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Éditorial du président
Perspective infirmière | Automne 2021

La transformation de la pratique professionnelle des infirmières et infirmiers : un incontournable!

Luc Mathieu, inf., DBA

La transformation de la pratique professionnelle des infirmières et infirmiers : un incontournable!
Éditorial | La transformation de la pratique professionnelle des infirmières et infirmiers : un incontournable!

Il n’y a pas une seule journée où la pénurie d’infirmières et infirmiers dans les établissements de santé du Québec n’est pas discutée dans les médias québécois. Pourtant, depuis les dix dernières années, les effectifs infirmiers sont en constante augmentation : un nombre inégalé  d’infirmières et infirmiers sont en effet inscrits au Tableau de l’OIIQ, soit quelque 80 500 membres. Que se passe-t-il? N’est-il pas temps, avant que la pénurie ressentie ne s’aggrave, d’entamer une analyse en profondeur des facteurs clés qui permettraient d’optimiser la pratique infirmière?

Question fondamentale : qu’est-ce que la pratique infirmière au 21e siècle?

Rappelons-nous qu’en 2002, il y a déjà près de 20 ans, le gouvernement du Québec sanctionnait le projet de loi 90 visant à clarifier les rôles professionnels dans le domaine de la santé. Au chapitre des soins infirmiers, la pratique infirmière devait être redéfinie pour aller au-delà des gestes techniques et procéduraux – non sans provoquer une révolution certaine. Force est d’admettre aujourd’hui que ce projet est resté inachevé. Cet état de fait n’est peut-être pas sans lien avec la situation critique que nous vivons aujourd’hui. Nous devons donc nous poser la question suivante : sommes-nous en pénurie d’infirmières et infirmiers ou en déficit criant de soins infirmiers?

Dans le tumulte du quotidien, il importe de le reconnaître, bon nombre d’infirmières et infirmiers sont en détresse, épuisés ou en réflexion quant à leur avenir dans la profession. Un des facteurs contribuant à cette situation est sans doute que leurs conditions d’exercice sont trop difficiles et ne leur permettent pas d’exercer leur rôle professionnel, et ce, pour plusieurs raisons : 1) une organisation des soins qui ne favorise pas un recours optimal à leur expertise; 2) une absence de soutien clinique à l’intention des infirmières et infirmiers, particulièrement les nouvelles recrues; et 3) une formation initiale incomplète à laquelle se juxtapose une offre de formation continue insuffisante dans le réseau de la santé.

Ce sont là trois facteurs clés sur lesquels il faut agir concurremment si nous voulons optimiser la pratique infirmière. Il est essentiel que l’infirmière et l’infirmier d’aujourd’hui reçoivent la formation initiale requise pour être en mesure d’agir sur le continuum de soins et d’adopter une posture qui va au-delà des gestes techniques et procéduraux pouvant être accomplis par d’autres membres de l’équipe de soins. On s’attend des infirmières et infirmiers du 21e siècle qu’ils exercent leur jugement clinique, fondé sur de solides connaissances scientifiques, dans tous leurs gestes professionnels. Une connaissance et une compréhension appropriées du cadre législatif encadrant leur profession et les droits des patients s’imposent également.

Il est inacceptable que des infirmières et infirmiers soient placés dans des domaines de soins pour lesquels ils n’ont pas reçu la formation en amont. C’est pourtant ce qui arrive quand on envoie bon nombre de titulaires d’un diplôme collégial en soins infirmiers dans les secteurs de l’urgence, des soins intensifs et des soins à domicile. En 2002, nous aurions dû nous préoccuper davantage de la question de la formation. Ces nouvelles activités réservées que l’on confiait aux infirmières et infirmiers exigeaient et exigent encore des changements dans le niveau de formation requis pour les réaliser pleinement.

Par ailleurs, pour l’Ordre, il n’est pas plus acceptable que l’examen professionnel en vue de l’obtention du droit d’exercice n’évalue pas les connaissances pour ce qui est des soins critiques, des soins à domicile, de l’approche familiale systémique, de la collaboration professionnelle et d’une bonne partie du contenu en santé mentale, pour ne nommer que ces aspects. Il s’agit pourtant de connaissances attendues des milieux cliniques chez les infirmières et infirmiers. Le contrôle de leur compétence fait partie des responsabilités d’un ordre professionnel et découle directement de sa mission de protection du public.

Devant ces constats, nous ne pouvons plus reporter les changements requis afin de régulariser cette situation qui ne peut plus durer. Il est donc impératif d’agir.

Nous devons changer, la situation actuelle est devenue inacceptable

Dans la perspective où l’infirmière et l’infirmier sont l’interface entre le patient et les autres professionnels, toutes les parties prenantes de la profession, soit les établissements de santé, le ministère de la Santé et des Services sociaux, les maisons d’enseignement, les associations professionnelles, les syndicats et nous-même comme ordre professionnel, doivent s’allier pour mettre en route ce chantier collectif. Certes, il nous faudra faire preuve de courage pour modifier les façons de faire et opter pour de nouvelles mesures structurantes, mais devant la crise actuelle, nous devons changer afin que tous, patients, gestionnaires et autres professionnels de la santé, puissent tirer profit de l’expertise infirmière.

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