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États généraux 2021

La table est mise

2021 Apr 30
La table est mise

La consultation préalable aux États généraux 2021 sur la profession infirmière s’amorçait le 11 janvier dernier. En dépit de la crise sanitaire, la participation a été très importante. Entre le 11 janvier et le 22 mars 2021, date de fin de l’exercice de consultation, 610 contributions ont en effet été enregistrées, dont plus d’une centaine de mémoires et d’avis et au-delà de 500 commentaires. L'OIIQ fait le bilan.

Faits saillants

Trois thématiques étaient soumises à la consultation, à savoir le champ d’exercice et la contribution infirmière, l’innovation et la spécialisation infirmières ainsi que la formation et le développement professionnel. Quelle que soit la forme de la contribution effectuée, des éléments de convergence ont pu être relevés.

En matière de champ d’exercice et de contribution infirmière

Les participants à la consultation qui se sont prononcés sur la question du champ d’exercice et de la contribution infirmière au réseau arrivent tous aux mêmes constats. Le cadre actuel d’organisation des soins et des services fait obstacle à la pleine occupation du champ d’exercice infirmier de plusieurs manières. Les lois 90 et 21 n’ont pas trouvé ancrage dans les établissements et auprès des décideurs. Cette situation est, selon eux, en grande partie attribuable à la zone d’influence limitée accordée à la direction des soins infirmiers et au conseil des infirmières et infirmiers dans les établissements. Conséquemment, les rôles pouvant et devant être assumés par les infirmières et infirmiers demeurent méconnus non seulement des autres professionnels, mais parfois même des infirmières et infirmiers mêmes. Certains d’entre eux ne disposeraient pas non plus d’une formation suffisante pour procéder à l’évaluation de la condition physique et mentale de personnes. L’ensemble de ces éléments mène à une sous-utilisation du savoir infirmier dans les milieux de soins, à laquelle il importe de remédier le plus rapidement possible en favorisant notamment le développement d’un leadership infirmier fort et la révision par les employeurs de l’organisation des soins et de la composition des équipes.

Les conditions de pratique difficiles nuisent également à l’affirmation de l’autonomie professionnelle des infirmières et infirmiers, que l’on pense notamment à la surcharge de travail, au temps supplémentaire obligatoire et à l’instabilité des équipes de travail. Plusieurs recommandations mises de l’avant par les participants à la consultation visent à améliorer la situation. L’insuffisance, voire l’absence, de soutien clinique accentuée depuis la dernière réforme commande aussi des actions concrètes. La situation serait particulièrement critique pour les recrues forcées d’intégrer les différents milieux de soins sans encadrement ni accompagnement adéquats. La mise à contribution des infirmières cliniciennes spécialisées et infirmiers cliniciens spécialisés a été identifiée par plusieurs comme l’un des moyens les plus efficaces de remédier à ces enjeux.

Plusieurs intervenants mettent par ailleurs de l’avant des propositions afin d’améliorer l’image de la profession. Selon eux, la faible présence des infirmières et infirmiers dans les médias et le fait qu’ils figurent rarement parmi les experts invités à participer aux grands chantiers de politiques publiques les confinent à un rôle de subalterne. L’absence de modèle en matière de leadership infirmier fait mal, tout comme le désintéressement de la majorité envers l’engagement dans les structures de gouvernance existantes (CII, conseil d’administration, etc.). Les deux voies d’accès à la profession brouilleraient aussi les rapports, en plus de nuire à la reconnaissance pleine et entière des infirmières et infirmiers par les autres professionnels de la santé.

En matière d’innovation et de spécialisation infirmières

Les organisations et les individus qui se sont intéressés à la question de l’innovation et de la spécialisation infirmières affirment pour leur part que le Québec doit faire en sorte de rattraper le peloton de tête en matière de pratique infirmière avancée. Tous, ou presque, disent regretter qu’un seul titre d’infirmière clinicienne spécialisée et d’infirmier clinicien spécialisé (ICS) soit reconnu et en appellent à un élargissement de la réglementation et de la certification dans ce domaine. Ils souhaitent également que plus d’ICS soient intégrés aux unités de soins, que les appellations d’emploi qui leur sont attribuées par les établissements soient uniformisées pour éviter la confusion et qu’une rémunération conséquente leur soit attribuée. Ils espèrent ainsi non seulement les voir assumer un rôle de soutien clinique auprès des autres infirmières infirmiers, mais aussi qu’ils soient mis à contribution dans les soins directs aux patients.

Par ailleurs, en dépit des gains obtenus au cours des dernières années, les organismes et individus ayant participé à la consultation considèrent qu’un certain travail reste à faire en ce qui a trait aux infirmières praticiennes spécialisées et infirmiers praticiens spécialisés (IPS). La latitude accordée aux IPS dans leur pratique est inégale d’une région, d’un établissement, voire d’un service à l’autre. Selon eux, il faut non seulement accroître le nombre d’ordonnances collectives, mais aussi s’assurer de leur portée et de leur mise en application de façon uniforme partout sur le territoire. Le réseau aurait aussi avantage à intégrer ces professionnels dans un plus grand nombre de milieux de soins, dont les centres d’hébergement et de soins de longue durée et les groupes de médecine de famille. Ces professionnels doivent en outre être accompagnés dans l’exercice de leur fonction et pouvoir compter sur des communautés de pratique et des outils cliniques adaptés à leur réalité particulière.

