. Ainsi, la vitesse d’administration d’un médicament IV tiendra compte de sa vitesse de distribution (pharmacocinétique du médicament), du besoin (atteinte du plateau thérapeutique d’un médicament, remplacement/maintien/redistribution du volume liquidien) et des limites liquidiennes du patient (p. ex., insuffisance cardiaque).

 

2. Tout médicament IV administré trop rapidement peut entraîner un risque de surcharge liquidienne pour le patient.

 

Réponse : Faux

Le risque de surcharge liquidienne est présent seulement dans le cas d’une perfusion IV (et non d’une injection IV directe), lorsque le débit de perfusion et la quantité de fluides sont trop élevés compte tenu de la condition cardiovasculaire ou rénale du patient (Burchum et Rosenthal, 2016). À titre d’exemple, le risque de surcharge liquidienne peut être plus élevé chez un patient atteint d’hypertension artérielle ou d’insuffisance rénale ou cardiaque, chez un enfant ou, encore, chez une personne âgée. Le risque est plus important lorsque la perfusion IV consiste en l’administration d’une solution de réhydratation (chlorure de sodium, sérum glucosé) ou d’un électrolyte (chlorure de potassium) à un débit constant pendant une période prolongée (Burchum et Rosenthal, 2016).

 

3. Une injection IV directe administrée lentement réduit le risque de toxicité au système nerveux central.

 

Réponse : Vrai

En général, l’ordonnance spécifie la vitesse d’administration du médicament IV. Voici l’une des justifications : lors de l’administration d’un médicament dans la veine antécubitale (pli du coude), le médicament atteint le cerveau en 15 secondes (Burchum et Rosenthal, 2016). Si la dose est suffisante pour causer une toxicité, des signes apparaîtront donc en 15 secondes. Si le médicament est administré lentement (p. ex., en 1 minute plutôt qu’en bolus, ou « push »), seulement 25 % de la dose aura atteint le cerveau à l’apparition des signes de toxicité. Il est alors possible d’interrompre l’administration avant l’aggravation de l’effet secondaire et, ainsi, de maximiser les chances de renverser la situation.

 

4. Une administration rapide de médicament IV peut entraîner des effets secondaires.

 

Réponse : Vrai

Pour tout médicament, et peu importe la voie d’administration utilisée, des effets secondaires peuvent survenir. Dans le cas de l’administration IV, le concept d’irréversibilité est très important. Une fois le médicament IV présent dans l’organisme, il est impossible de l’en extraire. Il faut environ 1 minute à l’ensemble du volume sanguin pour circuler dans tout le système cardiovasculaire. Administrer le médicament IV lentement (pendant plus de 1 minute) permet donc de le diluer dans un plus grand volume sanguin et, ainsi, d’éviter des concentrations sanguines trop élevées, tout en notant rapidement la survenue d’effets secondaires, s’il y a lieu (Burchum et Rosenthal, 2016).

 

5. Les médicaments irritants peuvent être administrés rapidement par voie intraveineuse sans conséquence pour le patient.

 

Réponse : Faux

Certains médicaments administrés par la voie intraveineuse sont irritants pour les vaisseaux sanguins. Ils doivent donc être injectés par voie intraveineuse directe lente ou en perfusion IV lente. C’est le cas, par exemple, de la dopamine ou de certains médicaments utilisés en chimiothérapie, dont la vitesse d’administration sera modulée selon la condition du patient et le protocole local en vigueur (Burchum et Rosenthal, 2016). Dans plusieurs cas, une vitesse de perfusion IV trop élevée risquerait d’irriter la veine, et ce, même si le médicament irritant est dilué de façon appropriée.

 

6. Il est préférable d’administrer le médicament trop lentement que trop rapidement.

 

Réponse : Faux

Les médicaments intraveineux doivent être administrés selon le débit prescrit. Injecter un médicament trop lentement pourrait entraîner une inefficacité thérapeutique (concentration sanguine sous-optimale ne permettant pas de traiter le patient) (Burchum et Rosenthal, 2016).

 

Pharmacovigilance

Les professionnels de la santé, y compris les infirmières, ont la responsabilité de déclarer à Santé Canada les effets indésirables potentiellement associés à la prise d’un médicament. Cette démarche simple peut se faire en ligne sur le site de Santé Canada via la plateforme MedEffet (MedEffet Canada, 2017).

 

Références

Burchum, J. R. et Rosenthal, L. D. (2016). Lehne’s pharmacology for nursing care (9e éd.). St. Louis (MO) : Elsevier/Saunders.

MedEffet Canada. (2017). Déclaration des effets indésirables ou des incidents liés aux matériels médicaux. Santé Canada.

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