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Perspective infirmière | Printemps 2021

L’œsophage de Barrett

Une complication méconnue du reflux gastro-œsophagien

Dalila Benhaberou-Brun, B. Sc. inf., B. Sc., M. Sc.

L’œsophage de Barrett
En bref | L’œsophage de Barrett

La Société canadienne du cancer définit l’œsophage de Barrett ou l’endobrachyœsophage (EBO) comme un état précancéreux. Cette maladie représente l’une des complications du reflux gastro-œsophagien chronique. L’un des risques de l’EBO est l’évolution vers l’adénocarcinome œsophagien, dont le taux de survie atteint 15 % au-delà de cinq ans.

Le reflux gastro-œsophagien (RGO) est très fréquent, mais ne constitue pas moins une condition sévère lorsqu’il évolue. En effet, environ 15 % des personnes souffrant de la forme chronique du RGO risquent de voir leur pathologie progresser vers l’œsophage de Barrett (Schlottmann, Molena et Patti, 2018; Seewald, Bannwart, Müller, Sauter et Bertschinger, 2017). Dans les années 50, le docteur Norman Barrett, un chirurgien thoracique britannique, fut l’un des premiers à décrire cette anomalie structurelle de la muqueuse de l’œsophage – appelée « métaplasie » – et à en réparer la déchirure.

En 2021, le nombre exact de patients atteints n’est pas connu parce que l’EBO ne provoque parfois aucun symptôme. La prévalence est estimée entre 2 et 7 %, voire 10 % de la population adulte des pays occidentaux (Macías-García et Domínguez- Muñoz, 2016; Naini, Souza et Odze, 2016). Parmi les personnes souffrant de l’œsophage de Barrett, certaines développeront une sténose, un ulcère et, pour environ 0,5 % d’entre elles, un cancer œsophagien (Société canadienne du cancer, 2021). Le diagnostic est établi d’après les biopsies prélevées lors d’une gastroscopie, quand le tissu de la partie basse de l’œsophage a été remplacé par des cellules glandulaires de type intestinal (Figure 1).

L’œsophage de Barrett touche plus souvent les hommes que les femmes, habituellement vers l’âge de 50 ans. En plus d’un RGO chronique d’une durée de 5 à 10 ans, les patients présentent d’autres facteurs de risque comme l’obésité abdominale, le tabagisme et l’abus de substances irritantes (café, thé, alcool). Il existe une prédisposition génétique (Kuipers et Spaander, 2018).

La prise en charge thérapeutique de l’EBO dépend du stade de la métaplasie. Dans les cas précoces, un traitement anti-reflux, principalement par les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), et une surveillance endoscopique sont préconisés pour prévenir le cancer. Lors de lésions de haut grade, le gastroentérologue procède à une résection endoscopique de la muqueuse et détruit la zone en cause par ablation par radiofréquence ou coagulation au plasma argon (Rees, Lao-Sirieix, Wong et Fitzgerald, 2010; Société canadienne du cancer, 2021). Des IPP sont prescrits pour maintenir la rémission (Inadomi et al., 2018). Dans les affections plus avancées, une exérèse chirurgicale partielle ou totale de l’œsophage est pratiquée.

La prévalence du RGO a augmenté de près de 50 % au cours des deux dernières décennies (Kuipers et Spaander, 2018). Cette recrudescence des cas aura un impact sur le nombre d’EBO, une maladie que les professionnels de la santé rencontreront de plus en plus fréquemment.

 


Références

Inadomi, J., Alastal, H., Bonavina, L., Gross, S., Hunt, R. H., Mashimo, H., … Xie, S. (2018). «Recent advances in Barrett’s esophagus». Annals of the New York Academy of Sciences, 1434(1), 227?238. Repéré à https://doi.org/10.1111/nyas.13909

Kuipers, E. J. et Spaander, M. C. (2018). «Natural history of Barrett’s esophagus». Digestive Diseases and Sciences, 63(8), 1997?2004. Repéré à https://doi.org/10.1007/s10620-018-5161-x

Macías-García, F. et Domínguez-Muñoz, J. E. (2016). «Update on management of Barrett’s esophagus». World Journal of Gastrointestinal Pharmacology and Therapeutics, 7(2), 227. Repéré à https://doi.org/10.4292/wjgpt.v7.i2.227

Naini, B. V., Souza, R. F. et Odze, R. D. (2016). «Barrett’s esophagus: A comprehensive and contemporary review for pathologists». The American Journal of Surgical Pathology, 40(5), e45?e66. Repéré à https://doi.org/10.1097/PAS.0000000000000598

Rees, J. R., Lao-Sirieix, P., Wong, A. et Fitzgerald, R. C. (2010). «Treatment for Barrett’s oesophagus». Cochrane Database of Systematic Reviews, CD004060. Repéré à https://doi.org/10.1002/14651858.CD004060.pub2

Schlottmann, F., Molena, D. et Patti, M. G. (2018). «Gastroesophageal reflux and Barrett’s esophagus: A pathway to esophageal adenocarcinoma». Updates in Surgery, 70(3), 339?342. Repéré à : https://doi.org/10.1007/s13304-018-0564-y

Seewald, S., Bannwart, F., Müller, A., Sauter, B. et Bertschinger, P. (2017). «Reflux gastroœsophagien et œsophage de Barrett». Forum Médical Suisse/Swiss Medical Forum, 17(6). Repéré à https://doi.org/10.4414/fms.2017.02797

Société canadienne du cancer. (2021). «Œsophage de Barrett». Repéré à http://www.cancer.ca/fr-ca/cancer-information/cancer-type/esophageal/esophageal-cancer/precancerous-conditions/?region=on

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