Au chapitre de l’innovation, quelles que soient les catégories d’infirmières et d’infirmiers en cause, les signataires de mémoires, avis et commentaires déplorent le peu de ressources accordées au déploiement de projets innovants dans les milieux de soins. Les technologies de l’information occupant une place grandissante dans l’univers des soins, ils considèrent également que les infirmières et infirmiers doivent impérativement être mis à contribution dans le développement de ces outils. En raison de leur rôle de défense des intérêts des patients (advocacy), ils sont, à leur avis, les professionnels les mieux placés pour évaluer la portée de l’utilisation de certaines technologies, notamment sur le plan éthique. À l’heure actuelle, peu d’outils de technologies de l’information ont été pensés pour répondre aux exigences de la pratique infirmière.

En matière de formation initiale et de développement professionnel

La formation initiale est de loin le sujet qui a le plus retenu l’attention des participants à la consultation. Le développement professionnel ou la formation continue a aussi fait l’objet d’un certain nombre de recommandations.

Formation initiale

En ce qui a trait à la formation initiale, la totalité des organismes ou individus ayant déposé un mémoire ou un avis considère que le contenu des programmes de formation existants doit être revu et rehaussé. Quoique présenté par plusieurs comme étant le parcours optimal de formation, en raison notamment de son caractère plus complet, le parcours DEC-BAC doit lui aussi être révisé pour favoriser un meilleur arrimage entre les établissements d’enseignement collégial et les universités, notamment sur le plan des contenus.

Une proportion très importante de participants à la consultation a aussi insisté sur le fait qu’une plus grande partie de l’apprentissage doit être réalisée dans les milieux de soins. Selon eux, des programmes d’internat ou de résidence rémunérés devraient être ajoutés au parcours de formation. L’approche permettrait aux recrues d’appliquer rapidement les savoirs appris en contexte réel, en plus de faciliter l’accès aux études universitaires en offrant un soutien financier. Cette mesure offrirait aussi l’avantage de limiter la pénurie de main-d’œuvre infirmière dans le réseau.

Quant à la formation exigée comme norme d’entrée à la profession, la majorité des organismes ou individus (22 sur 36 ou 61,1 % des participants) ayant abordé la question de la formation dans leur mémoire se sont montrés favorables à l’introduction du baccalauréat comme norme d’accès unique à la profession. Le bilan est sensiblement le même du côté des avis, alors que 24 des 30 des signataires ayant traité du sujet (66,7 %) défendent un rehaussement de la formation. La plupart des organismes ou individus qui soutiennent cette position insistent toutefois sur l’importance d’une transition harmonieuse, caractérisée surtout par la reconnaissance de droits acquis pour les infirmières et infirmiers qui détiennent un diplôme d’études collégiales et celles et ceux qui sont en voie de compléter leur formation technique.

Plusieurs participants à la consultation ont aussi souligné l’importance de maintenir l’accessibilité à la formation initiale pour l’ensemble de la clientèle étudiante, et ce, tant sur le plan économique que sur le plan géographique. Certains se sont aussi inquiétés des risques en matière de disponibilité de la main-d’œuvre que pourrait représenter le rehaussement de la norme au niveau du baccalauréat. De leur point de vue, la solution passe par le maintien des deux voies d’accès à la profession.

Formation continue ou développement professionnel

Une tendance nette se dessine par ailleurs en matière de formation continue ou de développement professionnel. La quasi-totalité des contributeurs affirme en effet que l’offre de formation continue est inadéquate. Selon eux, la formation est difficile d’accès (horaire, lieux et mode d’enseignement) et peu variée. De l’avis des participants, l’offre de formation doit être élargie sur le plan du contenu, notamment pour couvrir les besoins des infirmières et infirmiers en pratique avancée : IPS et ICS. De leur point de vue, quelle que soit la clientèle visée, la formation continue gagnerait à être offerte directement dans les milieux de travail et à l’intérieur du temps rémunéré, avec la collaboration d’ICS notamment. Le préceptorat devrait aussi être encouragé.

Afin de soutenir le développement professionnel, plusieurs ont aussi suggéré de munir chaque infirmière et infirmier d’un portfolio de développement individuel et d’encourager l’auto-évaluation à partir d’un référentiel de compétences commun.
Quelques participants à la consultation se sont en outre montrés en faveur d’un règlement de formation continue obligatoire et du rehaussement du nombre d’heures de formation exigé. Plusieurs autres ne se sont pas prononcés sur cet aspect des choses.

Un dialogue constructif

Conformément à la démarche annoncée, certains des organismes et des individus ayant déposé des mémoires ou des avis ont été entendus en audiences publiques au cours du mois d’avril. L’exercice a permis à 36 groupes ou organisations de venir échanger sur leurs constats et leurs recommandations avec les commissaires. Au total, plus de 1  000 personnes ont pris part aux audiences, que ce soit à titre de panélistes ou de spectateurs. Cet éclairage aidera les commissaires, Robert Salois et Francine Ducharme, à prioriser les pistes de solution qui seront débattues lors des États généraux.

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