Professional practice

 

Resources for nurses

 

Pratique professionnelle
Perspective infirmière | Printemps 2022

Mario Blouin

Préserver l’humanité et le confort des patients en fin de vie
Mario Blouin
Portrait | Mario Blouin : préserver l’humanité et le confort des patients en fin de vie

Infirmier en soins palliatifs au Centre d’hébergement Paul-Bruchésie de Montréal, Mario Blouin raconte son travail auprès des personnes en fin de vie, du personnel soignant et des familles. Si la mort est une réalité difficile à apprivoiser pour la vaste majorité d’entre nous, pour les infirmières en CHSLD, elle est quotidienne. Mario Blouin la côtoie de près depuis le début des années 2000. Sa mission : rendre la fin de vie des patients la plus humaine et la moins souffrante possible.

« Je trouve très gratifiant de voir que les gens sont bien au moment de leur décès, qu’ils partent tout doucement. »

 

Le cheminement de Mario Blouin vers les soins palliatifs s’est fait progressivement au fil de sa carrière. Quand il a commencé comme jeune infirmier, il travaillait dans un département de chirurgie où il y avait souvent des personnes en fin de vie, leur cancer étant trop avancé. Il trouvait épouvantable de les voir tant souffrir, car, à l’époque, la médication n’était pas aussi bien ajustée qu’elle l’est maintenant.

Aujourd’hui, le personnel infirmier tient compte des signes et symptômes. Dans ses interventions, Mario Blouin tente d’éliminer les fausses croyances sur la médication. Il œuvre pour démystifier la morphine, entre autres. Selon lui, des membres du personnel infirmier croient encore que la morphine tue et, ayant peur d’administrer la fatale dernière dose, craignent d’être responsables de la mort du patient. Mario Blouin leur fait comprendre que c’est la maladie qui tue les gens, et non la morphine.

Après son passage en chirurgie, Mario passe 12 ans aux urgences. Il constate que certaines personnes s’y rendent pour mourir, et trouve cela inhumain. C’est alors qu’il décide de prendre soin de ces gens en les installant dans un lieu tranquille de l’urgence pour leur permettre de mourir en paix. Il se dit alors qu’il y aurait sûrement moyen de les garder à la maison plus longtemps et, si possible, jusqu’à leur ultime départ.

En 2000, il décide d'acquérir davantage de connaissances et de compétences en soins palliatifs à domicile. Pendant des années, il accompagne énormément de familles et de patients qui ont décidé de mourir à la maison. Pour lui, c’est une noble discipline que d’amener quelqu’un vers la fin de sa vie en rendant ses derniers jours le plus confortables possible. Ce qui le motive avant tout, c’est le bien-être de la personne. « J’aime me servir d’une image : c’est comme amener quelqu’un à l’arrêt d’autobus. En chemin, il y a des trous dans la route et j’essaie de les éviter pour que la personne soit bien. Une fois à l’arrêt d’autobus, les gens se sentent mieux et ils s’en vont. Je trouve très gratifiant de les voir être bien au moment de leur décès, qu’ils partent tout doucement. On peut alors se dire : “Mission accomplie”. »

Soins palliatifs : une philosophie

En 2018, dans le cadre de l’application de la nouvelle Loi concernant les soins de fin de vie, la Loi 2 aussi appelée « Mourir dans la dignité », Mario Blouin est sollicité pour participer à la mise sur pied d’un projet de soins palliatifs en CHSLD. L’objectif est d’améliorer la prise en charge des résidents en fin de vie en offrant une meilleure formation et des outils au personnel concerné.

À ce moment, un manque de formation et d’information sur les soins palliatifs se fait sentir au sein des équipes. Certaines infirmières ont du mal, par exemple, à reconnaître la détresse respiratoire. Mario Blouin se voit confier le mandat d’améliorer les soins palliatifs dans 17 CHSLD. Un immense défi, car il n’est pas facile de changer le cours d’un aussi gros navire! Pour y arriver, il faut procéder méthodiquement.

