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Mythes et Réalités

À propos du sommeil et de la santé des travailleurs de nuit

Saurez-vous discerner le vrai du faux?

Dalila Benhaberou-Brun, B. Sc. inf., B. Sc., M. Sc.

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2018 Oct 31
À propos du sommeil et de la santé des travailleurs de nuit

En Amérique du Nord, environ 20 % des travailleurs ont un horaire de travail atypique, en dehors de la plage s’étalant de 9 heures à 18 heures. Les recherches ont établi que si certaines approches permettent de minimiser les impacts négatifs, d’autres causent plutôt des effets délétères sur la santé et sur la qualité de vie des personnes travaillant la nuit. Les stratégies d’adaptation demeurent des éléments clés pour aider à mieux gérer les conséquences de ce type d’horaire.

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1. Le travail de nuit cause des troubles sévères du sommeil chez tous les travailleurs de nuit.

 

Réponse : Faux

Le travail de nuit cause plusieurs problèmes de santé à divers degrés. La vaste majorité des travailleurs de nuit souffrent de troubles du sommeil qui peuvent être mineurs ou sévères : difficultés d’endormissement, réveils fréquents ou précoces, sensation de ne pas être reposé (Vallières, Azaiez, Moreau, LeBlanc et Morin, 2014). À l’opposé, certaines personnes ne rapportent aucune conséquence particulière. Ces dernières semblent plus tolérantes aux horaires nocturnes et on sait que certaines personnes réussissent à s’adapter (Boudreau, Dumont et Boivin, 2013). En plus des problèmes de sommeil, des études ont démontré que les travailleurs de nuit souffrent plus fréquemment de troubles digestifs et cardiovasculaires, d’obésité et de troubles de l’appétit (Kervezee, Shechter et Boivin, 2018; Ko, 2013; Liu et al., 2018; Vallières et al., 2014). Des recherches plus récentes ont établi un lien entre le travail de nuit et un risque plus élevé de souffrir d’un cancer du sein Wegrzyn et al., 2017)

 

2. Le sommeil de jour est aussi réparateur que le sommeil de nuit.

 

Réponse : Faux

Le sommeil occupe près de 30 % de notre vie. Il est réparti en cycles de 90 minutes (sommeil léger, profond et paradoxal) totalisant 6 à 10 heures selon l’âge et les particularités indvduelles. Les humains sont des êtres diurnes, programmés pour dormir la nuit et être réveillés le jour. Il existe des grands et des petits dormeurs. En moyenne, les travailleurs de nuit dorment 1,5 à 2 heures de moins que les travailleurs de jour (Dumont, n.d.) : cela augmente le déficit de sommeil et perturbe les rythmes biologiques (sécrétion de diverses hormones, température corporelle, appétit, etc.). Le sommeil de jour est non seulement de plus courte durée, mais il est aussi moins profond, donc moins réparateur.

 

3. La prise de médicaments est recommandée pour contrer les troubles du sommeil des travailleurs de nuit.

 

Réponse : Faux

Plusieurs travailleurs de nuit consomment régulièrement des hypnotiques pour mieux dormir (Futenma et al., 2015). Ces molécules ont une efficacité limitée et il n’est pas prouvé qu’elles améliorent la qualité du sommeil (Liira et al., 2014). De plus, il existe un phénomène de dépendance aux médicaments en sus d’une perturbation du sommeil de nuit pendant les périodes de congé (Dumont, n.d.).

 

4. Les travailleurs de nuit sont plus vulnérables aux problèmes de santé mentale.

 

Réponse : Vrai

Les travailleurs de nuit rapportent passer moins de temps avec leurs proches à cause de leurs horaires décalés et de leur fatigue chronique; cette réalité peut avoir un impact sur leur équilibre mental (Fondation sommeil, n.d.b). Le travail de nuit exposerait les travailleurs à un plus haut risque de dépression (Lee et al., 2017). L’horaire de nuit cause aussi des troubles de l’humeur, de l’anxiété et de l’isolement (Boudreau et al., 2013; Vallières et al., 2014).

 

5. La prise de médicaments est recommandée pour contrer les troubles du sommeil des travailleurs de nuit.

 

Réponse : Faux

Plusieurs travailleurs de nuit consomment régulièrement des hypnotiques pour mieux dormir (Futenma et al., 2015). Ces molécules ont une efficacité limitée et il n’est pas prouvé qu’elles améliorent la qualité du sommeil (Liira et al., 2014). De plus, il existe un phénomène de dépendance aux médicaments en sus d’une perturbation du sommeil de nuit pendant les périodes de congé (Dumont, n.d.).

