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CHSLD Herron et IUGM : Dépôt du rapport d’enquête

2021 Mar 16
CHSLD Herron et IUGM : Dépôt du rapport d’enquête

L’OIIQ dépose un rapport d’enquête conjoint sur la qualité des services médicaux et des soins infirmiers au CHSLD Herron et à l’IUGM durant la première vague de la COVID-19.

Faits saillants :

Le 21 avril 2020, les présidents des conseils d’administration de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), du Collège des médecins du Québec (CMQ) et de l’Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec (OIIAQ) annonçaient la tenue d’une enquête conjointe sur la qualité des services médicaux et des soins infirmiers au centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) Herron et à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM). La tenue de l’enquête a été motivée par la situation particulière de ces deux établissements de soins de longue durée, qui ont été parmi les premiers à connaître des éclosions majeures de COVID-19 et à déplorer le décès de nombre de personnes résidentes. L’OIIQ, l’OIIAQ et le CMQ rendent public aujourd’hui leurs constats et, bien que le rapport soit factuel, le Comité d’enquête a gardé en trame de fond, tout au long de son analyse, les conséquences humaines dramatiques qui se dégagent de cette crise, ainsi que les traumatismes vécus par les personnes résidentes, les proches, le personnel soignant et les gestionnaires.

Il n’y a pas de manquements apparents de la part des membres

L’OIIQ souhaite souligner que l’enquête ne révèle pas de manquements apparents de la part des membres des ordres concernés quant à leurs responsabilités professionnelles ou en matière de compétences. De plus, contrairement à ce qui a été véhiculé, le personnel infirmier du CHSLD n’a pas abandonné les personnes résidentes ni déserté le CHSLD; il lui a été demandé de partir en présence de symptômes de la maladie ou d’un contact avec une personne positive, sans que les gestionnaires de l’établissement ne planifient ou n’organisent le remplacement.

Plusieurs éléments structurels et organisationnels sont en cause

L’enquête sur la qualité des services médicaux et des soins infirmiers au CHSLD Herron et à l’IUGM a permis de déterminer plusieurs éléments structurels et organisationnels ayant influencé la qualité des soins et empêché les membres de la profession d’offrir des soins selon les normes en vigueur. Dans les deux établissements, il a été constaté que les mesures élémentaires touchant la prévention et le contrôle des infections et les recommandations quant à leur utilisation n’ont pas été implantées ou respectées par manque de ressources à ce moment.

La crise a mis en lumière et exacerbé des problématiques existantes

Le manque de ressources et d’expertise infirmières dans le réseau de la santé a précédé la pandémie de COVID-19. La crise a rendu le problème plus aigu et a mis en lumière cette problématique auprès des personnes âgées. Considérant la vulnérabilité des personnes hébergées en CHSLD et la complexité des soins dispensés dans ces deux milieux, le rapport formule 31 recommandations afin de pouvoir offrir les meilleurs services médicaux et soins infirmiers aux personnes résidentes.

La situation avait déjà été dénoncée

Depuis 2003, l’OIIQ a multiplié les occasions de faire connaître au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), ainsi qu’à d’autres acteurs clés de la santé, ses préoccupations à l’égard de la qualité et de la sécurité des soins offerts aux personnes hébergées en CHSLD, notamment quant à l’encadrement clinique et à la formation des infirmières et infirmiers devant dispenser des soins. Il a été démontré que les personnes âgées, en lourde perte d’autonomie, sont souvent aux prises avec plusieurs maladies chroniques, et présentent des troubles neurocognitifs avec symptômes comportementaux et psychologiques de la démence. Elles ont un grand besoin de soins infirmiers vu leur état de santé précaire. Avec nos partenaires le CMQ et l’OIIAQ, nous souhaitons jeter aujourd’hui les bases d’un projet sociétal en collaboration avec le MSSS, et les différentes parties prenantes, afin de revoir le continuum de soins et services aux personnes âgées.

Sommaire des 31 recommandations :

  • Besoin de soins infirmiers adéquats pour les personnes âgées de santé précaire, en lourde perte d’autonomie, souvent aux prises avec plusieurs maladies chroniques, et présentant des troubles neurocognitifs avec symptômes comportementaux et psychologiques de la démence.
  • Implantation de plus hauts standards d’évaluation de la condition de santé, de surveillance et de suivi clinique en CHSLD.
  • Encadrement clinique et formation des infirmières appelées à dispenser des soins de longue durée.
  • Nécessité de la présence d’une gouvernance en soins infirmiers pour la pratique clinique et pour coordonner adéquatement les soins.
  • Présence d’infirmières, formées et expérimentées, en nombre suffisant pour répondre aux besoins des résidents et soutenir la prestation de soins.
  • Mise en place de conditions d’exercice favorables considérant la stabilité des équipes de soins, des ratios raisonnables ainsi qu’une meilleure répartition de la charge de travail et gestion des horaires.
  • Favorisation de la pleine occupation du champ d’exercice infirmier pour permettre aux infirmières et infirmiers d’exercer pleinement leur rôle afin que la clientèle puisse bénéficier de leurs compétences et expertises respectives.
  • Valorisation de la profession et promotion de la pratique en CHSLD pour favoriser une meilleure compréhension des enjeux de la pratique dans ce milieu et susciter davantage d’attrait.
  • Autres recommandations.

Nous souhaitons collaborer à la prise de décisions et la mise en place de mesures concrètes

Une première au Québec, ce type d’enquête tripartite a une portée plus grande que ce que confère le pouvoir d’une inspection professionnelle. Elle permet d’aller au-delà de l’exercice infirmier, d’examiner les soins dispensés par l’ensemble du personnel infirmier, les conditions de pratiques, les processus de gestion et la structure organisationnelle. Par cette enquête et ses recommandations, nous souhaitons collaborer à la prise de décision et la mise en place de mesures concrètes qui auront des effets structurants pour le système de santé, les patientes et les patients et la reconnaissance de la profession infirmière.

Il faut s’y attaquer pour la santé de nos aînées.

Informations supplémentaires :

  • La période visée par l’enquête était du 1er décembre 2019 au 15 avril 2020. L’analyse a été effectuée en fonction de ce qui était connu à ce moment et non de ce que nous connaissons à ce jour.
  • Le Comité d’enquête était constitué de deux médecins, de trois infirmières et de trois infirmières auxiliaires.
  • Les travaux se sont déroulés du 28 avril 2020 au 10 novembre 2020.
  • Les enquêteurs ont rencontré au total 186 personnes, dont 6 médecins, 47 gestionnaires, 50 infirmières et infirmiers, 37 infirmières et infirmiers auxiliaires et 44 préposées ou préposés aux bénéficiaires. Précisons que les personnes rencontrées aux fins de l’enquête l’ont été dans des contextes respectant les mesures sanitaires recommandées par la Direction de la santé publique.
  • Les constats de déficits dans les soins de longue durée ont été soulignés par l’OIIQ depuis plusieurs années par des publications, commissions ou forums.
  • Le rapport d’enquête a fait l’objet de deux rencontres avec le ministre de la Santé, Christian Dubé, et la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, les 9 et 10 mars derniers.
  • Les trois ordres ont également rencontré les PDG du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal et de l’IUGM le 10 mars dernier pour leur présenter les constats de l’enquête.
  • L’enquête a été tenue en vertu des articles 16 et 18 de la Loi médicale et de l’article 11 de la Loi sur les infirmières et les infirmiers.

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