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Amélie Blanchet Garneau : favoriser la recherche-action participative en santé avec les Premières Nations et Inuit

2022 Apr 25
Amélie Blanchet Garneau : favoriser la recherche-action participative en santé avec les Premières Nations et Inuit

Amélie Blanchet Garneau favorise une approche de recherche encore trop rare : celle de travailler en partenariat avec les membres des Premières nations et Inuit dans la cocréation des projets. Pour cette chercheuse passionnée par l’équité en santé et la sécurité culturelle, il n’y pas meilleure stratégie pour trouver des solutions concrètes et durables.

Créée en 2019 à l’initiative de l’Institut de la santé des Autochtones et des Instituts de recherche en santé du Canada, la CRASIQ est l’un des six centres de recherche autochtone au pays. Elle vise, entre autres, à lutter contre le racisme systémique envers les personnes autochtones en milieu urbain, à promouvoir l’équité et la sécurité culturelle, à décoloniser la formation et la pratique des professionnels de la santé et à mettre en œuvre des « pratiques sages », c’est-à-dire durables et équitables, sur le plan systémique. La réalisation de sa mission passe, avant tout, par un partenariat fort avec les membres des Premières Nations et les Inuit. «  Notre première initiative a été d’établir des liens avec le Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec, qui rassemble 11 centres offrant des services en milieu urbain. Les centres ont collaboré à la définition de la vision, de la mission et des axes de recherche de la Chaire », explique la chercheuse et professeure adjointe à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal.

Une approche participative, du début à la fin

La Chaire développe chacun de ses projets en partenariat avec des personnes et organismes autochtones, dans une approche de recherche-action participative. « Des personnes-ressources autochtones sont membres de l’équipe de recherche et s’impliquent à toutes les étapes des projets, de A à Z. Par exemple, nous décidons ensemble des questions à formuler, des données à collecter, des résultats à présenter, et discutons de nos biais et stéréotypes. Ainsi, les projets répondent aux priorités des personnes et organismes autochtones impliqués. « C’est un partenariat équitable, qui favorise des résultats et des outils durables dont bénéficient les Premières Nations et les Inuit », souligne Amélie Blanchet Garneau.

La chercheuse aspire des outils concrets pour changer les pratiques en santé, autant sur le plan individuel que systémique. Deux projets sont actuellement en développement à la Chaire. L’un approfondit les manières de comprendre et de s’approprier des approches pédagogiques antiracistes, et l’autre vise à proposer une trousse de mise en action pour favoriser la sécurité culturelle, lutter contre le racisme systémique et améliorer l’équité en santé. Ce dernier projet se fonde sur l’approche de soins de santé orientés vers l’équité, développée par une équipe de recherche de l’Université de la Colombie-Britannique, un proche partenaire de la CRASIQ.

 

« Le moment est propice pour réduire les iniquités. On sent actuellement beaucoup d’ouverture de la part des gestionnaires en soins infirmiers et en santé en général. Ils veulent savoir quoi faire et comment le faire, ils demandent des outils. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, améliorer l’équité ne représente pas une charge de travail additionnelle, mais une économie de temps et d’énergie! » - Amélie Blanchet Garneau, inf., Ph. D.
Titulaire de la Chaire de recherche autochtone en soins infirmiers au Québec (CRASIQ),

 

Des outils simples pour de grands changements

Parfois, des moyens très simples suffisent pour améliorer les soins. La chercheuse cite l’exemple d’une clinique, en Colombie-Britannique, qui a pu servir plus de personnes autochtones en ouvrant simplement de véritables plages horaires sans rendez-vous, à des heures variées. Elle évoque aussi la pratique de la « trajectoire équitable » (equity walk-through), qui consiste à inviter une personne autochtone à parcourir, par exemple, la trajectoire d’admission dans un milieu de soins, en exprimant son vécu et ses impressions au fur et à mesure. « On relève alors des détails invisibles à nos yeux, mais rébarbatifs pour elle, ce qui nous permet d’améliorer la qualité du service », indique Amélie Blanchet Garneau.

La chercheuse a également collaboré à divers projets avec l’équipe de San’yas Indigenous Cultural Safety Training, une formation sur la sécurité culturelle ancrée dans une pédagogie antiraciste, créée et gérée par des autochtones, désormais obligatoire pour l’ensemble des infirmières en Colombie-Britannique. Une initiative qu’elle rêverait d’instaurer au Québec.

Elle encourage les infirmières sensibles aux iniquités à affirmer leur leadership en recherche et dans les milieux de soins. « Nos actions peuvent réellement bénéficier aux personnes autochtones si nous adoptons une approche participative. Que l’on soit allochtone ou autochtone, nous avons tous un rôle à jouer en matière d’équité », conclut la chercheuse.

 

« Au Québec, on met l’accent surtout sur la relation entre les professionnels de la santé et les autochtones. Mais pour progresser vers l’équité des soins, il faut aussi agir sur les plans organisationnel et systémique. »
- Amélie Blanchet Garneau, inf., Ph. D.
Titulaire de la Chaire de recherche autochtone en soins infirmiers au Québec (CRASIQ),

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