 

6. Il existe diverses stratégies pour atténuer les effets néfastes du travail de nuit.

 

Réponse : Faux

Il est recommandé aux travailleurs de nuit de mettre en place des stratégies d’adaptation en aménageant leur environnement de sommeil et en ayant une bonne hygiène de vie (Fondation sommeil, n.d.a). On leur suggère de dormir dans une pièce sombre et fraîche, de porter des bouchons d’oreille pendant le sommeil de jour, d’éviter de consommer de la caféine et des stimulants dans les cinq heures avant le coucher, de faire des siestes avant et après le travail de nuit, de s’alimenter de façon adéquate et de faire de l’exercice avant d’aller au travail (Geiger-Brown et al., 2016; Gifkins, Johnston et Loudoun, 2018; Neil-Sztramko, Pahwa, Demers et Gotay, 2014). Chaque travailleur de nuit doit tenter d’appliquer les approches qui lui conviennent afin de contrer les effets néfastes des horaires de nuit et d’améliorer sa qualité de vie.

 

 

Références

Association des optométristes du Québec. (n.d.). « Lumière bleue ».
Boudreau, P., Dumont, G. A. et Boivin, D. B. (2013). « Circadian adaptation to night shift work influences sleep, performance, mood and the autonomic modulation of the heart ». PLoS ONE, 8(7), e70813.
Dumont, M. (n.d.). « Stratégies pour travailleurs de nuit ». Société canadienne du sommeil.
Dumont, M. et Paquet, J. (2014). « Progressive decrease of melatonin production over consecutive days of simulated night work ». Chronobiology International, 31(10), 1231-1238.
Figueiro, M. G. (2017). « Disruption of circadian rhythms by light during day and night ». Current Sleep Medicine Reports, 3(2), 76-84.
Fondation Sommeil. (n.d.a). « Améliorer le sommeil des travailleurs ».
Fondation Sommeil. (n.d.b). « Les conséquences du travail de nuit ».
Futenma, K., Asaoka, S., Takaesu, Y., Komada, Y., Ishikawa, J., Murakoshi, A., … Inoue, Y. (2015). « Impact of hypnotics use on daytime function and factors associated with usage by female shift work nurses ». Sleep Medicine, 16(5), 604-611.
Geiger-Brown, J., Sagherian, K., Zhu, S., Wieroniey, M. A., Blair, L., Warren, J., … Szeles, R. (2016). « CE: Original research: Napping on the night shift: A two-hospital implementation project ». The American Journal of Nursing, 116(5), 26-33.
Gifkins, J., Johnston, A. et Loudun, R. (2018). « The impact of shift work on eating patterns and self-care strategies utilised by experienced and inexperienced nurses ». Chronobiology International, 35(6), 811-820.
Hansen, J. (2017). « Night shift work and risk of breast cancer ». Current Environmental Health Reports, 4(3), 325-339.
Kervezee, L., Shechter, A. et Boivin, D. B. (2018). « Impact of shift work on the circadian timing system and health in women ». Sleep Medicine Clinics, 13(3), 295-306.
Ko, S. B. (2013). « Night shift work, sleep quality, and obesity ». Journal of Lifestyle Medicine, 3(2), 110-116.
Lee, A., Myung, S.-K., Cho, J. J., Jung, Y.-J., Yoon, J. L. et Kim, M. Y. (2017). « Night shift work and risk of depression: Meta-analysis of observational studies ». Journal of Korean Medical Science, 32(7), 1091-1096.
Liira, J., Verbeek, J. H., Costa, G., Driscoll, T. R., Sallinen, M., Isotalo, L. K. et Ruotsalainen, J. J. (2014). « Pharmacological interventions for sleepiness and sleep disturbances caused by shift work ». Cochrane Database of Systematic Reviews, 2014(8).
Liu, Q., Shi, J., Duan, P., Liu, B., Li, T., Wang, C., … Lu, Z. (2018). « Is shift work associated with a higher risk of overweight or obesity? ». International Journal of Epidemiology.
Neil-Sztramko, S. E., Pahwa, M., Demers, P. A. et Gotay, C. C. (2014). « Health-related interventions among night shift workers: A critical review of the literature ». Scandinavian Journal of Work, Environment & Health, 40(6), 543-556.
Sasseville, A. et Hébert, M. (2010). « Using blue-green light at night and blue-blockers during the day to improves adaptation to night work: A pilot study ». Progress in Neuro-Psychopharmacology and Biological Psychiatry, 34(7), 1236-1242.
Touitou, Y. (2015). « Light at night pollution of the internal clock, a public health issue ». Bulletin de l’Académie nationale de médecine, 199(7), 1081-1098.
Vallières, A., Azaiez, A. Moreau, V., LeBlanc, M. et Morin, C. M. (2014). « Insomnia in shift work ». Sleep Medicine, 15(12), 1440-1448.
Wegrzyn, L. R., Tamimi, R. M., Rosner, B. A., Brown, S. B., Stevens, R. G., Eliassen, A. H., … Schernhammer, E. S. (2017). « Rotating night-shift work and the risk of breast cancer in the nurses’ health studies ». American Journal of Epidemiology, 186(5), 532-540.

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