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Mythes et Réalités
Saurez-vous discerner le vrai du faux?

À propos du cannabis

Par Dalila Benhaberou-Brun, B. Sc. inf., B. Sc., M. Sc.

À propos du cannabis

Le cannabis est légalisé au Canada depuis le 17 octobre 2018, soit depuis plus d’un an maintenant. Beaucoup de malentendus subsistent à son sujet autant dans la population en général que parmi les professionnels de la santé. L’infirmière est donc amenée à mettre à jour ses connaissances sur cette substance afin de pouvoir répondre aux questions des personnes consommatrices de cannabis, ainsi qu’à celles de leurs proches, tout en adoptant une attitude bienveillante pendant l’évaluation de leur condition physique et mentale. 

Saurez-vous discerner le vrai du faux?

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1. Le haschich et la marijuana sont deux substances identiques.

 

Réponse : Faux

Il faut distinguer le haschich de la marijuana, les deux constituants du cannabis. Le haschich est une résine provenant d’extraits concentrés solides, tandis que la marijuana se présente sous forme de feuilles et de fleurs séchées (MSSS,  2019b). Le cannabis contient 585 substances chimiques connues dont les plus importantes sont le tétrahydrocannabinol (THC), principal composé psychoactif, et le cannabidiol (CBD), non psychoactif, qui neutralise les effets du THC (Ben Amar, 2018). Les concentrations en THC dans la marijuana et le haschich sont très variables. Dans les dernières années, le marché noir s’est développé et les saisies policières ont permis de constater que les taux de THC avaient augmenté de façon considérable, passant de 7 % à plus de 15 % en deux décennies. Pour l’instant, seule la marijuana est légalement vendue à la Société québécoise du cannabis (SQDC), avec des taux de THC contrôlés.

 

2. Il n’existe pas de décès causé par un surdosage de cannabis.

 

Réponse : Vrai

Contrairement aux opioïdes comme le fentanyl, le cannabis n’entraîne pas de surdoses mortelles. Même si une personne fume ou consomme chaque jour du cannabis, elle ne peut en mourir. Selon les chercheurs, il faudrait fumer environ 680 kg de cannabis en 15 minutes pour atteindre la dose létale, une situation impossible (Ben Amar, 2014). En revanche, une intoxication au cannabis peut se produire, surtout chez les plus jeunes : un épisode psychotique aigu, des troubles cognitifs ou encore une crise d’anxiété ou de panique figurent parmi les symptômes les plus inquiétants. Cette intoxication survient si le jeune a fumé ou consommé du cannabis provenant du marché noir ou des cannabinoïdes contenant une très forte concentration de THC. Un risque existe aussi si la personne mélange le cannabis avec de l’alcool ou d’autres psychotropes. Dans la plupart des cas, il faut attendre de 12 à 24 heures avant de voir tous les effets négatifs se dissiper (Gouvernement du Canada, 2019). Dans le doute, il est recommandé d’appeler le Centre antipoison du Québec ou de contacter les services d’urgence, en particulier dans le cas d’enfant ayant ingéré du cannabis de manière accidentelle.

 

3. Le cannabis a des effets plus nuisibles chez les personnes âgées de 15 à 24 ans, comparativement aux autres catégories d’âge.

 

Réponse : Vrai

 

Les adolescents et les jeunes adultes font partie des personnes les plus vulnérables aux effets nocifs du cannabis, notamment à cause du risque de psychose (Ben Amar, 2018). Ce problème est sérieux, car près de 40 % des jeunes âgés de 17 ans déclarent avoir consommé du cannabis en 2013 (Tessier, 2017). Sa vente est réservée aux personnes âgées de 18 ans et plus, toutefois, le ministère de la Santé et des Services sociaux a lancé en février 2019 une campagne de sensibilisation et d’information auprès des plus jeunes (MSSS, 2019a). Pour expliquer l’influence du cannabis sur la santé, il faut considérer la « loi de l’effet » et ses trois éléments caractéristiques : la substance (quantité, fréquence, etc.), l’individu (âge, sexe, etc.) et le contexte de consommation (endroit, moment de la journée, etc.) (MSSS, 2017).

En considérant le facteur « âge », il a été démontré que les jeunes adolescents constituent une population plus fragile à cause des effets négatifs du cannabis sur les capacités cognitives d’une personne de moins de 25 ans ayant le cerveau en plein développement (Worley, 2019). Si une infirmière est amenée à évaluer la santé physique et mentale d’un adolescent ou d’un jeune adulte, elle doit garder à l’esprit que tous ne réagissent pas de façon similaire aux cannabinoïdes.

 

4. Consommer du cannabis entraîne des comportements violents.

 

Réponse : Faux

La littérature scientifique démontre que le cannabis ne conduit pas à la violence physique ou verbale (Abramovici, Lamour et Mammen, 2018; Hancock et McKim, 2018). Contrairement à d’autres drogues, le cannabis provoque plutôt un ralentissement des réflexes et des capacités cognitives, et tend à apaiser le consommateur de cannabis en générant de l’apathie et une certaine léthargie (Abramovici et al., 2018; Ben Amar, 2018). Toutefois, le cannabis constitue un facteur de risque de comportements violents dans certains cas de psychoses (Ben Amar et Potvin, 2007; Dellazizzo et al., 2019; Moulin et al. 2018).

 

5. Le cannabis fait partie de la même classe de psychotropes que le LSD et l’ecstasy.

 

Réponse : Vrai

À l’instar du LSD, de l’ecstasy, de la kétamine, des champignons magiques et de la phencyclidine (ou PCP), le cannabis fait partie des perturbateurs du système nerveux central (SNC). Ses principaux effets comprennent une sédation et une euphorie (sensation de bien-être et de satisfaction), recherchées par les consommateurs de cette plante (Gouvernement du Canada, 2019). La perception de la réalité est alors altérée à divers degrés, ce qui peut entraîner des hallucinations, des changements d’humeur et des troubles cognitifs (Ben Amar, 2014). Chaque drogue de cette classe possède des effets délétères pour la santé de l’individu consommateur (MSSS, 2017). Le point commun entre toutes ces drogues est l’altération des perceptions. D’autres classes de substances affectent le SNC comme les dépresseurs (alcool, opioïdes, GHB) et les stimulants (amphétamines, cocaïne, caféine, nicotine).

 

6. La consommation de cannabis peut entraîner un risque important de dépendance physique et psychologique.

 

Réponse : Faux

Cette affirmation est un mythe bien ancré dans la population en général et même chez certains professionnels de la santé. Le risque de dépendance au cannabis est de 9 %, c’est-à-dire bien inférieur à celui d’autres psychotropes comme le tabac, l’alcool ou les opioïdes (Gouvernement du Canada, 2019). La dépendance au cannabis est moindre que celle à l’alcool (15,4 %) ou au tabac (31,9 %) (Ben Amar, 2018).

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