Pratique infirmière

Prévention du suicide : mythes et réalités

2018 Feb 05
Prévention du suicide : mythes et réalités

Comment dépister le risque suicidaire et prendre en charge les personnes concernées. Testez vos connaissances.

Bien que les actions en prévention du suicide se multiplient, certaines croyances et mythes persistent malgré tout, et ce, même au sein de la profession qui a pourtant un rôle majeur à jouer dans la prévention, le dépistage et la prise en charge des personnes suicidaires. Qu’en est-il de vous? Saurez-vous départager le vrai du faux?

 

1- Parler du suicide ou demander à une personne si elle pense au suicide peut lui donner l’idée de le faire.
 

Faux. Bien que le sujet soit encore tabou et qu’il peut être difficile à aborder, un des meilleurs moyens de prévenir le suicide est d’en parler. Une discussion au sujet du suicide permet de démystifier et de modifier les perceptions. C’est l’occasion de donner de l’information et les coordonnées de ressources d’écoute ou d’aide spécialisée en prévention du suicide en cas de besoin et de faciliter les demandes d’aide et de soutien.

Parler de suicide, ou demander directement à une personne si elle pense au suicide, ne lui donnera pas l’idée de se suicider. Au contraire, la souffrance et les pensées suicidaires isolent la personne et peuvent l’amener à penser que personne ne la comprend. Le fait d’aborder le sujet sans jugement et avec bienveillance permet à la personne qui y pense de se sentir reconnue, d’exprimer sa souffrance et d’obtenir l’aide dont elle a besoin.

2- La loi concernant le secret professionnel m’oblige à ne pas divulguer les intentions suicidaires d’une personne qui me demande de ne pas en parler.
 

Faux. Il est vrai que l’article 60.4 du Code des professions soumet tout professionnel au secret professionnel dans l’exercice de sa profession. Cette loi prévoit cependant que le secret professionnel peut être levé, sans l’autorisation du client, dans le but de prévenir un acte de violence, dont un suicide dans les situations où il y a un motif raisonnable de croire qu’il y a un danger imminent de mort ou de blessures graves chez une personne identifiable.

De plus, la tenue au secret professionnel n’empêche pas l’échange d’informations entre les différents professionnels impliqués auprès de la personne. Il est donc important d’informer la personne dès le départ de l’impossibilité de garder un secret qui met en danger sa sécurité ou celle des autres. En plus de vous mettre dans une situation délicate, garder le secret enferme la personne davantage dans sa souffrance. L’assurer de votre discrétion tout en la soutenant dans ses démarches ou en l’orientant vers les ressources adaptées est l'un des exemples de moyens à privilégier dans cette situation.

3- Le suicide est héréditaire.
 

Faux. Il n’existe aucune recherche qui confirme la présence d’un gène du suicide. Il n’est donc pas hérédi-taire et ne peut être transmis génétiquement. Cependant, sans en détailler les causes biopsychosociales, il est important de préciser que les personnes dont un proche s’est suicidé présentent un risque plus élevé que celles sans antécédents familiaux. Le traumatisme vécu par le suicide d’un proche, la crédibilité accordée à la personne qui s’est suicidée et le fait que la personne considère maintenant le suicide comme une solution possible sont tous des facteurs pouvant expliquer l’augmentation de ce risque.

4- On ne peut empêcher une personne qui veut vraiment se suicider de le faire.
 

Faux. La personne qui songe au suicide n’envisage la mort que pour mettre fin à une souffrance devenue insupportable. La personne en processus suicidaire vacille entre l’envie de vivre et celle d’arrêter de souffrir en mettant fin à sa vie. C’est cette ambivalence qui explique que la plupart des personnes suicidaires manifestent, volontairement ou non, leurs intentions avant de passer à l’acte.

C’est aussi cette ambivalence qui explique l’efficacité des mesures de prévention telles que la restriction aux moyens choisis par la personne pour se suicider. Le moyen n’étant pas interchangeable, la restriction permet normalement de faire temporairement diminuer la crise et de retarder le passage à l’acte. Il ne faut cependant pas croire que le fait de restreindre cet accès met la personne à l’abri, car elle peut conduire la personne vers la recherche d’autres moyens. La personne a toujours un urgent besoin d’aide.

5- Il faut toujours prendre au sérieux les tentatives de suicide
 

Vrai. L’idée préconçue selon laquelle certaines personnes veulent uniquement attirer l’attention ou manipuler lorsqu’elles font des tentatives de suicide est encore trop répandue. Il faut toujours prendre les tentatives de suicide au sérieux puisqu’il s’agit toujours de l’expression d’une souffrance. Un appel à l’aide non considéré enferme davantage la personne dans sa souffrance, qui risque d’utiliser des moyens de plus en plus violents pour passer à l’acte.

 

 


Références

Association québécoise pour la prévention du suicide. (2018). Mythes et réalités. [source]

Burrell. LV., Mehlum. L., Qin. P. (2018). Sudden parental death from external causes and risk of suicide in the bereaved offspring: A national study. Journal of psychiatric research (96), 49-56

Centre d’excellence de l’Ontario en santé mentale des enfants et des adolescents. (2016). Pratiques exemplaires en matière de prévention. [source]

Centre de prévention du suicide. (2018). Les idées reçues sur le suicide. Bruxelles. [source]

Code des professions, L.R.Q., c. C-26, art. 60.4.

Mirkovic. B., Belloncle. V., Rousseau. A., Knafo. A., Guile. JM., Gérardin. P. (2014). Prevention strategies of suicide and suicidal behavior in adolescents: A systematic review. Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence 62(1), 33-46.

Perlman C.M., Neufeld E., Martin L., Goy M., et Hirdes J.P. (2011). Guide d’évaluation du risque de suicide : Une ressource pour les organismes de santé. Toronto (Ontario) : Association des hôpitaux de l’Ontario et Institut canadien pour la sécurité des patients.

Qin, P., Agerbo, E., et Mortensen, P. B. (2002). Suicide risk in relation to family history of completed suicide and psychiatric disorders: a nested case-control study based on longitudinal registers. The lancet, 360(9340), 1126-1130.Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. (2010). Le secret professionnel a-t-il des « secrets »? [source]

Stop suicide. (2017). Pour la prévention du suicide des jeunes. [source]