Mario Blouin donne d’abord de la formation sur l’évaluation, le suivi et le soulagement de la douleur, notamment concernant les patients incapables de communiquer; il établit une liste des signes indicateurs de la fin de vie, et enseigne l’évaluation et la prévention de la détresse respiratoire. Finalement, son dernier « bébé » est l’adaptation d’une grille de surveillance élaborée par un médecin de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM), en fonction de la réalité des CHSLD. Elle sert d’aide-mémoire et de guide sur les soins et interventions en fin de vie. 

Mario Blouin accompagne aussi le personnel infirmier en CHSLD pour corroborer qu’un patient approche bel et bien de la fin de sa vie avant d’avertir le médecin et la famille. Il encadre les infirmières pour l’évaluation des signes et symptômes à observer et les mesures à prendre pour que la personne soit le plus à l’aise possible, en lui administrant la médication au besoin pour éviter des souffrances inutiles. « C’est important de les sensibiliser à la souffrance, de leur faire comprendre à quel point la mort peut être quelque chose de douloureux », dit-il.

Avec les années, Mario Blouin a appris à reconnaître des signes qui ne trompent pas chez les personnes âgées. Souvent, il détecte les signes avant-coureurs de la fin de la vie d’une personne environ trois mois avant le décès. La personne change ses habitudes, mange moins, cesse de marcher. Malheureusement, il se trompe rarement.

Accompagner les familles

Son travail l’amène aussi à intervenir auprès des familles des patients. Alors que certaines sont résilientes, pour d’autres, la situation est plus difficile. Il rencontre des gens très réticents à laisser partir leur proche. Il tente de leur expliquer ce qui se passe en les mettant au courant de chaque étape de la maladie et de la détérioration de la personne. 

À force de côtoyer la mort, le moral du personnel soignant peut être affecté. Mario Blouin a développé une philosophie : pour lui, la mort fait partie de la vie. L’important est de s’assurer que la mort soit la moins douloureuse possible.

« Toute personne doit mourir un jour. C’est la loi de la nature et il n’y a aucune discrimination. C’est certain que je suis humain, et des cas sont plus touchants que d’autres. Je serais incapable de donner des soins palliatifs en pédiatrie. Je trouve cela trop injuste de voir des petits enfants mourir. Mais si on a une personne de 92 ans, qui a eu une belle vie, qui a voyagé, qui est entourée de sa famille, que ses enfants lui chantent des chansons de leur enfance, qu’ils évoquent des beaux souvenirs, alors c’est réconfortant de voir à quel point cette personne a eu un impact sur sa famille. »

Effets de la pandémie sur le personnel infirmier

Comme on le sait, la pandémie de COVID-19 a eu des effets dévastateurs sur les résidents des CHSLD, laissant des centaines de morts dans son sillage. Cela a évidemment eu aussi un impact sur le personnel. Pour Mario Blouin, le plus pénible a été de devoir mettre de côté une partie de la chaleur humaine qui fait partie des aspects gratifiants de la profession.

De nature assez chaleureuse, il trouve difficile de ne plus pouvoir agir comme avant avec les familles. Dans le passé, il ne se gênait pas pour prendre ces personnes dans ses bras afin de les réconforter quand elles avaient envie de pleurer. Avec la distanciation physique, tout est plus froid, plus clinique. On explique au lieu de prendre la main. Malgré la COVID-19, des membres des familles brisent quelquefois cette distance, dans l’émotion du moment, et vont vers lui.

« Quand ça arrive, je ne les repousse pas. Parfois, on pleure ensemble. »

 

« Il y avait un tel manque de formation et d’information sur les soins palliatifs au sein des équipes. Certaines infirmières avaient du mal, par exemple, à reconnaître la détresse respiratoire. On m’a donné le mandat d’améliorer les soins palliatifs dans 17 CHSLD. »

Pour aller plus loin