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Pratique clinique

Écrans numériques : comment prévenir la fatigue oculaire?

Par Nathalie Boëls

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2019 Feb 28
Écrans numériques : comment prévenir la fatigue oculaire?
© Shutterstock / Ekaterina Dema, A. and I. Kruk et Rawpixel.com

Les téléphones cellulaires, portables, tablettes électroniques, ordinateurs et écrans télé font partie de la vie quotidienne; leur utilisation répétée n’est pourtant pas sans effet sur la santé des yeux.

Dès le plus jeune âge, ces écrans rétroéclairés sont utilisés au travail, à la maison et à l’école pendant plusieurs heures par jour – période qui est par ailleurs appelée temps-écran. Un enfant de deux ans sur dix et un enfant de quatre ans sur quatre passent plus de deux heures par jour devant la télévision (INSPQ, 2016). « Les parents confirment que les heures passées par leurs enfants sur les écrans leur permettent de consacrer du temps aux activités de la vie domestique », constate Lucie Lemelin, infirmière, responsable des programmes de deuxième cycle en sciences infirmières à l’Université du Québec en Outaouais et auteure d’une thèse de doctorat sur l’adoption de saines habitudes de vie par les parents d’enfants de quatre et cinq ans (Lemelin, 2013).

En 2017, 40 % des jeunes Montréalais de 6e année (Direction régionale de santé publique du CIUSSS Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, 2018) excédaient deux heures par jour de temps-écran en semaine, et 21 %, plus de quatre heures par jour, et ce, en dehors des heures d’école. Chez les 12 à  ans, un jeune sur cinq passe 35 heures ou plus devant un écran chaque semaine (Du Mays et Bordeleau, 2015); pour un travailleur, c’est cinq à sept heures par jour (Télé-Québec, 2015).

 

« L’American Academy of Pediatrics note une augmentation de 35 % de la myopie chez les jeunes en raison de l’utilisation accrue des tablettes électroniques. »

 

Conséquences physiques et sociales

« L’utilisation des écrans a des conséquences négatives sur le sommeil, le poids – en raison de la sédentarité qui en découle – et le développement moteur », résume Lucie Lemelin. Un jeune Montréalais sur quatre de 6e année dormait moins que les neuf heures par nuit recommandées (DRSP, 2018), car une partie du temps de sommeil est remplacée par le temps-écran. Ces jeunes s’endorment moins facilement en raison d’un manque d’activité et parce que la lumière émise par les écrans diminue la sécrétion de mélatonine, une hormone jouant un rôle dans l’endormissement (INSPQ, 2016).

La santé musculosquelettique est aussi affectée, surtout quand on travaille à l’ordinateur. « Si l’environnement de travail n’est pas adéquat, la personne va modifier sa position pour mieux voir son écran. Elle va se pencher en avant ou maintenir la tête et le haut du corps dans une position tendue », explique Sonya Tonkovich, spécialiste en santé et sécurité au travail au Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail (CCHST). Cette position occasionne de la douleur et de la raideur dans la partie supérieure du corps (CCHST, 2018).

Sur le plan social, le temps passé devant un écran par les enfants d’âge préscolaire diminue les occasions d’interactions, de jeux extérieurs et de socialisation en famille, et cause un risque accru de manque de maturité scolaire, de problèmes d’attention et d’agressivité (SCP, 2017b).

 

 


Références

Allard, S. (2014, 2 déc.). «La lumière bleue et notre santé». La Presse.

Bleu en lumière. (2014). «Nicolas Fontaine et Benoît Frenette, de l’École d’Optométrie de l’Université de Montréal, partagent leur point de vue sur la lumière bleue».

Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail. (2018). «Malaise oculaire chez les travailleurs de bureaux» [Fiches d’information. Réponses SST].

Direction régionale de santé publique, CIUSSS Centre-sud de l’Île-de-Montréal. (2018). «Portrait des jeunes Montréalais de 6e année. Résultats de l’enquête TOPO 2017 de la Direction régionale de santé publique».

Du Mays, D. et M. Bordeleau. (2015). «Les activités sédentaires chez les jeunes: qui les pratique et quelle en est l’évolution depuis 2007?». Zoom santé, (50), 1-8.

Fontaine, N. (2017, avril). «Les nuances de la lumière bleue». Optik, 24-28.

Gowrisankaran, S. et Sheedy, J. E. (2015). «Computer vision syndrome: A review». Work, 52(2), 303-314.

Institut national de santé publique du Québec. (2016, sept.). «Le temps d’écran, une autre habitude de vie associée à la santé». TOPO, (12), 1-8.

Lagacé, J.-P. (2016a). «La lumière bleue nous cause-t-elle vraiment les bleus? (Partie 1)». Optométriste, 14-

21.

Lagacé, J. P. (2016b). «La lumière bleue nous cause-t-elle vraiment les bleus? (Partie 2) ». Optométriste, 8-15.

Lemelin, L. (2013). «Recherche-action menant à des pistes de solution pour soutenir les parents d’enfant de 4-5 ans dans l’adoption de saines habitudes de vie» [Thèse de doctorat]. Québec: Université de Sherbrooke.

O’Hagan, J. B., Khazova, M. et Price, L. L. (2016). «Low-energy light bulbs, computers, tablets and the blue light hazard». Eye, 30(2), 230-233.

Ranasinghe, P., Wathurapatha, W. S., Perera, Y. S., Lamabadusuriya, D. A., Kulatunga, S., Jayawardana, N. et Katulanda, P. (2016). «Computer vision syndrome among computer office workers in a developing country: An evaluation of prevalence and risk factors». BMC Research Notes, 9, 150.

Société canadienne d’ophtalmologie. (2017). «Sécurité visuelle – Recommandations de la SCO pour se protéger les yeux».

Société canadienne de pédiatrie. (2017a, 1er juin). «Le temps d’écran. Un guide pour le clinicien qui conseille les parents de jeunes enfants».

Société canadienne de pédiatrie. (2017b, juin). «Le temps d’écran et les jeunes enfants».

Télé-Québec. (2015, 27 oct.). «Nombre d’heures recommandées devant un écran».

Pour aller plus loin