Éditorial du président

Les infirmières et infirmiers ont fait leurs devoirs

Les commissaires des États généraux ont porté leur voix
2021 Sep 17
Les infirmières et infirmiers ont fait leurs devoirs

Disons-le, pour plusieurs d’entre vous, le quotidien au travail est devenu critique. Certains ont même atteint un tel seuil d’épuisement qu’ils quittent ou songent à quitter la profession. La profession est en crise. Tous les acteurs le reconnaissent, y compris le ministre de la Santé et des Services sociaux et le premier ministre, qui se montrent à la recherche de solutions pour mettre fin à cette impasse. Tous ont compris que si nous ne changeons pas nos façons de faire et ne mettons pas en place des conditions d’exercice respectueuses des infirmières et infirmiers, nous nous dirigeons tout droit vers un mur!

Certes, des mesures doivent être prises à court terme en vue d’améliorer les conditions d’exercice des infirmières et infirmiers, mais nous avons aussi l’obligation de préparer l’avenir : nous devons planifier aujourd’hui dans le but d’offrir des lendemains meilleurs, non seulement aux 63 000 infirmières et infirmiers qui œuvrent dans le réseau de la santé, mais à l’ensemble des membres de la profession.

Des solutions existent, nous les connaissons et les communiquons au gouvernement. Le rapport déposé jeudi dernier par les commissaires des États généraux, Mme Francine Ducharme, professeure honoraire à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal, chercheure et doyenne de cette faculté entre 2015 et 2020, et M. Robert Salois, ancien Commissaire à la santé et au bien-être au gouvernement du Québec (2006-2016), est fort éloquent. Ils ont déposé 31 recommandations dont l’objectif est d’en finir avec un contexte hostile au déploiement de l’expertise infirmière, en vue d’offrir des soins de santé à la hauteur des besoins des Québécois, selon leur propre expression.

Les États généraux : un exercice empreint de rigueur incluant la voix citoyenne

Rappelons que les États généraux sont le fruit d’un long processus de mobilisation de toute la communauté infirmière et de différentes parties prenantes débuté en 2020, en pleine pandémie, qui avait comme objectif de réfléchir à l’avenir de la profession : forum virtuel réunissant plus de 1 600 participants en novembre 2020, sondages auprès de la population et des membres de la profession, soumission de plus d’une centaine de mémoires et avis de différents groupes et plus de 500 commentaires individuels, ainsi qu’une participation citoyenne au moyen de l’organisation d’un jury citoyen (composé de 19 citoyens) par l’Institut du Nouveau Monde. L’exercice s’est conclu avec la participation de plus de 1 200 participants provenant de plusieurs domaines de pratique.

L’OIIQ appuie sans réserve les recommandations des commissaires

Les commissaires appellent tous les acteurs à agir concrètement pour dénouer l’impasse et ainsi, régler des problèmes qui perdurent depuis trop longtemps et qui ont été exacerbés depuis le début de la pandémie – car, disons-le, la situation était déjà fragile bien avant la crise sanitaire. C’est pourquoi il nous faut agir sur les trois éléments mis de l’avant par les commissaires. Agir sur l’un ou deux d’entre eux seulement ne serait pas suffisant; il y a consensus sur cette question au sein de la communauté infirmière. Collectivement, nous devons nous doter d’un plan d’action global.

1. Le contexte de pratique des infirmières et infirmiers

Depuis des années, la question du temps supplémentaire obligatoire vient hanter les infirmières et infirmiers et entraînent des effets délétères sur leur quotidien professionnel et personnel. Cette captivité de professionnels de la santé doit cesser, car les troupes quittent les rangs.

Il faut se doter de pouvoir à l’intérieur des structures existantes. Nos gestionnaires, notamment les DSI, doivent également disposer de moyens supplémentaires pour gérer adéquatement les ressources et se voir accorder plus de pouvoir dans les établissements de santé pour être en mesure d’être non seulement entendus, mais également écoutés et consultés. Du côté des CII, ils doivent devenir plus influents.

2. Un contexte propice à prendre le rôle et les responsabilités qui leur reviennent

Les commissaires recommandent de mettre en œuvre des directives nationales qui veillent à la réalisation des activités qui sont dévolues aux infirmières et infirmiers par les lois en vigueur. L’heure est venue d’accomplir ce pourquoi ils ont été formés : évaluer la condition physique et mentale des patients, exercer une surveillance clinique et réaliser les suivis cliniques qui s’imposent. Pour ce faire, il est nécessaire de revoir l’organisation du travail de l’équipe de soins afin que chacun cesse de prendre en main des activités qui doivent être réalisées par d’autres.

3. La formation en filigrane

Sur ce sujet, l’Ordre est très préoccupé depuis plusieurs années. L’enjeu de la formation est majeur et il n’est pas question pour nous d’opposer la formation collégiale et la formation universitaire. Les cégeps accomplissent un excellent travail en matière de formation des infirmières et infirmiers, mais la formation qui y est offerte est tout simplement incomplète.

Plusieurs connaissances cliniques ne sont pas abordées dans le cadre de la formation collégiale : soins à domicile, situations critiques en CHSLD, urgences, soins intensifs, soins des plaies, maladies respiratoires (secteurs de soins spécialisés), les secteurs où il n’y a pas ou que très peu d’encadrement (prévention et contrôle des infections, évaluation de la qualité des soins, etc.), pour ne nommer que ceux-là.  Et il s’agit de soins dont le Québec a grand besoin!  Cette répartition des connaissances cliniques s’est effectuée entre les cégeps et les universités lors de la création de la passerelle DEC-BAC au début des années 2000.

Pour faire face à l’avenir, il nous faudra des infirmières et infirmiers formés à la hauteur des besoins en santé de plus en plus complexes de la population. Il est faux de prétendre que l’exigence d’un baccalauréat rendra encore plus précaire le système de santé. Preuve à l’appui : les provinces qui ont fait le saut, notamment la Colombie-Britannique et l’Ontario, ont connu respectivement une croissance du nombre de diplômés de 85 % sur 12 ans (2006-2018) et de 197 % sur 13 ans (2005-2018).

Il nous faudra du courage. Il est important de persister et de contribuer à ce changement!